La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
L’Épître de saint Paul à Philémon
L’Épître à Philémon est le court billet que saint Paul, prisonnier, écrivit à un chrétien de Colosses pour lui renvoyer son esclave fugitif Onésime, devenu chrétien, « comme celui qui d’esclave est devenu un frère bien-aimé ». Son unique chapitre de vingt-cinq versets est donné ci-dessous dans la traduction de l’abbé Fillion, avec la Vulgate ; le guide qui suit en explique le contexte, le plan et la portée.
Lire Philémon : un chapitre
L’Épître à Philémon, Epistola ad Philemonem dans la Vulgate, est la plus courte des quatorze épîtres de saint Paul : un seul chapitre de vingt-cinq versets, qui se lit en cinq minutes sur la page de Philémon. C’est aussi la plus personnelle. Il n’y a ni controverse doctrinale ni Église en crise, seulement un esclave qui s’est enfui, un Apôtre enchaîné qui l’a converti, et un maître prié de le reprendre comme un frère. Les Pères ont vu tout ce que contient cette petite affaire : une charité qui prie au lieu de commander, un pécheur relevé, une dette payée par un autre, et un lien nouveau entre maître et esclave dans le Christ.
Qui a écrit l’Épître à Philémon ?
Saint Paul, avec Timothée nommé à ses côtés : « Paul, prisonnier du Christ Jésus, et le frère Timothée, au bien-aimé Philémon, notre collaborateur » (Phm 1). L’Apôtre signe de sa main son engagement : « Moi, Paul, je t’écris de ma propre main : je te le rendrai » (Phm 19). Il se présente comme « vieillard, et de plus maintenant prisonnier de Jésus-Christ » (Phm 9).
Le témoignage ancien est clair. Le Canon de Muratori, la plus ancienne liste conservée des livres du Nouveau Testament, compte une lettre « à Philémon » parmi celles de Paul. Tertullien note que Marcion, qui mutilait les épîtres, a laissé celle-ci intacte : sa brièveté l’a sauvée. Origène la cite comme étant de Paul, et Eusèbe la range parmi les livres reçus par tous.
Au IVe siècle, certains objectèrent, non que Paul ne l’eût pas écrite, mais qu’un billet sur un esclave était indigne de l’Écriture. Saint Jérôme et saint Jean Chrysostome leur ont répondu dans la préface de leurs commentaires : Dieu prend soin des petites affaires de la vie comme des grandes, et cette lettre enseigne beaucoup. Les critiques modernes, presque unanimement, la tiennent pour une lettre authentique de l’Apôtre.
Quand et où a-t-elle été écrite ?
À Rome, pendant la première captivité de saint Paul, vers 61-63. C’est la captivité décrite à la fin des Actes : Paul « demeura deux ans entiers dans le logement qu’il avait loué, et il recevait tous ceux qui venaient le voir » (Actes 28, 30). Un esclave venu d’Asie pouvait donc le trouver. L’Épître à Philémon forme avec Colossiens, Éphésiens et Philippiens le groupe des épîtres de la captivité.
Elle fut écrite et envoyée en même temps que l’Épître aux Colossiens. Les deux lettres nomment les mêmes compagnons, Épaphras, Marc, Aristarque, Démas et Luc, et le même Onésime, que Paul renvoie à Colosses avec Tychique, en l’appelant « le frère bien-aimé et fidèle, qui est l’un des vôtres » (Colossiens 4, 9). Paul demande même à Philémon de lui préparer un logement, car il espère être bientôt libéré (Phm 22). Certains auteurs modernes proposent Césarée ou Éphèse ; la tradition et le contenu de la lettre plaident pour Rome.
Qui étaient Philémon, Appia et Archippe ?
