La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
L’Épître de saint Paul à Tite
L’Épître à Tite est la lettre de saint Paul à son disciple, laissé à la tête de l’Église de Crète : trois chapitres sur l’ordination de prêtres dignes, la saine doctrine, une vie chrétienne pour chaque âge et la grâce de Dieu apparue à tous les hommes. Le texte de l’abbé Fillion et la Vulgate sont donnés ci-dessous ; le guide qui suit en présente l’auteur, le plan, la doctrine et les lectures de Noël.
Lire Tite : 3 chapitres
L’Épître à Tite, Epistola ad Titum dans la Vulgate, est l’une des quatorze épîtres de saint Paul. Elle se place entre la seconde Épître à Timothée et l’Épître à Philémon, et forme avec les deux lettres à Timothée le groupe des épîtres pastorales, ainsi nommées parce qu’elles sont écrites à un pasteur au sujet de son troupeau. Elle n’a que trois chapitres et quarante-six versets. L’Église y a pourtant puisé sa règle pour le choix des évêques et des prêtres, une affirmation très nette de la divinité du Christ, un texte classique sur le baptême et deux des épîtres qu’elle chante à Noël.
Qui a écrit l’Épître à Tite ?
Saint Paul, qui se nomme dès les premiers mots : « Paul, serviteur de Dieu, et Apôtre de Jésus-Christ, pour la foi des élus de Dieu et la connaissance de la vérité qui est selon la piété » (Tite 1, 1). L’auteur a prêché en Crète et y a laissé Tite ; il prévoit de passer l’hiver à Nicopolis et nomme ses compagnons, Artémas, Tychique, Zénas le légiste et Apollos (Tt 3, 12-13).
L’Église l’a toujours reçue comme sienne. Saint Irénée cite les pastorales sous le nom de Paul, Théophile d’Antioche les emploie comme parole divine, et Tertullien s’étonne que Marcion les ait rejetées, lui qui recevait le billet à Philémon. Le 12 juin 1913, la Commission biblique pontificale a rappelé que, selon la tradition de l’Église, les deux lettres à Timothée et celle à Tite ont été écrites par l’Apôtre lui-même. Beaucoup de critiques modernes ont mis en doute cette origine, à cause du vocabulaire et de l’organisation de l’Église qu’elles supposent ; ces arguments, appliqués avec la même rigueur, atteindraient des lettres que personne ne conteste.
Qui était Tite ?
Un païen converti, que Paul appelle « mon fils bien-aimé dans la foi qui nous est commune » (Tt 1, 4). Il monta à Jérusalem avec Paul et Barnabé, et l’Apôtre refusa qu’on le circoncît : « Et même Tite, qui était avec moi, et qui était païen, ne fut pas obligé de se faire circoncire » (Galates 2, 3). Il fut l’envoyé de Paul auprès de l’Église troublée de Corinthe, et son retour consola l’Apôtre : « Dieu nous a consolés par l’arrivée de Tite » (II Corinthiens 7, 6). Plus tard, il partit pour la Dalmatie (II Timothée 4, 10).
Chose curieuse, le livre des Actes ne le nomme jamais. La tradition en fait le premier évêque de Crète, où il serait mort très âgé. Le calendrier de 1962 le fête le 6 février, comme évêque et confesseur.
Quand et où l’épître a-t-elle été écrite ?
Après la libération de saint Paul, au sortir de la première captivité romaine qui clôt les Actes, et avant la seconde : vers 63-66. Paul a prêché en Crète, y a laissé Tite pour achever l’organisation de l’Église, puis a poursuivi sa route ; il écrit en chemin, avant d’aller hiverner à Nicopolis, sans doute la ville de ce nom en Épire. Saint Jean Chrysostome a remarqué que la lettre précède la seconde à Timothée : ici Paul est libre de choisir où il passera l’hiver, là il est enchaîné et attend la mort.
La Crète et ses premiers chrétiens
La Crète est la grande île au sud de la mer Égée. Des Crétois figuraient parmi les pèlerins de la Pentecôte : « Crétois et Arabes, nous les entendons parler en nos langues des merveilles de Dieu » (Actes 2, 11), et le navire qui conduisait Paul à Rome longea l’île jusqu’au lieu appelé Bons-Ports (Ac 27, 8). La jeune Église était troublée par des maîtres « de la circoncision » qui répandaient des « fables judaïques » (Tt 1, 10-14). Paul leur oppose un vers d’un poète du pays : « Les Crétois sont toujours menteurs, méchantes bêtes, ventres paresseux » (Tt 1, 12). Saint Jérôme et saint Jean Chrysostome nomment ce poète : Épiménide, Crétois lui-même.
De quoi parle l’Épître à Tite ? Résumé
Paul donne à Tite une autorité et un programme : mettre en ordre les Églises de Crète, établir des prêtres dignes, réduire au silence les faux docteurs, et apprendre à chaque catégorie de fidèles une vie qui honore l’Évangile.
