La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
La première Épître de saint Paul à Timothée
La première Épître à Timothée est la lettre que saint Paul adressa à son disciple, chargé de l’Église d’Éphèse : une règle pour les pasteurs sur la prière, les évêques et les diacres, les veuves, les prêtres, l’argent et la garde du dépôt de la foi. Ses six chapitres sont donnés ci-dessous dans la traduction de l’abbé Fillion, avec la Vulgate ; le guide qui suit en présente l’auteur, le plan et la doctrine.
Lire 1 Timothée : 6 chapitres
La première Épître à Timothée, Epistola I ad Timotheum dans la Vulgate, ouvre le groupe des trois épîtres dites pastorales, avec la seconde Épître à Timothée et l’Épître à Tite. La plupart des lettres de saint Paul s’adressent à des Églises ; celles-ci s’adressent à des pasteurs. En six chapitres, l’Apôtre enseigne à un jeune évêque comment l’Église prie, qui elle ordonne, comment elle prend soin des veuves et honore ses prêtres, ce qu’elle pense de l’argent et comment elle garde la foi reçue.
Qui a écrit la première Épître à Timothée ?
Saint Paul. La lettre s’ouvre ainsi : « Paul, Apôtre de Jésus-Christ par ordre de Dieu notre sauveur, et de Jésus-Christ notre espérance, […] à Timothée, mon cher fils dans la foi » (1 Tm 1, 1-2). L’auteur rappelle qu’il était auparavant « un blasphémateur, un persécuteur et un oppresseur injurieux » (1 Tm 1, 13), ce qui est l’histoire de Paul avant le chemin de Damas, racontée dans notre article sur la conversion de saint Paul. Il se dit « docteur des Gentils dans la foi et la vérité » (1 Tm 2, 7).
Le témoignage ancien est constant. Saint Polycarpe de Smyrne connaît les épîtres pastorales au début du IIe siècle ; saint Irénée les cite comme étant de Paul, et il emprunte même le titre de sa grande œuvre contre les gnostiques à la « science qui porte faussement ce nom » de 1 Tm 6, 20 : Dénonciation et réfutation de la gnose au nom menteur. Eusèbe les range parmi les livres reçus par tous.
Depuis le XIXe siècle, beaucoup de critiques attribuent les pastorales à un disciple de Paul. Le 12 juin 1913, la Commission biblique pontificale a répondu que, selon la tradition de l’Église, ces lettres ont été écrites par l’Apôtre lui-même et toujours tenues pour authentiques et canoniques, et que les objections tirées du style ou de l’organisation de l’Église n’affaiblissent pas ce témoignage.
À qui la lettre est-elle adressée ?
À Timothée, le « cher fils dans la foi » de Paul. Né à Lystres, en Lycaonie, il était « fils d’une femme juive devenue croyante et d’un père gentil » (Actes 16, 1). Paul le prit avec lui lors de son deuxième voyage, et son nom figure en tête de plusieurs épîtres. Quand l’Apôtre lui écrit, Timothée gouverne l’Église d’Éphèse : « Je t’ai recommandé, en partant pour la Macédoine, de demeurer à Éphèse, afin d’enjoindre à certaines personnes de ne pas enseigner une autre doctrine » (1 Tm 1, 3). La tradition l’honore comme le premier évêque de cette ville et comme martyr ; sa vie est racontée dans notre article sur saint Timothée.
Quand et où a-t-elle été écrite ?
Après la libération de saint Paul, au terme de la première captivité romaine qui clôt le livre des Actes, et avant sa seconde captivité et sa mort : vers 63-65. Les Pères attestent ce dernier voyage en Orient, et la Commission biblique de 1913 a retenu cette chronologie. Le lieu n’est pas certain ; l’opinion la plus commune est la Macédoine, puisque Paul y était parti en laissant Timothée à Éphèse, et qu’il espérait le rejoindre « bientôt » (1 Tm 3, 14).
