La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
L’Épître de saint Paul aux Colossiens
L’Épître aux Colossiens est la lettre que saint Paul, prisonnier à Rome, adressa à une jeune Église de Phrygie pour la garder d’une fausse « philosophie ». Ses quatre chapitres sont donnés ci-dessous dans la traduction de l’abbé Fillion, avec la Vulgate en regard ; le guide qui suit en présente l’auteur, le plan, la doctrine et l’usage liturgique.
Lire Colossiens : 4 chapitres
L’Épître aux Colossiens, Epistola ad Colossenses dans la Vulgate, compte parmi les quatorze épîtres de saint Paul. Elle suit l’Épître aux Philippiens et précède les deux lettres aux Thessaloniciens. Elle est brève : quatre chapitres, quatre-vingt-quinze versets. Peu de pages du Nouveau Testament disent pourtant avec autant de force qui est le Christ. La première moitié est doctrinale : le Fils est le Créateur de toutes choses, le chef de l’Église, celui en qui « toute la plénitude de la divinité habite corporellement » (Col 2, 9). La seconde moitié en tire une vie : puisque vous êtes ressuscités avec le Christ, cherchez les choses d’en haut, à la maison, au travail et dans la prière.
Qui a écrit l’Épître aux Colossiens ?
Saint Paul, avec Timothée à ses côtés. La lettre s’ouvre ainsi : « Paul, Apôtre de Jésus-Christ par la volonté de Dieu, et Timothée, notre frère, […] aux saints et fidèles frères dans le Christ Jésus, qui sont à Colosses » (Col 1, 1-2). Timothée est nommé comme compagnon, ainsi qu’en tête des épîtres aux Philippiens et à Philémon ; l’auteur reste Paul, qui signe de sa main à la dernière ligne : « Ma salutation de ma propre main : Paul. Souvenez-vous de mes liens » (Col 4, 18). L’Apôtre dictait d’ordinaire ses lettres et les authentifiait ainsi.
L’Église l’a toujours reçue comme sienne. Saint Irénée, Tertullien et Clément d’Alexandrie la citent sous le nom de Paul à la fin du IIe siècle, et le Canon de Muratori la range parmi ses épîtres. Le témoignage intérieur est aussi net : la lettre est liée à l’Épître à Philémon, que personne ne conteste. On y retrouve le même esclave, Onésime, et les mêmes salutations d’Aristarque, de Marc, d’Épaphras, de Luc et de Démas.
Depuis le XIXe siècle, des critiques y voient l’œuvre d’un disciple, à cause du vocabulaire et de la parenté avec l’Épître aux Éphésiens ; mais un même auteur écrivant deux lettres à la même époque explique au mieux cette ressemblance. Le concile de Trente la nomme parmi les quatorze épîtres de « Paul apôtre ». Pour la vie de l’Apôtre, voyez notre article sur la conversion de saint Paul.
Quand et où a-t-elle été écrite ?
À Rome, pendant la première captivité de saint Paul, vers 61-63. La lettre est écrite dans les fers : Paul demande qu’on prie pour qu’il puisse « annoncer le mystère du Christ, à cause duquel je suis enchaîné » (Col 4, 3), et il transmet le salut d’« Aristarque, mon compagnon de captivité » (Col 4, 10). C’est la captivité que décrit la fin du livre des Actes des Apôtres, au chapitre 28 : deux années dans un logement loué, sous la garde d’un soldat, avec la liberté de recevoir.
Colossiens, Éphésiens et Philémon partirent ensemble. Tychique portait les deux premières lettres, et avec lui voyageait Onésime, l’esclave fugitif qui rentrait chez son maître Philémon, à Colosses (Col 4, 7-9). Quelques auteurs modernes proposent Césarée ou Éphèse ; la tradition tient pour Rome.
À qui l’épître est-elle adressée, et pourquoi ?
