La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
La seconde Épître de saint Paul aux Thessaloniciens
La seconde Épître aux Thessaloniciens rassure une Église qui croyait le jour du Seigneur tout proche : il faut auparavant l’apostasie et la venue de « l’homme de péché ». Ses trois chapitres sont donnés ci-dessous dans la traduction de l’abbé Fillion, avec la Vulgate ; le guide qui suit explique l’Antéchrist, la Tradition et le devoir du travail selon la lecture catholique.
Lire 2 Thessaloniciens : 3 chapitres
La seconde Épître aux Thessaloniciens, Epistola II ad Thessalonicenses dans la Vulgate, suit de près la première Épître aux Thessaloniciens, et les deux lettres vont ensemble. La jeune Église de Thessalonique, persécutée dès ses premières semaines, s’était alarmée de bruits selon lesquels le jour du Seigneur était imminent. Saint Paul répond en trois chapitres, et donne au chapitre 2 la prophétie la plus précise de ses épîtres sur l’Antéchrist. Si brève qu’elle soit, cette lettre a nourri l’enseignement catholique sur la fin du monde, sur la Tradition et sur le travail.
Qui a écrit la seconde Épître aux Thessaloniciens ?
Saint Paul, qui écrit avec les mêmes compagnons que dans la première : « Paul, Silvain, et Timothée, à l’Église de Thessalonique, qui est en Dieu notre Père, et en Jésus-Christ le Seigneur » (2 Th 1, 1). À la fin, il prend lui-même la plume : « Je vous salue, moi Paul, de ma propre main. C’est là mon signe dans toutes mes lettres ; j’écris ainsi » (2 Th 3, 17). Plus haut, il avait mis ses lecteurs en garde contre une lettre « qu’on prétendrait venir de nous » (2 Th 2, 2).
Les témoins anciens sont nombreux. Saint Polycarpe, dans sa lettre aux Philippiens, en reprend un verset ; Marcion, vers 140, la comptait parmi les lettres de Paul ; saint Irénée la cite expressément sous le nom de seconde Épître aux Thessaloniciens, à propos de l’Antéchrist. Des critiques modernes l’ont attribuée à un disciple, au motif que son enseignement sur la fin différerait de la première lettre. Il n’en est rien : la première dit que le jour viendra « comme un voleur », la seconde que certains signes le précéderont, et le Seigneur enseigne l’un et l’autre dans l’Évangile.
Quand et pourquoi a-t-elle été écrite ?
À Corinthe, quelques mois après la première lettre, vers 51-52. Silas et Timothée sont encore avec Paul, comme lors de son séjour d’un an et demi dans cette ville (Actes 18) ; après Corinthe, le livre des Actes ne montre plus Silas à ses côtés.
Trois choses inquiétaient l’Apôtre. La persécution continuait, depuis l’émeute qui l’avait chassé de la ville (Actes 17, 5-10). Certains, peut-être trompés par une fausse lettre, disaient que le jour du Seigneur était là. D’autres enfin avaient cessé de travailler et vivaient aux dépens de la communauté. La lettre répond à chacun de ces troubles, chapitre par chapitre.
De quoi parle la seconde Épître aux Thessaloniciens ? Résumé
La persécution et le juste jugement de Dieu (chapitre 1)
Paul rend grâces « parce que votre foi augmente de plus en plus, et que la charité de chacun de vous envers les autres va en croissant » (2 Th 1, 3), et il se glorifie de leur constance dans les tribulations. Leurs souffrances « sont une preuve du juste jugement de Dieu » (2 Th 1, 5). À la révélation du Seigneur Jésus, qui viendra du Ciel « avec les Anges de Sa puissance, […] au milieu d’une flamme de feu », les persécuteurs « subiront la peine d’une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur » (2 Th 1, 7-9), et les fidèles trouveront le repos.
L’apostasie et l’homme de péché (chapitre 2)
C’est le cœur de la lettre. « Que personne ne vous séduise en aucune manière ; car il faut que l’apostasie arrive auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme de péché, le fils de la perdition » (2 Th 2, 3), « l’adversaire qui s’élève au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu, ou qui est adoré, jusqu’à s’asseoir dans le temple de Dieu, se faisant lui-même passer pour Dieu » (2 Th 2, 4). Quelque chose le retient encore ; « le mystère d’iniquité est actif déjà », mais il faut que « celui qui le retient » soit mis de côté (2 Th 2, 6-7).
Alors paraîtra l’impie, « que le Seigneur Jésus tuera par le souffle de Sa bouche » (2 Th 2, 8) ; il viendra « avec toutes sortes de miracles, de signes et de prodiges trompeurs », et ceux qui n’ont pas reçu « l’amour de la vérité » seront séduits (2 Th 2, 9-10). Paul se tourne enfin vers les élus, « comme des prémices », et leur donne la consigne : « demeurez fermes, et conservez les traditions » (2 Th 2, 13-15).
