La Prière
Prière de saint Augustin : les vrais textes, en latin
Les vraies prières de saint Augustin, tirées de ses Confessions, en latin et en français : « Bien tard je vous ai aimée », « notre cœur est inquiet », sa prière pour sa mère défunte ; et pourquoi « Ne pleure pas si tu m'aimes » et « La mort n'est rien » ne sont pas de lui.
Ce qu'on appelle aujourd'hui « la prière de saint Augustin » est le plus souvent un texte qu'il n'a jamais écrit : « Ne pleure pas si tu m'aimes » et « La mort n'est rien » circulent sous son nom dans les faire-part et aux obsèques, mais ne se trouvent dans aucune de ses œuvres.
Les vraies prières de saint Augustin sont ailleurs, dans ses Confessions, qui sont d'un bout à l'autre une prière adressée à Dieu : « Bien tard je vous ai aimée », « notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous », et la prière admirable qu'il fit pour sa mère, sainte Monique, après sa mort. Nous les donnons ici en latin et en français (pour les Confessions, dans la traduction de L. Moreau), puis nous disons d'où viennent les textes qu'on lui prête à tort.
« Bien tard je vous ai aimée » (Confessions X, 27)
C'est la plus célèbre prière de saint Augustin. Arrivé au milieu de sa vie, il regarde les années perdues loin de Dieu et lui parle comme à la Beauté même, cherchée au dehors alors qu'elle était au dedans. On la cite souvent sous la forme « Tard je t'ai aimée » ; voici le texte complet du chapitre.
Sero te amavi, pulchritudo tam antiqua et tam nova! sero te amavi! Et ecce intus eras, et ego foris, et ibi te quaerebam; et in ista formosa quae fecisti, deformis irruebam. Mecum eras, et tecum non eram. Ea me tenebant longe a te, quae si in te non essent, non essent. Vocasti, et clamasti, et rupisti surditatem meam. Coruscasti, splenduisti, et fugasti caecitatem meam. Fragrasti, et duxi spiritum, et anhelo tibi. Gustavi, et esurio, et sitio. Tetigisti me, et exarsi in pacem tuam.
Je vous ai aimée tard, beauté si ancienne, beauté si nouvelle, je vous ai aimée tard. Mais quoi ! vous étiez au dedans, moi au dehors de moi-même ; et c'est au dehors que je vous cherchais ; et je poursuivais de ma laideur la beauté de vos créatures. Vous étiez avec moi, et je n'étais pas avec vous ; retenu loin de vous par tout ce qui, sans vous, ne serait que néant. Vous m'appelez, et voilà que votre cri force la surdité de mon oreille ; votre splendeur rayonne, elle chasse mon aveuglement ; votre parfum, je le respire, et voilà que je soupire pour vous ; je vous ai goûté, et me voilà dévoré de faim et de soif ; vous m'avez touché, et je brûle du désir de votre paix.
« Notre cœur est inquiet » (Confessions I, 1)
Les Confessions s'ouvrent sur une louange tirée du psaume : « Le Seigneur est grand et très digne de louange » (psaume 144, 3, trad. Fillion). Quelques lignes plus loin vient la phrase qui résume toute la vie d'Augustin :
Tu excitas, ut laudare te delectet; quia fecisti nos ad te, et inquietum est cor nostrum, donec requiescat in te.
Vous l'excitez à se complaire dans vos louanges ; car vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous.
Elle se prie en tout temps, et particulièrement dans les heures de dégoût ou d'agitation, quand rien de créé ne rassasie.
« Donnez-moi ce que vous m'ordonnez » (Confessions X, 29)
Cette courte prière est la clé de la doctrine de la grâce, qui a valu à Augustin le nom de docteur de la grâce : Dieu commande, mais c'est Lui qui donne de faire ce qu'Il commande.
Et tota spes mea non nisi in magna valde misericordia tua. Da quod iubes, et iube quod vis.
Et toute mon espérance n'est que dans la grandeur de votre miséricorde. Donnez-moi ce que vous m'ordonnez, et ordonnez-moi ce qu'il vous plaît.