Colosses était une ville de Phrygie, en Asie Mineure, sur le Lycus, tout près de Laodicée et d’Hiérapolis. Paul n’y était pas allé : il parle de « tous ceux qui n’ont pas vu mon visage dans la chair » (Col 2, 1). L’Évangile y avait été porté par un Colossien, Épaphras, « notre bien-aimé compagnon de service, qui est pour vous un fidèle ministre de Jésus-Christ » (Col 1, 7). La communauté venait surtout de la gentilité.
Épaphras avait apporté à Rome de bonnes nouvelles, mais aussi une inquiétude. Des maîtres troublaient les fidèles avec une « philosophie » faite de pratiques juives (fêtes, nouvelles lunes, sabbats, interdits alimentaires) et d’un culte des Anges qui plaçait les esprits célestes entre Dieu et l’homme et laissait le Christ dans l’ombre. Paul ne réfute pas ces doctrines point par point : il montre qui est le Christ, et leur fondement tombe.
De quoi parle l’Épître aux Colossiens ? Résumé
Le Christ, chef de la création et de l’Église (chapitre 1)
Le chapitre 1 s’ouvre sur l’action de grâces pour la foi, l’espérance et la charité des Colossiens, puis sur une prière : qu’ils soient « remplis de la connaissance de Sa volonté », pour « marcher d’une manière digne de Dieu » (Col 1, 9-10).
Vient alors la grande hymne au Christ (Col 1, 15-20) : image du Dieu invisible, premier-né de toute créature, en qui tout a été créé, « soit les trônes, soit les dominations, soit les principautés, soit les puissances » ; chef du corps de l’Église, premier-né d’entre les morts, qui a tout réconcilié « en établissant la paix par le sang de Sa Croix ». Paul conclut sur sa propre part au mystère : il se réjouit de souffrir pour l’Église et prêche « le Christ en vous, l’espérance de la gloire » (Col 1, 27).
Gardez-vous de la fausse philosophie (chapitre 2)
Le chapitre 2 est la mise en garde : « Prenez garde que personne ne vous séduise par la philosophie et une vaine tromperie, selon la tradition des hommes, selon les éléments du monde, et non selon le Christ » (Col 2, 8). Les Colossiens n’ont besoin de rien d’autre : ils ont reçu « la circoncision du Christ », ils ont été « ensevelis avec Lui par le baptême » et ressuscités avec Lui (Col 2, 11-12).
Le Christ a effacé l’acte qui nous condamnait, « en le clouant sur la Croix » (Col 2, 14), et triomphé des puissances. Les fêtes et les interdits de l’ancienne Loi ne sont que « l’ombre de celles qui devaient venir, tandis que le Christ est le corps » (Col 2, 17). Que personne ne les égare par une humilité affectée et un culte des Anges, « ne s’attachant pas au chef » (Col 2, 18-19).
Ressuscités avec le Christ : l’homme nouveau (chapitre 3)
Le chapitre 3 passe à la morale. « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses qui sont en haut » (Col 3, 1). Le chrétien fait mourir l’impureté et l’avarice, rejette la colère et le mensonge, se dépouille du vieil homme et revêt le nouveau, en qui « il n’y a ni Gentil ni Juif » (Col 3, 11). Il se revêt de miséricorde, de bonté, d’humilité, de patience et de pardon, et par-dessus tout de la charité (Col 3, 12-15). Suit la règle de la maison chrétienne : femmes et maris, enfants et pères, serviteurs et maîtres (Col 3, 18-25).
Prière, sagesse et salutations (chapitre 4)
Le chapitre 4 achève la règle domestique (« Maîtres, accordez à vos serviteurs ce qui est juste et équitable »), demande la persévérance dans la prière et des prières pour l’Apôtre captif, et recommande la sagesse envers « ceux du dehors » (Col 4, 5-6). Viennent enfin les nouvelles et les saluts : Tychique et Onésime, les porteurs ; Aristarque ; Marc, « le cousin de Barnabé » ; Épaphras ; Luc, « le médecin bien-aimé » ; et un mot pour Archippe : « Considère le ministère que tu as reçu du Seigneur, afin de le bien remplir » (Col 4, 17).