De quoi parle la première Épître à Timothée ? Résumé
La clé de la lettre tient dans une phrase : Paul écrit « afin que, si je tardais, tu saches comment tu dois te conduire dans la maison de Dieu, qui est l’Église du Dieu vivant, la colonne et le fondement de la vérité » (1 Tm 3, 15). Chaque chapitre applique ce principe à une part de la charge d’un évêque.
La saine doctrine et la conversion de Paul (chapitre 1)
Timothée doit faire taire ceux qui s’appliquent « à des fables et à des généalogies sans fin » (1 Tm 1, 4), car « la fin du commandement, c’est la charité venant d’un cœur pur, d’une bonne conscience et d’une foi sincère » (1 Tm 1, 5). Paul rend grâces pour sa propre conversion, preuve que « le Christ Jésus est venu en ce monde pour sauver les pécheurs » (1 Tm 1, 15), et met en garde contre Hyménée et Alexandre, qui « ont fait naufrage par rapport à la foi ».
La prière de l’Église (chapitre 2)
Il faut prier « pour tous les hommes, […] pour les rois, et pour tous ceux qui sont élevés en dignité » (chapitre 2), car Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés » et il n’y a qu’un seul médiateur. Les hommes prient « levant des mains pures, sans colère et sans contestations » (1 Tm 2, 8) ; les femmes se parent de pudeur et de bonnes œuvres, et n’enseignent pas dans l’assemblée.
Les évêques, les diacres et le mystère de la piété (chapitre 3)
« Si quelqu’un désire l’épiscopat, il désire une œuvre excellente » (1 Tm 3, 1). L’évêque doit être irréprochable, « mari d’une seule femme », sobre, chaste, hospitalier, « capable d’instruire », gouvernant bien sa maison, et « pas un néophyte » (1 Tm 3, 2-7). Les diacres seront d’abord éprouvés, gardant « le mystère de la foi dans une conscience pure » (1 Tm 3, 8-13). Le chapitre s’achève sur l’Église colonne de la vérité et sur une hymne au Christ (1 Tm 3, 16).
Le faux ascétisme et le jeune évêque (chapitre 4)
Dans les derniers temps, certains abandonneront la foi et « interdisent le mariage et ordonnent de s’abstenir d’aliments » (chapitre 4), alors que « tout ce que Dieu a créé est bon ». Timothée doit s’exercer à la piété, s’appliquer « à la lecture, à l’exhortation et à l’enseignement », et ne pas négliger la grâce reçue « lorsque les prêtres t’imposèrent les mains » (1 Tm 4, 13-14).
Les veuves et les prêtres (chapitre 5)
Timothée traitera les vieillards comme des pères, les jeunes gens comme des frères, les femmes âgées comme des mères, les jeunes « comme des sœurs, en toute chasteté » (chapitre 5). Il honorera « les veuves qui sont vraiment veuves » : la famille d’abord prend soin des siens, et l’Église n’inscrit que des veuves éprouvées d’au moins soixante ans (1 Tm 5, 9-10). Les prêtres qui gouvernent bien méritent « un double honneur » (1 Tm 5, 17) ; aucune accusation contre un prêtre ne sera reçue sans deux ou trois témoins ; et « N’impose les mains à personne avec précipitation » (1 Tm 5, 22).
Les richesses et le dépôt de la foi (chapitre 6)
Les esclaves honoreront leurs maîtres ; les docteurs qui voient dans la piété une source de gain sont blâmés, car « l’amour de l’argent est une racine de tous les maux » (1 Tm 6, 10). L’« homme de Dieu » doit combattre « le bon combat de la foi », recommander aux riches « de devenir riches en bonnes œuvres » (1 Tm 6, 17-19), et surtout : « O Timothée, garde le dépôt ».
Les grands thèmes et la lecture catholique
La hiérarchie de l’Église. La lettre montre un évêque établi par un Apôtre à la tête d’une Église, qui ordonne par l’imposition des mains, juge les prêtres et choisit les diacres. Le concile de Trente, en définissant l’Ordre comme un vrai sacrement (session XXIII, 1563), s’appuie sur ces textes et sur ceux de la seconde lettre. Notre article sur les sept sacrements situe l’Ordre parmi eux.
