La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 11 (Vulgate 10) : In Domino confido, la confiance du juste
Le psaume 11 des bibles modernes, psaume 10 de la Vulgate, *In Domino confido*, est la réponse du juste à ceux qui le pressent de fuir comme un oiseau : je me confie au Seigneur, qui siège dans son temple et voit tout. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 10 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 9.
1 In finem. Psalmus David.
1 Pour la fin, psaume de David.
2 In Domino confido ; quomodo dicitis animæ meæ : Transmigra in montem sicut passer ?
2 Je me confie au Seigneur ; comment dites-vous à mon âme : * Émigrez sur la montagne comme un passereau ?
3 Quoniam ecce peccatores intenderunt arcum ; paraverunt sagittas suas in pharetra, ut sagittent in obscuro rectos corde :
3 Car voici que les pécheurs ont tendu leur arc ; ils ont préparé leurs flèches dans leur carquois, * pour tirer dans l’ombre contre ceux qui ont le cœur droit.
4 quoniam quæ perfecisti destruxerunt ; justus autem, quid fecit ?
4 Car ce que vous aviez établi, ils l’ont détruit ; * mais le juste, qu’a-t-il fait ?
5 Dominus in templo sancto suo ; Dominus in cælo sedes ejus. Oculi ejus in pauperem respiciunt ; palpebræ ejus interrogant filios hominum.
5 Le Seigneur est dans Son saint temple ; * le Seigneur a Son trône dans le Ciel. Ses yeux regardent le pauvre ; * Ses paupières examinent les enfants des hommes.
6 Dominus interrogat justum et impium ; qui autem diligit iniquitatem, odit animam suam.
6 Le Seigneur examine le juste et l’impie ; * or celui qui aime l’iniquité hait son âme.
7 Pluet super peccatores laqueos ; ignis et sulphur, et spiritus procellarum, pars calicis eorum.
7 Il fera pleuvoir des pièges sur les pécheurs ; * le feu, et le soufre, et le vent des tempêtes, sont la part de leur calice.
8 Quoniam justus Dominus, et justitias dilexit : æquitatem vidit vultus ejus.
8 Car le Seigneur est juste, et Il aime la justice ; * Son visage contemple l’équité.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 11 ou psaume 10 ?
C'est le même psaume sous deux numéros. Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, l'appellent psaume 11 ; la Vulgate et la liturgie, qui ont réuni en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu, l'appellent psaume 10. Les versets se décalent aussi d'une unité : la traduction de l'abbé Fillion compte le titre seul comme verset 1, si bien que le verset 6 des bibles modernes, celui du feu et du soufre, est ici le verset 7. La correspondance de tous les psaumes est donnée sur la page des Psaumes. Le texte que les bibles modernes appellent psaume 10 se trouve dans la seconde moitié du psaume 9 de la Vulgate.
Que signifie le psaume 11 ?
Le psaume est court, et tendu vers un seul acte : la confiance. Des voix pressent le juste de fuir ; il refuse, parce que son refuge n'est pas une montagne, mais Dieu.
Versets 2 à 4 : « Émigrez sur la montagne »
Le premier mot est une profession de foi : « Je me confie au Seigneur ; comment dites-vous à mon âme : Émigrez sur la montagne comme un passereau ? » (v. 2). Les conseillers ne sont pas forcément des ennemis ; ce sont peut-être des amis prudents, qui voient monter le danger. Mais leur conseil revient à chercher ailleurs qu'en Dieu la sécurité. Le passereau qui s'envole est l'image de l'âme affolée. Notre-Seigneur reprendra l'oiseau pour dire l'inverse : « Deux passereaux ne se vendent-ils pas un as ? Cependant il n'en tombe pas un à terre sans la volonté de votre Père » (Matthieu, chapitre 10).
Le danger est réel : « Car voici que les pécheurs ont tendu leur arc ; ils ont préparé leurs flèches dans leur carquois, pour tirer dans l'ombre contre ceux qui ont le cœur droit » (v. 3). On tire dans l'ombre : c'est l'arme de la calomnie et de la trahison. Puis vient le verset le plus discuté : « Car ce que vous aviez établi, ils l'ont détruit ; mais le juste, qu'a-t-il fait ? » (v. 4). L'hébreu, que suivent les bibles modernes, dit : quand les fondements sont renversés, que peut faire le juste ? La Vulgate entend l'œuvre de Dieu détruite par les méchants, et l'innocence du juste qui n'y a pris aucune part. Dans les deux lectures, l'ordre semble s'effondrer, et le juste paraît désarmé.
Versets 5 et 6 : le Seigneur dans son temple
La réponse ne vient pas de la terre : « Le Seigneur est dans Son saint temple ; le Seigneur a Son trône dans le Ciel. Ses yeux regardent le pauvre ; Ses paupières examinent les enfants des hommes » (v. 5). Quand tout vacille ici-bas, le trône de Dieu ne vacille pas. Et Dieu n'est pas un spectateur lointain : ses yeux voient le pauvre, ses paupières scrutent, comme on plisse les yeux pour mieux voir.
