La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Le livre de Jonas
Le livre de Jonas raconte en quatre chapitres la fuite du prophète, la tempête, le grand poisson, la pénitence de Ninive et la leçon du lierre : Notre-Seigneur en a fait le signe de sa mort et de sa Résurrection. Les chapitres ci-dessous donnent le texte de l'abbé Fillion avec la Vulgate en regard ; le guide qui suit présente le prophète, la date, le récit et sa lecture catholique.
Lire Jonas : 4 chapitres
Le livre de Jonas est le cinquième des douze petits prophètes, entre Abdias et Michée. Il ne ressemble à aucun autre : au lieu d'oracles, il rapporte l'histoire du prophète lui-même, un homme qui fuit Dieu, que Dieu rattrape, et qui s'irrite ensuite de voir Dieu pardonner. Quatre chapitres, quarante-huit versets, et pourtant l'un des livres de l'Ancien Testament que Notre-Seigneur a cités le plus expressément. Pour le récit populaire de « Jonas et la baleine », voyez aussi notre article sur Jonas ; voici le guide du livre lui-même.
Qui était le prophète Jonas ?
Le livre s'ouvre ainsi : « La parole du Seigneur fut adressée à Jonas, fils d'Amathi » (Jon 1, 1). Le même prophète est nommé dans l'histoire des rois d'Israël : sous Jéroboam II, les frontières du royaume furent rétablies « selon la parole que le Seigneur Dieu d'Israël avait prononcée par Son serviteur, le prophète Jonas, fils d'Amathi, qui était de Geth en Opher » (IV R 14, 25, 2 Rois dans les bibles modernes). Geth-Opher était un bourg de Galilée, dans la tribu de Zabulon, non loin de Nazareth ; saint Jérôme rapporte qu'on y montrait de son temps le tombeau du prophète. Jonas a donc vécu au VIIIe siècle avant Jésus-Christ, au temps où l'Assyrie devenait la grande puissance de l'Orient.
Le livre parle de Jonas à la troisième personne et ne nomme pas son rédacteur. La tradition juive et chrétienne l'a reçu comme l'œuvre du prophète ou, du moins, comme le récit fidèle de sa mission. Saint Jérôme mentionne aussi une vieille tradition des Juifs, selon laquelle Jonas serait le fils de la veuve de Sarepta ressuscité par Élie ; ce n'est qu'une légende.
Le livre de Jonas est-il une histoire vraie ?
C'est la question que l'on pose le plus souvent. La tradition catholique a toujours lu le livre comme un récit historique, et la raison décisive est la parole du Christ. Notre-Seigneur ne se contente pas d'évoquer une parabole : il met les Ninivites, comme la reine de Saba, au rang des personnes réelles qui se lèveront au jugement : « Les hommes de Ninive se lèveront au jour du jugement contre cette génération, et la condamneront, parce qu'ils ont fait pénitence à la prédication de Jonas » (Mt 12, 41). Saint Augustin, répondant aux païens qui se moquaient de l'histoire, maintient qu'elle est réellement arrivée et qu'elle a été écrite pour signifier le Christ ; saint Jérôme la commente de même.
Le miracle du poisson n'est pas plus difficile à Dieu que la Résurrection qu'il annonce. Le texte dit « un grand poisson », et non une baleine : le mot vient de l'Évangile, où le grec kêtos et le latin cetus désignent un grand monstre marin ; Fillion y traduit d'ailleurs « un grand poisson » (Mt 12, 40). Certains modernes ont proposé de lire le livre comme un récit didactique ; l'Église ne l'a jamais enseigné, et la lecture traditionnelle reste la plus conforme aux paroles du Seigneur.
De quoi parle le livre de Jonas ? Résumé
La fuite et la tempête (chapitre 1)
Dieu dit à Jonas : « Lève-toi, et va à Ninive, la grande ville, et prêches-y, car sa malice est montée jusqu'à Moi » (Jon 1, 2). Ninive était la capitale de l'Assyrie, l'ennemie redoutée d'Israël. Jonas s'enfuit dans la direction opposée : il descend à Joppé et s'embarque pour Tharsis, à l'extrémité de l'Occident, « loin de la face du Seigneur » (Jon 1, 3). Le texte répète le verbe descendre : à Joppé, dans le navire, au fond de la cale, où il dort pendant la tempête (Jon 1, 5).