« Mari d’une seule femme. » Le texte ne veut pas que tout évêque soit marié, puisque saint Paul lui-même ne l’était pas. Il interdit d’ordonner un homme qui s’est marié plus d’une fois. Dès les premiers siècles, l’Église latine a demandé aux ministres sacrés mariés la continence, puis elle a choisi ses prêtres parmi ceux qui gardent le célibat.
Un seul médiateur, et la prière des saints. « Car il y a un seul Dieu, et un seul médiateur entre Dieu et les hommes, l’homme Jésus-Christ » (1 Tm 2, 5). Le Christ est l’unique médiateur de la rédemption. Cela n’empêche pas de demander l’intercession des fidèles sur la terre et des saints au Ciel, puisque Paul lui-même ordonne, quatre versets plus haut, « des supplications, des prières, des intercessions » pour tous. Le concile de Trente (session XXV) condamne ceux qui jugent l’invocation des saints contraire à l’honneur de l’unique médiateur : c’est la communion des saints.
L’Église, colonne de la vérité. Paul ne dit pas que l’Écriture seule est la colonne de la vérité, mais l’Église du Dieu vivant. C’est l’un des textes sur lesquels repose l’infaillibilité de l’Église enseignante.
Le célibat et le jeûne. Le verset 4, 3 a parfois été retourné contre la pratique catholique. Paul vise les sectes qui tenaient la chair et le mariage pour mauvais, comme le feront les encratites et les manichéens. L’Église tient le mariage pour un sacrement, ne l’interdit qu’à ceux qui ont choisi par vœu un état plus parfait, et ne condamne aucun aliment en lui-même.
Le dépôt de la foi. Depositum custodi, « garde le dépôt » (6, 20), est la charte de la Tradition : l’évêque n’invente pas la doctrine, il garde ce qu’il a reçu. Saint Vincent de Lérins a commenté ce verset dans son Commonitorium (434) : le dépôt est ce qui t’a été confié, non ce que tu as trouvé ; tu ne l’as pas inventé, tu l’as reçu.
Chapitres et versets célèbres
- 1 Tm 1, 17 : « Au Roi des siècles, immortel, invisible, seul Dieu, honneur et gloire dans les siècles des siècles ! Amen » (1 Tm 1, 17).
- 1 Tm 2, 1-4 : « Je demande donc avant toutes choses que l’on fasse des supplications, des prières, des intercessions et des actions de grâces pour tous les hommes » ; Dieu « veut que tous les hommes soient sauvés, et qu’ils parviennent à la connaissance de la vérité » (1 Tm 2, 4).
- 1 Tm 2, 12 : « Je ne permets point à la femme d’enseigner, ni de prendre autorité sur l’homme » (1 Tm 2, 12). Avec I Corinthiens 14, 34, l’Église l’entend de l’enseignement public dans l’assemblée liturgique, qui revient au ministère ordonné.
- 1 Tm 3, 16 : « Il est grand le mystère de la piété, qui a été manifesté dans la chair, a été légitimé par l’Esprit, a été vu des Anges, a été prêché aux nations, a été cru dans le monde, a été élevé dans la gloire. »
- 1 Tm 4, 12 : « Que personne ne méprise ta jeunesse ; mais sois un modèle des fidèles dans les paroles, dans la conduite, dans la charité, dans la foi, dans la chasteté » (1 Tm 4, 12).
- 1 Tm 5, 8 : « Si quelqu’un n’a pas soin des siens et surtout de ceux de sa maison, il a renié la foi, et il est pire qu’un infidèle » (1 Tm 5, 8).
- 1 Tm 5, 18 : le double honneur des prêtres repose sur « Tu ne lieras pas la bouche au bœuf qui foule le grain », tiré du Deutéronome, et sur la parole du Seigneur : « l’ouvrier est digne de son salaire » (Luc 10, 7).
- 1 Tm 5, 23 : « Ne continue pas à ne boire que de l’eau, mais use d’un peu de vin, à cause de ton estomac et de tes fréquentes maladies » (1 Tm 5, 23).