Philémon était un chrétien de Colosses, en Phrygie, homme aisé qui possédait des esclaves et dont la maison servait de lieu de réunion à la communauté : la lettre salue « l’église qui est dans la maison » (Phm 2). Paul l’appelle « notre collaborateur » et lui rappelle « que tu te dois toi-même à moi », ce qui laisse penser qu’il l’avait converti, sans doute pendant son long séjour à Éphèse.
La lettre est aussi adressée à « Appia, notre sœur très chère », qu’on tient généralement pour l’épouse de Philémon, et à « Archippus, notre compagnon d’armes », peut-être leur fils, le ministre à qui l’Apôtre fait dire dans l’Épître aux Colossiens : « Considère le ministère que tu as reçu du Seigneur, afin de le bien remplir » (Col 4, 17). Le Martyrologe romain fait mémoire de saint Philémon et de sainte Appia le 22 novembre, comme martyrs à Colosses sous Néron.
Onésime, le fugitif devenu évêque
Onésime était l’esclave de Philémon. Selon saint Jean Chrysostome, il avait volé son maître avant de s’enfuir à Rome ; il y trouva Paul en prison, entendit sa parole et reçut le baptême : « mon fils, que j’ai engendré dans les chaînes » (Phm 10). Son nom signifie en grec « utile », et Paul joue sur ce mot : il « t’a été autrefois inutile, mais qui maintenant est utile et à moi, et à toi » (Phm 11).
La tradition ne l’a pas oublié. Le Martyrologe romain fait mémoire de lui le 16 février : il le dit établi évêque d’Éphèse par saint Paul après saint Timothée, puis conduit enchaîné à Rome et lapidé pour la foi. Vers 107, saint Ignace d’Antioche, écrivant aux Éphésiens sur le chemin du martyre, loue leur évêque Onésime ; beaucoup ont pensé qu’il s’agissait du même homme.
De quoi parle l’Épître à Philémon ? Résumé
Salutation et action de grâces (versets 1 à 7)
Après la salutation à Philémon, à Appia, à Archippe et à l’Église de leur maison, Paul rend grâce à son Dieu pour « ta charité et ta foi pour le Seigneur Jésus et envers tous les saints » (Phm 5). Il demande que la générosité de Philémon, fruit de sa foi, se manifeste par toute sorte de bonnes œuvres (Phm 6), et dit sa joie : « les cœurs des saints ont été soulagés par toi, frère » (Phm 7). L’éloge est sincère, et il prépare la demande qui suit.
La prière pour Onésime (versets 8 à 21)
C’est le cœur de la lettre. Paul pourrait ordonner, « bien qu’ayant en Jésus-Christ une entière liberté de t’ordonner ce qui convient » (Phm 8), mais il préfère prier « au nom de la charité ». Il intercède pour Onésime et le renvoie : « Accueille-le comme mon propre cœur » (Phm 12). Il l’aurait volontiers gardé comme aide (Phm 13), « mais je n’ai rien voulu faire sans ton avis, afin que ton bienfait ne fût pas forcé, mais spontané » (Phm 14).
Puis il lit la Providence dans ce qui est arrivé : « Car peut-être n’a-t-il été séparé de toi pour un temps, afin que tu le recouvres pour l’éternité » (Phm 15), « non plus désormais comme un esclave, mais comme celui qui d’esclave est devenu un frère bien-aimé » (Phm 16). Paul prend la dette à son compte (Phm 18), demande à Philémon de tranquilliser son cœur (Phm 20), et conclut avec confiance : « sachant que tu feras encore plus que je ne dis » (Phm 21). Le mot de liberté n’est pas prononcé, mais beaucoup de lecteurs, anciens et modernes, l’ont entendu dans cette dernière phrase.
Logement et salutations (versets 22 à 25)
La lettre s’achève par la demande d’un logement, car Paul espère être rendu à ses amis « grâce à vos prières », et par les saluts d’« Epaphras, mon compagnon de captivité dans le Christ Jésus » (Phm 23), et de « Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs » (Phm 24). Puis vient la bénédiction : « Que la grâce de notre Seigneur Jésus-Christ soit avec votre esprit. Amen » (Phm 25).