Établir des prêtres, faire taire les faux docteurs (chapitre 1)
Après une salutation solennelle sur « l’espérance de la vie éternelle que le Dieu qui ne ment point a promise dès les temps anciens » (Tt 1, 2), Paul donne son but : « Je t’ai laissé en Crète, afin que tu organises ce qui reste à régler, et que tu établisses des prêtres dans chaque ville » (Tt 1, 5).
Il énumère les qualités requises : « Car il faut que l’évêque soit irréprochable, comme étant l’intendant de Dieu ; pas orgueilleux, ni colère, ni adonné au vin » (Tt 1, 7), mais « hospitalier, affable, sobre, juste, saint, tempérant » (Tt 1, 8), attaché à la parole authentique pour exhorter et confondre les contradicteurs (Tt 1, 9). Le chapitre se ferme sur les faux docteurs : « Ils font profession de connaître Dieu, mais ils Le renient par leurs œuvres » (Tt 1, 16).
La saine doctrine pour chaque état de vie (chapitre 2)
« Pour toi, enseigne ce qui convient à la saine doctrine » (chapitre 2). Paul donne ses conseils aux vieillards, aux femmes âgées, aux jeunes femmes, aux jeunes hommes et aux serviteurs, et à Tite lui-même : « En toutes choses montre-toi toi-même un modèle de bonnes œuvres » (Tt 2, 7). Tout repose sur les deux avènements du Christ : la grâce déjà manifestée, la gloire attendue (Tt 2, 11-14). Tite doit enseigner cela « avec une pleine autorité » (Tt 2, 15).
Les chrétiens dans le monde, sauvés par la grâce (chapitre 3)
Les fidèles seront « soumis aux princes et aux magistrats », prêts à toute bonne œuvre, doux envers tous, en se souvenant de ce qu’ils étaient autrefois (chapitre 3). Mais Dieu nous a sauvés par Sa miséricorde, « par le bain de la régénération et du renouvellement de l’Esprit-Saint » (Tt 3, 5), et ceux qui croient doivent s’appliquer « à faire de bonnes œuvres » (Tt 3, 8). Tite évitera les discussions insensées et les généalogies, et écartera l’hérétique obstiné. Des consignes personnelles et des saluts terminent la lettre.
Les grands thèmes et la lecture catholique
Le sacerdoce et la succession apostolique. Tite reçoit sa charge d’un Apôtre et la transmet par l’ordination « dans chaque ville ». On voit ici la hiérarchie de l’Église à l’œuvre dès l’âge apostolique. Les mots ne sont pas encore fixés : en 1, 5 et 1, 7, les mêmes hommes sont appelés « prêtres » puis « évêque », ce que saint Jérôme relevait déjà dans son commentaire de cette épître. Mais l’autorité de Tite, qui ordonne et qui juge, est bien celle que l’Église reconnaîtra aux évêques.
« Mari d’une seule femme. » Ces mots de 1, 6 ne veulent pas que tout prêtre soit marié, puisque Paul lui-même ne l’était pas ; ils écartent des ordres celui qui s’est marié plus d’une fois. Saint Jean Chrysostome note qu’ils fermaient aussi la bouche aux hérétiques qui condamnaient le mariage. Le mot « tempérant » (1, 8), continentem dans la Vulgate, oriente déjà vers la continence que l’Église latine demandera à ses ministres.
La divinité du Christ. « Attendant la bienheureuse espérance et l’avènement de la gloire du grand Dieu et de notre Sauveur Jésus-Christ » (Tt 2, 13) : le grec désigne le Christ lui-même comme « le grand Dieu ». Saint Jean Chrysostome opposait déjà ce verset aux ariens, qui faisaient le Fils inférieur au Père.
Le baptême et la justification. Le « bain de la régénération » est le baptême, et ce verset est le pendant de la parole du Seigneur à Nicodème : « s’il ne renaît de l’eau et de l’Esprit-Saint » (Jean 3, 5). Nous sommes sauvés « non à cause des œuvres de justice que nous aurions faites, mais en vertu de Sa miséricorde » : la grâce vient d’abord et ne se mérite pas.
Mais le même chapitre insiste deux fois sur les bonnes œuvres, fruit nécessaire de la foi. Le concile de Trente, dans son décret sur la justification (session VI, 1547), reprend la fin du passage : justifiés par Sa grâce, nous devenons « héritiers, conformément à l’espérance de la vie éternelle » (Tt 3, 7). Sur ce sacrement, voyez notre article sur le baptême, et sur le don de Dieu qu’il confère, la grâce.
L’hérétique. « Écarte celui qui est hérétique, après un premier et un seconde avertissement, […] sachant qu’un homme de cette espèce est perverti, et qu’il pèche, condamné par son propre jugement » (Tt 3, 10-11). Les autres pécheurs sont retranchés par la sentence des pasteurs ; l’hérétique se sépare lui-même de l’Église en préférant son jugement à la foi reçue.