- 1 Tm 6, 7 et 6, 10 : « Car nous n’avons rien apporté en ce monde, et il n’est pas douteux que nous n’en pouvons rien emporter » (1 Tm 6, 7). La Vulgate dit radix omnium malorum est cupiditas : la racine des maux est l’amour de l’argent, non l’argent lui-même.
- 1 Tm 6, 12 : « Combats le bon combat de la foi ; saisis la vie éternelle » (1 Tm 6, 12).
La première Épître à Timothée dans le canon et dans la liturgie
L’épître porte le même nom et compte les mêmes six chapitres dans les bibles catholiques et protestantes. Elle suit la seconde aux Thessaloniciens et précède la seconde à Timothée. Elle n’a jamais été contestée dans l’Église, et le concile de Trente (session IV, 1546) nomme « deux à Timothée » parmi les épîtres de saint Paul.
Au Missel de 1962, la messe de saint Timothée, évêque et martyr, le 24 janvier, prend son épître en 1 Tm 6, 11-16 : « Mais toi, ô homme de Dieu, fuis ces choses, et recherche la justice, la piété, la foi, la charité, la patience, la douceur » (1 Tm 6, 11). Au Bréviaire, la doxologie de 1, 17, Regi saeculorum immortali et invisibili, soli Deo honor et gloria, est le capitule de Prime les dimanches et aux fêtes.
Comment lire la première Épître à Timothée
Lisez-la d’une traite, puis avec l’Épître à Tite, sa jumelle, et la seconde à Timothée. Gardez sous les yeux les adieux de Paul aux anciens d’Éphèse, où il leur dit que l’Esprit-Saint les a établis « évêques, pour gouverner l’église de Dieu ». Passez lentement le chapitre 3 avec le latin : episcopus, diaconus, ecclesia Dei vivi disent en peu de mots l’ordre de l’Église.
Questions Fréquentes
Qui a écrit la première Épître à Timothée ?
Saint Paul, comme l’indique le premier verset. Les Pères, depuis saint Polycarpe et saint Irénée, l’ont reçue comme sienne, et la Commission biblique pontificale a rappelé en 1913 que la tradition de l’Église tient les épîtres pastorales pour l’œuvre de l’Apôtre. Beaucoup de critiques modernes l’attribuent à un disciple, mais la tradition demeure.
À qui la première Épître à Timothée est-elle adressée ?
À Timothée, jeune disciple et compagnon de saint Paul, né à Lystres d’un père païen et d’une mère juive devenue chrétienne. Paul l’avait laissé à Éphèse pour gouverner cette Église ; la tradition en fait son premier évêque. Le calendrier de 1962 le fête le 24 janvier.
Quand et où la première Épître à Timothée a-t-elle été écrite ?
Vers 63-65, entre la libération de saint Paul de sa première captivité romaine et sa seconde captivité. Le lieu est incertain ; l’opinion la plus répandue est la Macédoine, où Paul s’était rendu après avoir laissé Timothée à Éphèse (1, 3).
Combien de chapitres compte la première Épître à Timothée ?
Six chapitres et cent treize versets, dans la Vulgate, chez Fillion et dans les bibles modernes. Tous se lisent dans la Bible de la liseuse, en français et en latin.
Que veut dire « l’amour de l’argent est une racine de tous les maux » ?
Paul ne condamne pas l’argent, mais le désir de s’enrichir, qui fait tomber « dans la tentation et dans le piège du diable » (6, 9). Le latin cupiditas désigne cette convoitise. Le remède qu’il propose aux riches est de « devenir riches en bonnes œuvres » et de donner de bon cœur.
Pourquoi saint Paul conseille-t-il du vin à Timothée (1 Tm 5, 23) ?
Timothée, par ascèse, ne buvait que de l’eau, et sa santé en souffrait. Paul lui prescrit « un peu de vin » comme remède. Saint Jean Chrysostome remarque que l’Apôtre l’autorise pour la santé et non pour le plaisir : c’est une leçon de mesure.
Vous pouvez aussi lire la première Épître à Timothée verset par verset, en français et en latin, dans l’application Bible catholique d’Iter Fidei.
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