Les grands thèmes et la lecture catholique
Une charité qui supplie. Paul a l’autorité d’un Apôtre et choisit de prier (versets 8 et 9). Saint Jean Chrysostome en tire la première leçon de la lettre : si Paul prend tant de soin d’un esclave fugitif et voleur, nous ne devons négliger aucune âme. Personne n’est hors de portée de la grâce, et celui qui était « inutile » devient un auxiliaire de l’Apôtre.
Le pardon des offenses. Paul demande à Philémon ce que l’Évangile demande à tout chrétien : pardonner un tort réel et recevoir le coupable. Pardonner volontiers les offenses est une des œuvres de miséricorde spirituelle, et la demande du Notre Père, « remettez-nous nos dettes, comme nous les remettons nous-mêmes à ceux qui nous doivent » (Matthieu 6, 12), prend ici un visage concret.
Une dette payée par un autre. « S’il t’a fait quelque tort, ou s’il te doit quelque chose, mets-le sur mon compte. » Le latin dit hoc mihi imputa. On voit ici, en petit, ce que le Christ a fait pour nous : le coupable est reçu à cause d’un autre, qui prend la dette sur lui. L’intercession de Paul pour Onésime, et sa confiance d’être libéré « grâce à vos prières », montrent aussi la charité par laquelle les membres du Christ s’aident les uns les autres : c’est la communion des saints.
La paternité spirituelle. « Mon fils, que j’ai engendré dans les chaînes. » Paul emploie le même langage dans la première Épître aux Corinthiens : « c’est moi qui vous ai engendrés en Jésus-Christ par l’Évangile ». Celui qui donne une âme au Christ par la parole et le baptême en devient vraiment le père dans la foi.
L’esclavage et l’Évangile. Paul n’ordonne pas à Philémon d’affranchir Onésime, et il ne garde pas l’esclave sans le consentement du maître. Saint Jean Chrysostome en conclut qu’il ne fallait pas soustraire les esclaves à leurs maîtres, de peur que l’on blasphème la foi comme si elle renversait tout ordre. Mais Paul change la relation de l’intérieur : l’esclave est désormais un frère bien-aimé, « soit dans la chair, soit dans le Seigneur ».
Il l’a écrit aux Galates : « il n’y a plus ni esclave ni libre ; […] car tous vous êtes un en Jésus-Christ » (Galates 3, 28), et aux Corinthiens, que l’esclave appelé par le Seigneur « est l’affranchi du Seigneur » (1 Co 7, 22). Léon XIII, dans l’encyclique In plurimis (1888) sur l’abolition de l’esclavage, cite l’exemple de Paul plaidant pour Onésime. Ces principes ont agi comme un levain qui, lentement, a miné l’esclavage antique.
Versets célèbres de l’Épître à Philémon
- Phm 6 : « Je demande que ta libéralité, qui provient de la foi, devienne manifeste, se faisant connaître par toute sorte de bonnes œuvres. » La foi se montre par les œuvres de la charité.
- Phm 10-11 : « Je te prie pour mon fils, que j’ai engendré dans les chaînes, pour Onésime, […] qui t’a été autrefois inutile, mais qui maintenant est utile et à moi, et à toi. »
- Phm 15-16 : « Afin que tu le recouvres pour l’éternité, […] non plus désormais comme un esclave, mais comme celui qui d’esclave est devenu un frère bien-aimé. »
- Phm 17 : « Si donc tu me regardes comme uni à toi, accueille-le comme moi-même » (Phm 17).
- Phm 24 : « Marc, Aristarque, Démas et Luc, mes collaborateurs. » Deux de ces noms ont une histoire. Marc, autrefois séparé de Paul, est de nouveau à ses côtés, et l’Apôtre écrira de lui : « il m’est utile pour le ministère » (II Timothée 4, 11) ; notre article sur saint Marc retrace sa vie. Démas, fidèle ici, abandonnera plus tard l’Apôtre « par amour pour le siècle ».