Les grands thèmes et la lecture catholique
La divinité du Christ. L’épître est l’un des grands textes christologiques de l’Écriture, à placer à côté du prologue de l’Évangile selon saint Jean : « Toutes choses ont été faites par Lui ». Contre les ariens, qui faisaient du Fils une créature, saint Athanase et les Pères ont montré que « premier-né de toute créature » ne veut pas dire « premier créé » : le Fils est engendré avant toute créature, et tout est créé par Lui.
Le verset 2, 9, « toute la plénitude de la divinité habite corporellement en Lui », est un témoignage clair de l’Incarnation : la divinité entière habite la chair du Christ. C’est pourquoi l’Église lit le chapitre 1 à la fête du Christ-Roi : Il est roi parce que « tout a été créé par Lui et pour Lui » (Col 1, 16).
L’Église, Son corps. Le Christ est « le chef du corps de l’Église » (Col 1, 18), et le corps entier, « serré et relié au moyen des jointures et des ligatures, tire l’accroissement que Dieu lui donne » (Col 2, 19).
Les souffrances offertes pour l’Église. « Ce qui manque aux souffrances du Christ, je le complète dans ma chair pour Son corps, qui est l’Église » (Col 1, 24). Rien ne manque à la Passion du Chef, dont le prix est infini. Ce qui reste à accomplir, ce sont les souffrances de Ses membres, unies aux siennes. Là s’enracine la pratique catholique d’offrir ses peines pour les autres, et la doctrine de la communion des saints.
Le baptême, circoncision nouvelle. Ce que la circoncision figurait dans l’alliance d’Abraham (Genèse 17), le baptême l’accomplit : il nous ensevelit avec le Christ et nous ressuscite avec Lui. On retrouve ici l’enseignement de l’Épître aux Romains, chapitre 6.
Les Anges et la tradition bien entendus. Deux versets ont parfois été retournés contre la pratique catholique. Le « culte aux Anges » condamné en 2, 18 était une superstition qui mettait les Anges à la place du Christ, chez des gens qui ne s’attachaient plus « au chef » ; il ne touche pas la prière que l’Église adresse aux saints Anges pour qu’ils intercèdent par Jésus-Christ. Paul nomme lui-même les ordres angéliques (« trônes », « dominations », « principautés », « puissances »), que les Pères ont comptés parmi les neuf chœurs des anges. Quant à « la tradition des hommes » (2, 8), ce sont des spéculations humaines, non la Tradition apostolique que le même Apôtre ordonne de garder en II Thessaloniciens 2, 15.
La famille chrétienne. Les vertus de 3, 12-17 et la règle domestique qui suit sont parmi les textes les plus clairs de l’Écriture sur les devoirs de la maison. On y trouvera de quoi nourrir la prière pour la famille.
Chapitres et versets célèbres
- Col 1, 15-16 : « C’est Lui qui est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute créature ; […] car en Lui toutes choses ont été créées dans le Ciel et sur la terre, les visibles et les invisibles ».
- Col 2, 9 : « Car toute la plénitude de la divinité habite corporellement en Lui. »
- Col 3, 1-2 : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ, recherchez les choses qui sont en haut, où le Christ est assis à la droite de Dieu ; […] ayez du goût pour les choses d’en haut, non pour celles qui sont sur la terre » (Colossiens 3, verset 2).
- Col 3, 3 : « Car vous êtes morts, et votre vie est cachée avec le Christ en Dieu » (Col 3, 3).
- Col 3, 14 : « Mais, par-dessus tout cela, ayez la charité, qui est le lien de la perfection » (Col 3, 14).
- Col 3, 23 : « Tout ce que vous ferez, faites-le de bon cœur, comme pour le Seigneur, et non pour les hommes » (Col 3, 23). C’est la règle de tout travail chrétien.
- Col 4, 6 : « Que votre parole soit toujours accompagnée de grâce et assaisonnée de sel » (Col 4, 6).
- Col 4, 14 : « Luc, le médecin bien-aimé, et Démas, vous saluent » (Col 4, 14). C’est par ce verset que nous savons que saint Luc l’évangéliste était médecin ; les versets 10 et 11, qui ne le comptent pas parmi les collaborateurs « de la circoncision », laissent entendre qu’il venait de la gentilité.