Le même chapitre renferme une invocation brûlante : « Ô amour toujours brûlant sans jamais s'éteindre ; amour, mon Dieu, embrasez-moi ! »
« Que je me connaisse, que je vous connaisse » (Soliloques)
Au début du second livre des Soliloques, écrits à Cassiciacum peu avant son baptême, Augustin résume en quatre mots tout le programme de la vie spirituelle :
Deus semper idem, noverim me, noverim te.
Ô Dieu toujours le même, que je me connaisse, que je vous connaisse !
Se connaître soi-même pour s'humilier, connaître Dieu pour l'aimer : c'est le fond de la confession bien faite comme de toute oraison.
La prière de saint Augustin pour sa mère défunte (Confessions IX, 13)
Voici la vraie « prière de saint Augustin pour les morts ». Sainte Monique mourut à Ostie en 387, peu après la conversion de son fils. Sur son lit de mort, elle demanda seulement : « Laissez ce corps partout ; et que tel souci ne vous trouble pas. Ce que je vous demande seulement, c'est de vous souvenir de moi à l'autel du Seigneur, partout où vous serez » (Confessions IX, 11). Augustin a tenu parole : des années plus tard, il prie pour elle dans ses Confessions et demande à tous ses lecteurs de faire de même. On peut reprendre cette prière pour tout défunt, en changeant les noms.
Ego itaque, laus mea et vita mea, Deus cordis mei, sepositis paulisper bonis eius actibus, pro quibus tibi gaudens gratias ago, nunc pro peccatis matris meae deprecor te; exaudi me per Medicinam vulnerum nostrorum quae pependit in ligno, et sedens ad dexteram tuam, te interpellat pro nobis. Scio misericorditer operatam, et ex corde dimisisse debita debitoribus suis; dimitte illi et tu debita sua, si qua etiam contraxit per tot annos post aquam salutis. Dimitte, Domine, dimitte obsecro, ne intres cum ea in iudicium. Superexaltet misericordia iudicium, quoniam eloquia tua vera sunt, et promisisti misericordiam misericordibus [...].
Sit ergo in pace cum viro, ante quem nulli et post quem nulli nupta est [...]. Et inspira, Domine meus, Deus meus, inspira servis tuis fratribus meis, filiis tuis dominis meis, quibus et voce et corde et litteris servio, ut quotquot haec legerint, meminerint ad altare tuum Monnicae famulae tuae, cum Patricio quondam eius coniuge [...].
Ainsi donc, ô ma gloire ! ô ma vie ! ô Dieu de mon cœur ! mettant à part ses bonnes œuvres, dont je vous rends grâces avec joie, je vous prie à cette heure pour les péchés de ma mère ; exaucez-moi, au nom du Médecin suspendu au bois infâme, qui aujourd'hui, assis à votre droite, sans cesse intercède pour nous. Je sais qu'elle a fait miséricorde, et de toute son âme remis la dette aux débiteurs. Remettez-lui donc la sienne ; et s'il en est qu'elle ait contractée, tant d'années durant qu'elle a vécu après avoir reçu l'eau salutaire, remettez-lui, Seigneur, remettez-lui, je vous en conjure ; n'entrez pas avec elle en jugement. Que votre miséricorde s'élève au-dessus de votre justice ! Vos paroles sont véritables, et vous avez promis aux miséricordieux miséricorde [...].
Qu'elle repose donc en paix avec l'homme qui fut son unique mari [...]. Inspirez aussi, Seigneur mon Dieu, inspirez à vos serviteurs, mes frères, à vos enfants, mes maîtres, que je veux servir de mon cœur, de ma voix et de ma plume ; tous tant qu'ils soient qui liront ces pages, inspirez-leur de se souvenir, à votre autel, de Monique, votre servante, et de Patricius, dans le temps son époux [...].
Cette page est l'un des plus anciens témoignages de la prière de l'Église pour les âmes du purgatoire et du saint sacrifice offert pour elles : Monique ne demande ni tombeau, ni embaumement, mais le souvenir à l'autel. Ceux qui préparent des obsèques y trouveront le vrai sens chrétien du deuil ; on la joindra aux prières de l'Église que nous donnons dans notre page sur la prière pour les défunts, avec le Requiem aeternam et le De profundis.