Les matelots païens prient chacun son dieu ; le pilote réveille le prophète d'Israël pour qu'il prie le sien. Le sort désigne Jonas, qui confesse sa foi : « Je suis Hébreu, et je sers le Seigneur, le Dieu du ciel, qui a fait la mer et la terre » (Jon 1, 9). Il demande lui-même à être jeté à la mer (Jon 1, 12). Les marins s'y résignent en implorant le pardon du Seigneur, la mer s'apaise, et ces païens « furent saisis d'une grande crainte envers le Seigneur, et ils immolèrent des victimes au Seigneur » (Jon 1, 16). Premier paradoxe du livre : la fuite du prophète convertit des païens.
Dans le ventre du poisson (chapitre 2)
« Le Seigneur prépara un grand poisson, qui engloutit Jonas ; et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits » (Jon 2, 1). Le chapitre 2 est presque tout entier une prière, un cantique d'action de grâces tissé de souvenirs des psaumes : « J'ai crié au Seigneur dans ma tribulation, et Il m'a exaucé ; du sein de l'enfer j'ai crié, et Vous avez entendu ma voix » (Jon 2, 3).
Le verset 4 reprend presque le psaume 41 (42 dans les bibles modernes) : « toutes Vos vagues et tous Vos flots ont passé sur moi ». Jonas descend « jusqu'aux racines des montagnes », et pourtant : « Vous préserverez ma vie de la corruption, Seigneur mon Dieu » (Jon 2, 7). La prière s'achève par un vœu, et Dieu commande au poisson de rendre le prophète au rivage (Jon 2, 11).
Les bibles anglaises, et quelques bibles françaises qui les imitent, numérotent le verset du poisson 1, 17 et la prière 2, 1-10 ; l'hébreu, la Vulgate et Fillion placent ce verset en 2, 1 et la prière en 2, 2-11.
La pénitence de Ninive (chapitre 3)
« La parole du Seigneur fut adressée une seconde fois à Jonas » (Jon 3, 1). Cette fois il obéit. Ninive était « une grande ville, de trois jours de marche » (Jon 3, 3). Jonas n'en parcourt qu'une journée et ne prononce qu'une phrase : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite » (Jon 3, 4). La réponse est immédiate : « Les Ninivites crurent à Dieu ; ils publièrent un jeûne et se couvrirent de sacs, depuis le plus grand jusqu'au plus petit » (Jon 3, 5).
Le roi lui-même descend de son trône et s'assied sur la cendre (Jon 3, 6) ; le décret royal étend le jeûne jusqu'aux bêtes et demande surtout que « chacun revienne de sa voie mauvaise » (Jon 3, 8). Et Dieu pardonne : « Dieu vit leurs œuvres, Il vit qu'ils étaient revenus de leur voie mauvaise ; et Il Se repentit du mal qu'Il avait résolu de leur faire » (Jon 3, 10).
La colère de Jonas et la leçon du lierre (chapitre 4)
Le chapitre 4 révèle la vraie raison de la fuite. Jonas s'irrite et dit à Dieu : « je sais que Vous êtes un Dieu clément et miséricordieux, patient et plein de compassion, et qui pardonne les péchés » (Jon 4, 2). Il savait que Dieu pardonnerait à l'ennemi d'Israël, et il ne le voulait pas. Il demande la mort, sort de la ville et attend.
Dieu fait alors croître un arbrisseau qui l'abrite du soleil (Jon 4, 6), puis le fait sécher par un ver. Jonas s'en désole jusqu'à souhaiter mourir. Le livre s'achève sur une question de Dieu, sans réponse du prophète : « Tu t'attristes au sujet d'un lierre qui ne t'a pas coûté de peine [...] et Moi Je n'aurais pas pitié de Ninive, la grande ville, où il y a plus de cent vingt mille hommes qui ne savent pas discerner leur main droite d'avec leur main gauche, et un grand nombre d'animaux ? » (Jon 4, 10-11). La question reste posée au lecteur.