L’Épître aux Colossiens dans le canon et dans la liturgie
L’épître n’a jamais été contestée. Elle porte le même nom et compte les mêmes quatre chapitres dans les bibles catholiques, orthodoxes et protestantes. Avec Éphésiens, Philippiens et Philémon, elle forme le groupe des épîtres dites de la captivité. Le concile de Trente (session IV, 8 avril 1546) la nomme dans la liste des quatorze épîtres de saint Paul.
Le Missel de 1962 la lit souvent :
- Col 1, 12-20, à la fête du Christ-Roi, le dernier dimanche d’octobre ;
- Col 1, 9-14, au vingt-quatrième et dernier dimanche après la Pentecôte ;
- Col 3, 12-17, à la fête de la Sainte Famille et au cinquième dimanche après l’Épiphanie ;
- Col 3, 1-4, à la messe de la Vigile pascale : « Si donc vous êtes ressuscités avec le Christ » ;
- Col 3, 14-15, 17, 23-24, à la fête de saint Joseph artisan, le 1er mai.
Au Bréviaire, l’épître prend place dans la lecture continue de saint Paul aux Matines du temps après l’Épiphanie. Retrouvez ces jours dans le calendrier liturgique.
Comment lire l’Épître aux Colossiens
Lisez-la d’abord d’une traite, puis avec l’Épître aux Éphésiens et le billet à Philémon, partis en même temps. Arrêtez-vous sur l’hymne de 1, 15-20 en regardant le latin, car primogenitus omnis creaturae et plenitudo divinitatis portent la doctrine que les Pères ont défendue. Prenez enfin le chapitre 3 comme un examen de conscience pour la vie de famille et le travail.
Questions Fréquentes
Où était saint Paul quand il a écrit l’Épître aux Colossiens ?
Il était prisonnier à Rome, dans l’attente de son procès devant César, à qui il avait fait appel. Les Actes des Apôtres disent qu’il resta deux ans dans un logement loué, gardé par un soldat. Il appelle Aristarque son « compagnon de captivité » et termine par ces mots : « Souvenez-vous de mes liens ».
Quel est le thème principal de l’Épître aux Colossiens ?
La primauté du Christ et le fait qu’Il suffit : Il est l’image du Dieu invisible, en qui tout a été créé et par le sang de qui tout a été réconcilié. Rien ne peut donc être mis à côté de Lui, ni les Anges ni les observances de l’ancienne Loi. La vie chrétienne en découle : chercher les choses d’en haut, dépouiller le vieil homme, revêtir la charité, « le lien de la perfection ».
Qui est Épaphras dans l’Épître aux Colossiens ?
Un Colossien, « un des vôtres », qui porta l’Évangile dans sa ville et travailla aussi pour Laodicée et Hiérapolis (Col 4, 12-13). Paul l’appelle son « bien-aimé compagnon de service » et le montre toujours en prière pour les siens. Dans le billet à Philémon (verset 23), il est dit compagnon de captivité de l’Apôtre.
Qu’est-ce que la lettre de Laodicée mentionnée en Col 4, 16 ?
Paul demande que sa lettre soit lue aussi à Laodicée, et que les Colossiens lisent « celle des Laodicéens ». On ignore ce qu’était cette lettre : une épître de Paul aujourd’hui perdue, selon les uns ; l’Épître aux Éphésiens, lettre circulaire, selon d’autres. La courte « Épître aux Laodicéens » qui circula en latin au Moyen Âge n’est qu’une compilation de phrases tirées des autres épîtres, et l’Église ne l’a jamais reçue.
Combien de chapitres compte l’Épître aux Colossiens ?
Quatre chapitres et quatre-vingt-quinze versets, dans la Vulgate, chez Fillion et dans les bibles modernes. Toute la Bible de la liseuse donne le texte français et le latin chapitre par chapitre.
Vous pouvez aussi lire toute l’Épître aux Colossiens, verset par verset, en français et en latin, dans l’application Bible catholique d’Iter Fidei.
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