La prière, le travail et les désordonnés (chapitre 3)
Paul demande des prières pour que « la parole de Dieu ait un libre cours » et promet : « Mais Dieu est fidèle, et Il vous affermira, et vous préservera du mal » (2 Th 3, 3). Il ordonne de s’éloigner de « tout frère qui vit d’une manière déréglée » (2 Th 3, 6) et rappelle son propre exemple : il a travaillé nuit et jour pour n’être à charge à personne.
Il répète la règle donnée de vive voix (2 Th 3, 10), demande aux oisifs de « manger un pain qui soit le leur, en travaillant paisiblement » (2 Th 3, 12), et veut que le désobéissant soit repris « comme un frère » (2 Th 3, 15). La lettre s’achève par une bénédiction et la signature de l’Apôtre.
Les grands thèmes et la lecture catholique
Qui est l’homme de péché ?
L’Église a toujours lu « l’homme de péché » (homo peccati) comme l’Antéchrist, le grand adversaire qui viendra avant la fin du monde : non une simple tendance, mais un homme déterminé, que le texte désigne par trois titres. Le portrait de saint Paul rejoint le roi de Daniel 11 qui « s’élèvera et se grandira contre tout dieu », les « faux christs » qui « feront de grands signes et des prodiges » annoncés par le Seigneur (Matthieu 24, 24), l’« antéchrist » de saint Jean et la bête de l’Apocalypse, au chapitre 13. Saint Cyrille de Jérusalem commente longuement ce chapitre dans sa quinzième catéchèse, sur le second avènement.
Au XVIe siècle, les réformateurs protestants ont voulu reconnaître l’homme de péché dans le pape. Bossuet a réfuté cette lecture, notamment dans son explication de l’Apocalypse et dans ses avertissements aux protestants : elle fait violence au texte, qui parle d’un adversaire s’élevant au-dessus de tout ce qui est appelé Dieu.
Qu’est-ce que l’apostasie ?
Fillion traduit « l’apostasie », d’après le grec apostasia ; la Vulgate dit discessio, la séparation, la défection. Saint Jérôme l’a entendue de la défection des nations soumises à l’Empire romain ; d’autres, d’un abandon massif de la foi. Saint Cyrille de Jérusalem en voyait déjà les signes dans les hérésies de son temps. Les deux sens ne s’excluent pas.
Qui est celui qui le retient ?
Paul dit que les Thessaloniciens savent ce qui le retient, parce qu’il le leur a dit de vive voix (2 Th 2, 5), et il ne l’écrit pas. La plupart des Pères y ont vu l’Empire romain et l’ordre qu’il maintenait : Tertullien le dit dans son traité de la résurrection de la chair, et saint Jean Chrysostome se range à cet avis, tout en rapportant que d’autres pensaient à la grâce de l’Esprit. Saint Augustin, dans La Cité de Dieu (livre XX, 19), passe en revue les opinions et avoue simplement qu’il ignore ce que l’Apôtre a voulu dire. L’Église n’a rien défini sur ce point, et l’Écriture ne permet pas de fixer le jour.
La Tradition, écrite et non écrite
« Ainsi donc, frères, demeurez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises soit par notre parole, soit par notre lettre » (2 Th 2, 15). Le verset est un texte classique sur la Tradition : ce que les fidèles ont reçu de vive voix les oblige autant que ce qu’ils ont reçu par écrit. Saint Jean Chrysostome en concluait que les Apôtres n’ont pas tout transmis par lettre, et que la tradition de l’Église est digne de foi.
Saint François de Sales s’en servait dans ses Controverses face aux calvinistes du Chablais, et le concile de Trente (session IV, 1546) enseigne que la vérité de l’Évangile est contenue dans les livres écrits et dans les traditions non écrites. C’est l’une des différences de fond que nous exposons dans Catholique ou protestant : quelle est la vraie différence ?
« Si quelqu’un ne veut pas travailler »
La règle de 3, 10 porte sur la volonté : « si quelqu’un ne veut pas travailler, il ne doit pas non plus manger ». Elle condamne l’oisiveté, non la pauvreté ni la maladie. Saint Thomas d’Aquin en tire que le travail manuel est un précepte pour celui qui n’a pas d’autre moyen honnête de vivre (Somme théologique, II-II, q. 187, a. 3). Paul lui-même, qui aurait pu vivre de l’Évangile, a voulu donner « un modèle à imiter » (2 Th 3, 9).
Le jugement et l’enfer
Le chapitre 1 est l’un des textes les plus nets du Nouveau Testament sur l’éternité des peines : une « ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de Sa puissance ». Cette séparation d’avec Dieu est la peine du dam, la plus grande souffrance des réprouvés, comme l’explique notre article sur l’Enfer. Elle s’accomplira au jour du Jugement dernier.
Chapitres et versets célèbres
- 2 Th 1, 9 : « Ils subiront la peine d’une ruine éternelle, loin de la face du Seigneur et de la gloire de Sa puissance » (2 Th 1, 9).