L’Épître à Philémon dans le canon et dans la liturgie
L’épître figure dans le Nouveau Testament de toutes les bibles, catholiques, orthodoxes et protestantes, sous le même nom et avec le même chapitre unique. Dans la Vulgate, elle se place après l’Épître à Tite et avant l’Épître aux Hébreux : c’est la dernière des lettres de Paul adressées à des personnes. Le concile de Trente (session IV, 1546) nomme, parmi les quatorze épîtres de l’Apôtre, « une à Philémon ».
Le Missel de 1962 ne lui emprunte pas d’épître de messe. Elle a sa place dans la lecture des épîtres de saint Paul que le Bréviaire fait aux Matines du temps après l’Épiphanie.
Comment lire l’Épître à Philémon
Lisez-la d’un trait, à voix haute si possible : c’est une lettre destinée à être lue devant l’Église réunie chez Philémon. Relisez-la ensuite avec les chapitres 3 et 4 de l’Épître aux Colossiens, envoyés à la même ville en même temps, où Paul donne la règle des maîtres et des serviteurs et nomme Onésime. Gardez le latin sous les yeux : nunc autem et mihi et tibi utilis (verset 11) et hoc mihi imputa (verset 18) font sentir le jeu sur le nom et le poids de l’engagement de Paul. Demandez-vous enfin qui vous êtes appelé à recevoir « comme moi-même ». Tous les livres se trouvent dans la Bible de la liseuse.
Questions Fréquentes
Qui a écrit l’Épître à Philémon ?
Saint Paul, avec Timothée nommé dans la salutation ; il l’a signée de sa main (verset 19). Le Canon de Muratori, Tertullien, Origène et Eusèbe la reçoivent comme sienne, et Marcion lui-même la gardait. Les critiques modernes la tiennent presque tous pour authentique.
Quand et où l’Épître à Philémon a-t-elle été écrite ?
Vers 61-63, à Rome, pendant la première captivité de saint Paul, en même temps que les épîtres aux Colossiens et aux Éphésiens. Onésime la porta à Colosses avec Tychique, qui portait la lettre aux Colossiens.
De quoi parle l’Épître à Philémon ?
Saint Paul renvoie à Philémon son esclave fugitif Onésime, qu’il a converti et baptisé en prison, et lui demande de le pardonner et de l’accueillir comme un frère bien-aimé. Il offre de payer lui-même ce qu’Onésime pourrait devoir. C’est une lettre sur la charité, le pardon et la fraternité nouvelle du maître et de l’esclave dans le Christ.
Qui était Onésime dans la Bible ?
L’esclave de Philémon, qui fit tort à son maître, s’enfuit à Rome, y rencontra saint Paul en prison et devint chrétien. Son nom veut dire « utile », d’où le jeu de mots du verset 11. Le Martyrologe romain l’honore le 16 février comme évêque d’Éphèse après saint Timothée et comme martyr.
Pourquoi une lettre si courte est-elle dans la Bible ?
Parce que c’est une lettre inspirée de l’Apôtre, reçue par l’Église dès l’origine et inscrite au canon par le concile de Trente. Quand certains la jugèrent trop mince pour l’Écriture, saint Jérôme et saint Jean Chrysostome la défendirent, en montrant tout ce qu’elle enseigne sur la charité, le pardon et le prix de chaque âme.
Combien de chapitres compte l’Épître à Philémon ?
Un seul chapitre de vingt-cinq versets, dans la Vulgate, chez Fillion et dans les bibles modernes. C’est la plus courte des épîtres de saint Paul, et on la cite par le numéro du verset seul : Phm 10, Phm 16.
Vous pouvez aussi lire l’Épître à Philémon verset par verset, en français et en latin, dans l’application Bible catholique d’Iter Fidei.
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