Le signe de Jonas : la lecture catholique
La figure du Christ mort et ressuscité. Aux pharisiens qui demandaient un signe, Notre-Seigneur répondit : « il ne lui sera donné d'autre signe que le signe du prophète Jonas. […] Car de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le cœur de la terre » (Mt 12, 39-40). Jonas est ainsi la figure la plus explicite de l'Ensevelissement et de la Résurrection, ce que saint Paul appelle la résurrection « le troisième jour, selon les Écritures » (I Co 15, 4).
Les trois jours se comptent à la manière juive, où une partie du jour vaut pour le jour entier : du vendredi soir au matin de Pâques. Le cri de Jonas « du sein de l'enfer » a été lu par les Pères de la descente du Christ aux enfers, que nous professons dans le Credo. Les premiers chrétiens aimaient tant cette figure qu'elle est l'une des plus fréquentes de l'art des catacombes : Jonas jeté à la mer, rejeté par le monstre, reposant sous son arbrisseau, image de la résurrection et du repos des justes.
La prédication aux nations. Saint Luc rapporte l'autre face du signe : « de même que Jonas fut un signe pour les Ninivites, ainsi en sera-t-il du Fils de l'homme pour cette génération » (Lc 11, 30). Jonas est le prophète envoyé aux païens, et les païens l'écoutent mieux qu'Israël n'écoute le Christ. Les Pères y ont vu l'annonce de l'Évangile porté aux Gentils après la Résurrection. Le Christ ajoute : « voici qu'il y a ici plus que Jonas » : Jonas fuit sa mission, le Christ l'accomplit jusqu'à la croix.
La miséricorde de Dieu. Le cœur du livre est la formule du chapitre 4, qui reprend la révélation du Sinaï (Ex 34, 6) et que Joël cite aussi (Jl 2, 13) : Dieu est clément, miséricordieux, patient. Sa menace était conditionnelle ; quand le pécheur se convertit, Dieu ne change pas, c'est le pécheur qui change. La menace de Dieu était un appel : il annonce le châtiment pour n'avoir pas à l'exécuter. Jonas représente ceux qui voudraient limiter la miséricorde aux leurs ; le livre les corrige avec une douceur presque souriante.
Le modèle de la pénitence. La conversion de Ninive est le modèle de la pénitence publique : foi, jeûne, sac et cendre, et surtout changement de vie. Ce n'est pas le sac qui touche Dieu, c'est que « Dieu vit leurs œuvres ». L'Église propose cet exemple pendant le Carême.
Versets célèbres du livre de Jonas
- Jonas 1, 3 : « Et Jonas se leva, pour fuir à Tharsis de devant la face du Seigneur. »
- Jonas 2, 1 : « et Jonas fut dans le ventre du poisson trois jours et trois nuits. »
- Jonas 2, 3 : « du sein de l'enfer j'ai crié, et Vous avez entendu ma voix. »
- Jonas 2, 9 : « Ceux qui s'attachent inutilement à la vanité abandonnent la miséricorde qui les aurait sauvés. »
- Jonas 3, 4 : « Encore quarante jours, et Ninive sera détruite. »
- Jonas 3, 9 : « Qui sait si Dieu ne Se retournera pas pour pardonner, s'Il n'apaisera pas la fureur de Sa colère, de sorte que nous ne périssions pas ? »
- Jonas 4, 2 : « je sais que Vous êtes un Dieu clément et miséricordieux. »
Le lierre de Jonas : une querelle de traduction
L'arbrisseau du chapitre 4 porte en hébreu le nom de qiqayon, une plante à croissance rapide que l'on identifie souvent au ricin, sans certitude. Les Septante et la vieille version latine disaient « courge » (cucurbita). Saint Jérôme, ne trouvant pas de mot latin exact, a mis hedera, le lierre, et Fillion le suit : « Le Seigneur Dieu fit naître un lierre » (Jon 4, 6). Saint Augustin raconte dans une lettre à saint Jérôme qu'un évêque d'Afrique, à Oea, ayant fait lire la nouvelle traduction, provoqua un tumulte dans son peuple, attaché à la courge de l'ancienne version. L'épisode montre combien les fidèles connaissaient le texte de l'Écriture par la liturgie.