- 2 Th 2, 3 : « Il faut que l’apostasie arrive auparavant, et qu’on ait vu paraître l’homme de péché, le fils de la perdition. »
- 2 Th 2, 11 : « C’est pourquoi Dieu leur enverra une puissance d’égarement, pour qu’ils croient au mensonge » (2 Th 2, 11). Dieu ne pousse personne à l’erreur : Il permet que soient trompés ceux qui ont refusé l’amour de la vérité.
- 2 Th 2, 15 : « Demeurez fermes, et conservez les traditions que vous avez apprises soit par notre parole, soit par notre lettre. »
- 2 Th 3, 5 : « Que le Seigneur dirige vos cœurs dans l’amour de Dieu et dans la patience du Christ » (2 Th 3, 5).
- 2 Th 3, 10 : « Si quelqu’un ne veut pas travailler, il ne doit pas non plus manger. »
- 2 Th 3, 16 : « Que le Seigneur de la paix vous donne Lui-même la paix en tout temps et en tout lieu » (2 Th 3, 16).
La seconde Épître aux Thessaloniciens dans le canon et dans la liturgie
L’épître compte trois chapitres et quarante-sept versets dans toutes les bibles. Elle prend place parmi les quatorze épîtres de saint Paul, après la première aux Thessaloniciens et avant la première Épître à Timothée. Elle n’a jamais fait partie des livres discutés, et le concile de Trente la nomme avec les autres épîtres de Paul.
Au Missel de 1962, 2 Th 2, 1-8, sur l’apostasie et l’homme de péché, est l’épître du samedi des Quatre-Temps de l’Avent. Au Bréviaire, le verset 3, 5, sous la forme Dominus autem dirigat corda et corpora nostra in caritate Dei et patientia Christi, sert de leçon brève à Prime pendant l’année (per annum), hors des temps qui ont la leur propre.
Comment lire la seconde Épître aux Thessaloniciens
Relisez d’abord les chapitres 4 et 5 de la première lettre, puisque celle-ci corrige une mauvaise interprétation de ces pages. Lisez ensuite les trois chapitres d’une traite. Revenez lentement au chapitre 2, le latin en regard, avec Daniel et le discours du Seigneur sur la fin des temps sous les yeux. Laissez de côté les calculs de dates, que saint Paul réprouve lui-même, et terminez par les consignes pratiques du chapitre 3. Toute la Bible de la liseuse permet de passer d’un livre à l’autre.
Questions Fréquentes
Qui a écrit la seconde Épître aux Thessaloniciens ?
Saint Paul, avec Silvain (Silas) et Timothée nommés dans la salutation ; il l’a signée de sa main (3, 17). Saint Polycarpe et saint Irénée la connaissent déjà comme sienne, et l’Église l’a toujours reçue ainsi.
Quand la seconde Épître aux Thessaloniciens a-t-elle été écrite ?
À Corinthe, quelques mois après la première, pendant que Silas et Timothée étaient encore avec Paul, vers 51-52. Elle compte parmi les plus anciens écrits du Nouveau Testament.
Qui est l’homme de péché dans 2 Thessaloniciens 2 ?
C’est l’Antéchrist, un homme qui viendra avant la fin du monde, s’opposera à Dieu, se fera adorer et séduira par des « prodiges trompeurs ». Le Seigneur le détruira « par l’éclat de Son avènement ». Les Pères, de saint Irénée à saint Augustin, ont lu le passage ainsi.
Qu’est-ce qui retient l’Antéchrist, selon saint Paul ?
L’Apôtre ne le nomme pas, parce qu’il l’avait dit de vive voix aux Thessaloniciens. Tertullien, saint Jean Chrysostome et la plupart des Pères y ont vu l’Empire romain et l’ordre public qu’il assurait ; d’autres, la grâce de l’Esprit. Saint Augustin a reconnu qu’il ne savait pas, et l’Église n’a rien défini.
Que signifie 2 Thessaloniciens 2, 15 sur la Tradition ?
Le verset demande de garder les traditions reçues des Apôtres « soit par notre parole, soit par notre lettre », c’est-à-dire l’enseignement oral comme l’Écriture. Le concile de Trente en conclut que l’Écriture et la Tradition doivent être reçues avec le même respect.
Que signifie « si quelqu’un ne veut pas travailler, il ne doit pas non plus manger » ?
Paul vise l’oisiveté volontaire de quelques Thessaloniciens qui, attendant la fin, vivaient aux dépens des autres en « s’occupant de choses vaines ». Le verset ne concerne pas ceux qui ne peuvent pas travailler. Il rappelle que le travail, pour qui le peut, est un devoir et une part de la vie chrétienne.
Vous pouvez aussi lire la seconde Épître aux Thessaloniciens verset par verset, en français et en latin, dans l’application Bible catholique d’Iter Fidei.
2 Thessaloniciens · avec l'app
Accès anticipé