Chapitres et versets célèbres
- Tt 1, 15 : « Tout est pur pour ceux qui sont purs ; pour ceux qui sont souillés et infidèles rien n’est pur » (Tt 1, 15). Le verset ne justifie pas tout : il abolit les distinctions alimentaires de la Loi, et rappelle que l’impureté vient du cœur.
- Tt 2, 11-13 : « Car la grâce de Dieu notre sauveur s’est manifestée à tous les hommes ; […] nous enseignant à renoncer à l’impiété et aux convoitises mondaines, pour que nous vivions sobrement, et justement, et pieusement dans ce siècle » (Tt 2, 12).
- Tt 2, 14 : le Christ « S’est livré Lui-même pour nous, afin de nous racheter de toute iniquité, et de Se faire de nous un peuple purifié, agréable, et zélé pour les bonnes œuvres » (Tt 2, 14).
- Tt 3, 4-5 : « Mais lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et Son amour pour les hommes ont paru, […] Il nous a sauvés » (Tt 3, 4).
- Tt 3, 10 : « Écarte celui qui est hérétique, après un premier et un seconde avertissement. »
L’Épître à Tite dans le canon et dans la liturgie
L’épître porte le même nom et compte les mêmes trois chapitres dans les bibles catholiques et protestantes. Elle n’a jamais été contestée parmi les fidèles, et le concile de Trente (session IV, 1546) la nomme parmi les quatorze épîtres de saint Paul. La Vulgate garde le mot « prêtres » (presbyteros) en 1, 5 et le « bain de la régénération » (lavacrum regenerationis) en 3, 5.
C’est à Noël que l’Église lit le plus cette épître. Au Missel de 1962 :
- Tt 2, 11-15, « la grâce de Dieu notre sauveur s’est manifestée à tous les hommes », est l’épître de la messe de minuit de Noël, et de nouveau celle du 1er janvier, octave de la Nativité ;
- Tt 3, 4-7, « lorsque la bonté de Dieu, notre Sauveur, et Son amour pour les hommes ont paru », est l’épître de la messe de l’aurore ;
- la troisième messe, celle du jour, lit l’Épître aux Hébreux.
Ces lectures accompagnent la contemplation de l’Enfant de la crèche, à laquelle notre article sur la crèche de Noël donne son sens spirituel. Les dates se retrouvent dans le calendrier liturgique.
Comment lire l’Épître à Tite
Lisez-la d’une traite, puis avec la première Épître à Timothée, qui donne au chapitre 3 les mêmes conseils sur les évêques et les diacres. À Noël, reprenez les chapitres 2 et 3 avec le latin, tels que l’Église les chante. Pour une étude suivie, les commentaires classiques sont les homélies de saint Jean Chrysostome, le commentaire de saint Jérôme et celui de saint Thomas d’Aquin.
Questions Fréquentes
Qui a écrit l’Épître à Tite ?
Saint Paul, qui se nomme au premier verset et écrit comme celui qui a prêché en Crète et y a laissé Tite. L’Église l’a toujours reçue comme sienne, et la Commission biblique pontificale a rappelé en 1913 que les épîtres pastorales sont de l’Apôtre, même si beaucoup de critiques modernes en doutent.
Quand l’Épître à Tite a-t-elle été écrite ?
Vers 63-66, après la libération de saint Paul de sa première captivité romaine et avant sa dernière captivité. Elle est antérieure à la seconde Épître à Timothée, puisque Paul y est encore libre de ses mouvements.
De quoi parle l’Épître à Tite ?
C’est l’instruction de Paul à Tite, chargé de l’Église de Crète. Tite doit établir des prêtres dignes dans chaque ville, reprendre les faux docteurs, et apprendre aux vieillards, aux jeunes gens, aux femmes et aux serviteurs à vivre sobrement, justement et pieusement. Tout cela repose sur la grâce de Dieu manifestée dans le Christ, qui nous a sauvés « par le bain de la régénération ».
Qui était Tite dans la Bible ?
Un disciple de saint Paul né païen, qu’il emmena à Jérusalem sans le faire circoncire, qu’il envoya à Corinthe et qu’il laissa à la tête de l’Église de Crète. Il est nommé dans la seconde aux Corinthiens, l’Épître aux Galates, la seconde à Timothée et la lettre qui lui est adressée, mais jamais dans les Actes. Le calendrier de 1962 le fête le 6 février.
Combien de chapitres compte l’Épître à Tite ?
Trois chapitres et quarante-six versets, dans la Vulgate, chez Fillion et dans les bibles modernes. Vous pouvez l’ouvrir avec tous les autres livres dans la Bible de la liseuse.
Pourquoi lit-on l’Épître à Tite à Noël ?
Parce qu’elle annonce en deux passages l’apparition de Dieu parmi les hommes : « la grâce de Dieu notre sauveur s’est manifestée » (2, 11) et « la bonté de Dieu, notre Sauveur, et Son amour pour les hommes ont paru » (3, 4). Le Missel de 1962 les lit à la messe de minuit et à la messe de l’aurore.
Vous pouvez aussi lire l’Épître à Tite verset par verset, en français et en latin, dans l’application Bible catholique d’Iter Fidei.
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