« Ne pleure pas si tu m'aimes » : un texte qui n'est pas de saint Augustin
Le texte qui commence par « Ne pleure pas si tu m'aimes » et parle de « l'autre côté » ou de « l'amour qui ne disparaît jamais » est le plus recherché sous le nom de saint Augustin. Il ne figure pourtant pas dans les Confessions, et ceux qui le diffusent sous son nom n'indiquent jamais l'œuvre ni le passage d'où il serait tiré. Son auteur n'est pas identifié avec certitude, et l'attribution à Augustin ne repose sur aucune référence.
Il en va de même pour le texte qui commence par « La mort n'est rien, je suis seulement passé dans la pièce d'à côté ». On le prête à saint Augustin ; il vient en réalité d'un sermon prêché en mai 1910, après la mort du roi Édouard VII, par Henry Scott Holland, chanoine anglican de la cathédrale Saint-Paul de Londres. Holland lui-même y présentait cette manière de voir comme l'une des deux attitudes possibles devant la mort, non comme le dernier mot.
Ces textes consolent beaucoup de familles, et l'intention de ceux qui les lisent est bonne. Mais ils ne sont pas d'Augustin, et leur idée centrale n'est pas la sienne. Pour lui, la mort n'est pas « rien » : elle est la peine du péché, vaincue par le Christ seul, et les défunts ont besoin de nos prières. Lui-même a pleuré sa mère : « Je donnai congé à mes pleurs, jusqu'alors retenus, de couler à loisir » (Confessions IX, 12) ; puis il a prié pour elle. C'est la page que nous recommandons de lire aux obsèques à la place de ces textes : elle console autant, et elle est vraie.
« Sancta Maria, succurre miseris » : la prière à la Vierge attribuée à saint Augustin
La prière à la Vierge Marie que l'on donne souvent sous le nom de saint Augustin est celle-ci :
Sancta Maria, succurre miseris, iuva pusillanimes, refove flebiles, ora pro populo, interveni pro clero, intercede pro devoto femineo sexu: sentiant omnes tuum iuvamen, quicumque celebrant tuam solemnem Commemorationem.
Sainte Marie, secourez les malheureux, aidez les faibles, réconfortez ceux qui pleurent, priez pour le peuple, intervenez pour le clergé, intercédez pour les femmes pieuses : que tous ressentent votre secours, tous ceux qui célèbrent votre solennelle commémoraison.
Elle est tirée d'un sermon sur la Vierge que les anciens bréviaires lisaient aux matines sous le nom de saint Augustin (« sermon 18 de sanctis »), et le Bréviaire romain en a fait une antienne, notamment pour Notre-Dame du Mont-Carmel. La critique ne tient plus ce sermon pour authentique ; on le rapporte le plus souvent à Fulbert, évêque de Chartres au début du XIe siècle. La prière n'en est pas moins belle et vénérable, mais on ne peut plus la donner pour une prière d'Augustin.
« Respire en moi, Esprit Saint » : une attribution
La prière au Saint-Esprit qui commence par « Respire en moi, Esprit Saint », très répandue en anglais (Breathe in me, O Holy Spirit), circule elle aussi sous son nom. Elle est orthodoxe et peut être priée, mais cette attribution n'est jamais accompagnée d'une référence à ses écrits : c'est une attribution, non un texte d'Augustin. Augustin a beaucoup écrit sur le Saint-Esprit, « don de Dieu » et charité du Père et du Fils ; pour le prier selon l'Église, la neuvaine au Saint-Esprit et le Veni Creator sont des prières sûres.
On lui prête aussi « Aime et fais ce que tu veux ». La phrase est bien de lui (Dilige, et quod vis fac, dans son commentaire de la première épître de saint Jean), mais ce n'est pas une prière, et elle ne veut pas dire « fais ce qui te plaît » : celui qui aime vraiment Dieu ne veut plus que ce que Dieu veut.
Prière à saint Augustin : l'oraison de sa fête
Au calendrier de 1962, saint Augustin, évêque, confesseur et docteur de l'Église, est fêté le 28 août, comme fête de IIIe classe ; sainte Monique, sa mère, l'est le 4 mai. Voici l'oraison de sa messe, la plus sûre des prières à lui adresser :
Adesto supplicationibus nostris, omnipotens Deus: et, quibus fiduciam sperandae pietatis indulges, intercedente beato Augustino Confessore tuo atque Pontifice, consuetae misericordiae tribue benignus effectum. Per Dominum nostrum Iesum Christum, Filium tuum: qui tecum vivit et regnat in unitate Spiritus Sancti Deus, per omnia saecula saeculorum. Amen.