« Le Seigneur examine le juste et l'impie ; or celui qui aime l'iniquité hait son âme » (v. 6). Le juste n'est pas épargné par l'épreuve : Dieu l'examine, pour l'affermir. Et la seconde moitié du verset est l'une des sentences les plus profondes du Psautier : aimer le mal, c'est se haïr soi-même. Le pécheur croit se servir ; il se détruit.
Versets 7 et 8 : le feu et le soufre, et le visage de Dieu
« Il fera pleuvoir des pièges sur les pécheurs ; le feu, et le soufre, et le vent des tempêtes, sont la part de leur calice » (v. 7). C'est le verset 6 des bibles modernes. L'image est celle de Sodome : « le Seigneur fit descendre du Seigneur qui est au Ciel une pluie de soufre et de feu sur Sodome et sur Gomorrhe » (Genèse, chapitre 19). Le calice, dans l'Écriture, est le sort que Dieu fait boire à chacun. Le méchant boit ce qu'il a préparé.
Le dernier verset est lumineux : « Car le Seigneur est juste, et Il aime la justice ; Son visage contemple l'équité » (v. 8). L'hébreu dit que les hommes droits contempleront son visage. Les deux lectures se rejoignent : Dieu regarde avec amour la droiture, et la récompense du juste est de voir Dieu. La peur du début s'achève dans la vision.
La lecture des Pères
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend le conseil de fuir comme une tentation qui guette toujours le fidèle : chercher son appui dans un homme ou dans un parti plutôt que dans le Christ. Il l'appliquait aux hérétiques de son temps, qui se présentaient comme la vraie montagne et pressaient les catholiques de passer chez eux. À tous ceux qui promettent un refuge hors de Dieu, l'âme répond par le premier mot du psaume. La montagne véritable est le Christ lui-même, comme le dira le psaume 121, Levavi oculos : « J'ai élevé mes yeux vers les montagnes, d'où me viendra le secours », car le secours vient du Seigneur.
Le psaume appartient à la famille des grands psaumes de confiance au milieu du danger : le psaume 3, où David fuyant Absalom dort en paix, le psaume 27, Dominus illuminatio mea, et le psaume 91, Qui habitat, la prière de protection par excellence.
Le psaume 11 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 10 de la Vulgate, In Domino confido, est chanté aux Matines du dimanche, à la suite du psaume 9. Dans la nuit qui précède le jour de la Résurrection, l'Église redit que le Seigneur demeure sur son trône quand les fondements semblent s'effondrer. L'office du jour se trouve sur la page du bréviaire.
Comment prier le psaume 11
- Quand tout semble s'effondrer. Une crise familiale, professionnelle, ou dans l'Église : le verset 5 rappelle que le trône de Dieu ne vacille pas.
- Quand on vous conseille de fuir. Le psaume aide à discerner la prudence légitime de la peur qui abandonne Dieu.
- Contre l'angoisse. Le verset 2 se répète comme un acte de foi : je me confie au Seigneur. Il s'unit à toute prière de protection.
- En se confiant à la Providence. Les yeux de Dieu regardent le pauvre : rien ne lui échappe, comme l'enseigne la doctrine de la divine Providence.
On le conclut par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 11, verset 6 ?
Dans les bibles modernes, le verset 6 dit que Dieu fait pleuvoir sur les méchants le feu et le soufre. Dans la traduction de l'abbé Fillion, c'est le verset 7 : « Il fera pleuvoir des pièges sur les pécheurs ; le feu, et le soufre, et le vent des tempêtes, sont la part de leur calice. » L'image rappelle le châtiment de Sodome : le méchant boit le calice qu'il a préparé.
Que signifie le verset 3 du psaume 11 ?
Le verset 3 des bibles modernes, quand les fondements sont renversés, que peut faire le juste ?, correspond au verset 4 de Fillion : « Car ce que vous aviez établi, ils l'ont détruit ; mais le juste, qu'a-t-il fait ? » Il décrit un monde où l'ordre semble détruit par les méchants. La réponse du psaume est au verset suivant : le Seigneur est dans son saint temple.
Que veut dire « celui qui aime l'iniquité hait son âme » ?
C'est la seconde moitié du verset 6 de Fillion, verset 5 des bibles modernes. Le pécheur croit chercher son bien, mais en aimant le mal il se fait tort à lui-même et perd son âme. La vraie charité envers soi-même passe par l'amour de la justice.
Qui a écrit le psaume 11 ?
Le titre l'attribue à David : « Pour la fin, psaume de David. » La tradition le rapporte aux persécutions qu'il subit, sous Saül ou pendant la révolte d'Absalom, quand ses amis lui conseillaient la fuite. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Toute la Bible hors ligne, avec votre page gardée et vos versets marqués : la Bible catholique dans l'application.
Psaume 10 (11) · avec l'app
Accès anticipé