Le livre de Jonas dans le canon et dans la liturgie
Jonas est un livre protocanonique, reçu par les Juifs et par tous les chrétiens, nommé par le concile de Trente, en sa session IV (1546), parmi les douze petits prophètes. Le livre de Tobie rappelle la parole prononcée contre Ninive : « La ruine de Ninive est proche, car la parole de Dieu ne demeure pas sans effet » (Tb 14, 6), et le prophète Nahum annonce plus tard la chute de la ville, retombée dans ses crimes.
Dans le missel de 1962, la leçon de la messe du lundi de la Passion est Jonas 3, 1-10, la pénitence de Ninive, à l'entrée du temps de la Passion. L'évangile du mercredi des Quatre-Temps de Carême est Matthieu 12, 38-50, où le Seigneur donne le signe de Jonas. Au Bréviaire romain, le livre est lu aux Matines de novembre avec les autres petits prophètes ; l'office du jour se trouve dans le Bréviaire.
Comment lire le livre de Jonas
Le livre se lit en un quart d'heure. Lisez le chapitre 1 pour la tempête et la foi des marins ; le chapitre 2 lentement, comme une prière, peut-être dans une épreuve ; le chapitre 3 comme un modèle de pénitence ; le chapitre 4 comme une question qui vous est adressée. Ouvrez ensuite Matthieu 12 et Luc 11 pour entendre le Seigneur expliquer le signe. Le latin en regard garde les mots de saint Jérôme : praedicaverunt jejunium, « ils publièrent un jeûne ». Tous les livres sont accessibles depuis la page de la Bible.
Questions Fréquentes
Qui a écrit le livre de Jonas ?
Le livre ne nomme pas son rédacteur et parle de Jonas à la troisième personne. La tradition l'a reçu comme l'œuvre du prophète Jonas, fils d'Amathi, de Geth-Opher en Galilée, ou du moins comme le récit fidèle de sa mission. Ce Jonas est le prophète du temps de Jéroboam II nommé au IVe livre des Rois.
Jonas a-t-il vraiment été avalé par une baleine ?
Le texte dit « un grand poisson », non une baleine ; le mot baleine vient des traductions du grec de l'Évangile. La tradition catholique tient le récit pour historique, d'abord parce que Notre-Seigneur en parle comme d'un fait réel. Le miracle est voulu par Dieu comme figure de la Résurrection.
Qu'est-ce que le signe de Jonas ?
C'est le seul signe que Jésus promit aux pharisiens : comme Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre du poisson, le Fils de l'homme serait trois jours dans le cœur de la terre. Le signe de Jonas est donc la mort, la sépulture et la Résurrection du Christ. Il comprend aussi la prédication de pénitence qui, comme à Ninive, appelle les nations à la conversion.
Pourquoi Jonas a-t-il fui ?
Il le dit lui-même au chapitre 4 : il savait que Dieu est « clément et miséricordieux » et qu'il pardonnerait à Ninive si elle se repentait. Il ne voulait pas que l'ennemi d'Israël soit épargné. Le livre corrige ce zèle étroit en montrant la miséricorde de Dieu pour tous les peuples.
Combien de temps Jonas est-il resté dans le poisson ?
Trois jours et trois nuits, selon Jonas 2, 1. Notre-Seigneur reprend exactement cette durée pour annoncer sa sépulture. On compte à la manière juive, où une partie de jour vaut pour un jour entier.
Qu'est-ce que le lierre de Jonas ?
C'est l'arbrisseau que Dieu fit pousser en une nuit pour abriter Jonas, puis sécher par un ver. Saint Jérôme a traduit le mot hébreu par hedera, lierre, d'où le texte de Fillion ; d'autres versions disent courge ou ricin. Dieu s'en sert pour montrer à Jonas qu'il regrette une plante et refuse la pitié à une ville entière.
Quand lit-on le livre de Jonas à la messe ?
Dans le missel de 1962, Jonas 3, 1-10 est la leçon du lundi de la Passion, et l'évangile du signe de Jonas est lu le mercredi des Quatre-Temps de Carême. Le livre entier est lu au Bréviaire, aux Matines de novembre.
Lisez le livre de Jonas verset par verset, le français de Fillion en regard du latin, dans l'application Bible catholique.
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