Soyez attentif à nos supplications, Dieu tout-puissant, et, à nous à qui vous donnez la confiance d'espérer en votre bonté, accordez dans votre bienveillance, par l'intercession du bienheureux Augustin, votre confesseur et pontife, l'effet de votre miséricorde accoutumée. Par Notre-Seigneur Jésus-Christ, votre Fils, qui vit et règne avec vous en l'unité du Saint-Esprit, Dieu, dans tous les siècles des siècles. Ainsi soit-il.
Pour sa vie, sa conversion et son œuvre, voir notre page sur saint Augustin d'Hippone ; pour sa mère, la neuvaine à sainte Monique, que tant de parents prient pour un enfant éloigné de la foi. Les autres saints du calendrier sont réunis dans notre liste des saints catholiques.
Ne pas confondre avec saint Augustin de Cantorbéry
Le saint Augustin des Confessions est l'évêque d'Hippone, en Afrique (354-430). Saint Augustin de Cantorbéry, moine romain envoyé par saint Grégoire le Grand pour évangéliser l'Angleterre, est un autre saint, fêté le 28 mai au calendrier de 1962.
Les prières de saint Augustin en PDF
Nous ne proposons pas de fichier à télécharger : tous les textes sont donnés ci-dessus en latin et en français, et s'impriment tels quels depuis votre navigateur, par exemple pour une feuille d'obsèques. Pour les avoir toujours avec soi, l'application Iter Fidei réunit les prières traditionnelles, la neuvaine à sainte Monique, l'office des défunts et le calendrier de 1962. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Questions Fréquentes
Quelle est la prière la plus connue de saint Augustin ?
« Bien tard je vous ai aimée, beauté si ancienne et si nouvelle » (Confessions X, 27), et la phrase des premières lignes des Confessions : « Vous nous avez faits pour vous, et notre cœur est inquiet jusqu'à ce qu'il repose en vous. »
« Ne pleure pas si tu m'aimes » est-il de saint Augustin ?
Rien ne permet de le lui attribuer : il ne figure pas dans les Confessions, et il circule sous son nom sans aucune référence. Son auteur n'est pas identifié avec certitude.
Qui a écrit « La mort n'est rien » ?
Henry Scott Holland, chanoine anglican de la cathédrale Saint-Paul de Londres, dans un sermon prêché en mai 1910, après la mort du roi Édouard VII. Ce n'est pas saint Augustin.
Quelle prière de saint Augustin lire à des obsèques ?
Sa prière pour sa mère défunte, au livre IX des Confessions (chapitres 11 à 13) : les dernières paroles de sainte Monique, « souvenez-vous de moi à l'autel du Seigneur », et la supplication de son fils pour le pardon de ses péchés.
Saint Augustin a-t-il écrit une prière à la Vierge Marie ?
La prière Sancta Maria, succurre miseris lui a longtemps été attribuée, parce que le Bréviaire lisait sous son nom le sermon dont elle vient ; ce sermon n'est pas de lui, et on le rapporte le plus souvent à Fulbert de Chartres, au XIe siècle.
Quand fête-t-on saint Augustin ?
Le 28 août au calendrier de 1962 ; sainte Monique, sa mère, est fêtée le 4 mai. Saint Augustin de Cantorbéry, un autre saint, est fêté le 28 mai.
L'application Iter Fidei donne la messe et l'office de saint Augustin et de sainte Monique au calendrier de 1962, la prière pour les défunts et les prières traditionnelles en latin et en français. Rejoignez l'accès anticipé ici.
Sources. Saint Augustin, Confessions I, 1 ; IX, 11-13 ; X, 27 et 29, texte latin de la Patrologie latine et traduction de L. Moreau ; Soliloques II, 1, texte latin de la Patrologie latine. Sainte Bible, traduction de l'abbé Fillion : psaume 144, 3. Missel romain, 28 août, oraison Adesto supplicationibus nostris. Bréviaire romain, leçons du sermon de sanctis 18 (octave de la Nativité de la Vierge). Alban Butler, Vies des Pères, des martyrs et des autres principaux saints, au 28 août.