La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 12 (Vulgate 11) : Salvum me fac, Domine, contre les lèvres trompeuses
Le psaume 12 des bibles modernes, psaume 11 de la Vulgate, *Salvum me fac, Domine*, est le cri du juste dans un monde où la vérité se fait rare et où règne la langue trompeuse ; il y oppose les paroles du Seigneur, pures comme l'argent éprouvé au feu. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin en regard, verset par verset ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 11 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 10.
1 In finem, pro octava. Psalmus David.
1 Pour la fin, pour l’octave, psaume de David.
2 Salvum me fac, Domine, quoniam defecit sanctus, quoniam diminutæ sunt veritates a filiis hominum.
2 Sauvez-moi, Seigneur, car il n’y a plus de saint, * car les vérités ont été diminuées par les enfants des hommes.
3 Vana locuti sunt unusquisque ad proximum suum ; labia dolosa, in corde et corde locuti sunt.
3 Chacun ne dit à son prochain que des choses vaines ; * leurs lèvres sont trompeuses, et ils parlent avec un cœur double.
4 Disperdat Dominus universa labia dolosa, et linguam magniloquam.
4 Que le Seigneur détruise toutes les lèvres trompeuses, * et la langue qui se vante avec jactance.
5 Qui dixerunt : Linguam nostram magnificabimus ; labia nostra a nobis sunt. Quis noster dominus est ?
5 Ils ont dit : Nous ferons de grandes choses par notre langue ; nos lèvres ne dépendent que de nous. * Qui est notre maître ?
6 Propter miseriam inopum, et gemitum pauperum, nunc exsurgam, dicit Dominus. Ponam in salutari ; fiducialiter agam in eo.
6 A cause de la misère des malheureux et du gémissement des pauvres, * Je Me lèverai maintenant, dit le Seigneur. Je procurerai leur salut ; * J’agirai en cela avec une entière puissance.
7 Eloquia Domini, eloquia casta ; argentum igne examinatum, probatum terræ, purgatum septuplum.
7 Les paroles du Seigneur sont des paroles pures : * c’est un argent éprouvé au feu, purifié dans la terre, et raffiné sept fois.
8 Tu, Domine, servabis nos, et custodies nos a generatione hac in æternum.
8 C’est Vous, Seigneur, qui nous garderez, * et qui nous préserverez à jamais de cette génération.
9 In circuitu impii ambulant : secundum altitudinem tuam multiplicasti filios hominum.
9 Les impies vont et viennent à l’entour. * Selon la profondeur de Votre sagesse, Vous avez multiplié les enfants des hommes.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 12 ou psaume 11 ?
Ce psaume porte le numéro 12 dans les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, et le numéro 11 dans la Vulgate et le bréviaire, qui réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Les versets, eux, ont ici la même numérotation que dans les bibles modernes : le titre compte de part et d'autre comme verset 1. Le psaume précédent, In Domino confido, est le psaume 11 des bibles modernes ; toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 12 ?
C'est la plainte d'un juste qui se sent seul au milieu du mensonge. Il ne se lamente pas d'abord sur la violence, mais sur la corruption de la parole. Puis Dieu lui-même prend la parole, et le psaume s'achève sur la confiance en sa garde.
Versets 2 et 3 : « il n'y a plus de saint »
« Sauvez-moi, Seigneur, car il n'y a plus de saint, car les vérités ont été diminuées par les enfants des hommes » (v. 2). L'expression est saisissante : les vérités diminuent. Saint Augustin l'explique par une belle image. Il n'y a qu'une seule Vérité, qui est Dieu, mais elle se reflète dans les âmes saintes comme un visage unique dans plusieurs miroirs ; quand les âmes se détournent, les reflets se ternissent et les vérités se font rares parmi les hommes.
Le verset 3 dit comment : « Chacun ne dit à son prochain que des choses vaines ; leurs lèvres sont trompeuses, et ils parlent avec un cœur double » (v. 3). Le latin dit in corde et corde : un cœur et un cœur, l'un qui pense et l'autre qui parle. Le mensonge est d'abord une division intérieure.
Versets 4 et 5 : la langue qui se croit libre
« Que le Seigneur détruise toutes les lèvres trompeuses, et la langue qui se vante avec jactance » (v. 4). Les menteurs ont leur doctrine : « Nous ferons de grandes choses par notre langue ; nos lèvres ne dépendent que de nous. Qui est notre maître ? » (v. 5). C'est l'orgueil de la parole qui ne se reconnaît aucun maître, ni la vérité ni Dieu. Saint Jacques décrira la même puissance : « la langue n'est qu'un petit membre, et elle se vante de grandes choses » (Jacques, chapitre 3).
Verset 6 : Dieu se lève
Au milieu du psaume, la voix change : c'est Dieu qui parle. « A cause de la misère des malheureux et du gémissement des pauvres, Je Me lèverai maintenant, dit le Seigneur » (v. 6). Les puissants parlaient beaucoup ; les pauvres ne font que gémir, et c'est le gémissement que Dieu entend. « Je procurerai leur salut ; J'agirai en cela avec une entière puissance. »
Verset 7 : l'argent éprouvé au feu
À la parole des hommes s'oppose celle de Dieu : « Les paroles du Seigneur sont des paroles pures : c'est un argent éprouvé au feu, purifié dans la terre, et raffiné sept fois » (v. 7). L'argent passé sept fois au creuset est sans scorie : la parole de Dieu est sans mélange d'erreur, et elle tient ce qu'elle promet. Le chiffre sept dit la perfection ; les Pères y ont vu aussi la plénitude de l'Esprit qui a inspiré l'Écriture. Ce verset est l'un des plus beaux éloges de la parole divine, comme le psaume 19 qui chante « le témoignage du Seigneur est fidèle ».
Versets 8 et 9 : la garde de Dieu
« C'est Vous, Seigneur, qui nous garderez, et qui nous préserverez à jamais de cette génération » (v. 8). La « génération » est ici une manière d'être, celle des menteurs, et non une époque. Le dernier verset constate que « Les impies vont et viennent à l'entour » (v. 9) : le mal ne disparaît pas, mais le juste est gardé au milieu de lui.
La lecture des Pères
Le titre porte « pour l'octave », comme celui du psaume 6. Saint Augustin y lit de nouveau le huitième jour, celui de la résurrection et du jugement, où la vérité diminuée parmi les hommes sera rétablie. Le psaume regarde ainsi vers le terme où Dieu se lèvera définitivement pour les pauvres.
La tradition y a vu aussi le Christ, Vérité en personne, venu parmi des hommes qui ne parlaient qu'avec un cœur double, et dont la parole est l'argent éprouvé au feu de la Passion. Notre-Seigneur avertit que chacun rendra compte « de toute parole inutile qu'ils auront dite » (Matthieu, chapitre 12).
Le psaume a un frère dans le Psautier : le psaume 120, Ad Dominum cum tribularer, où le juste demande : « Seigneur, délivrez mon âme des lèvres injustes et de la langue trompeuse. »
Le psaume 12 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 11 de la Vulgate est chanté aux Complies du mardi, avec le psaume 12 de la Vulgate et le psaume 16 des bibles modernes, Conserva me. Avant le sommeil, l'Église se confie à Dieu, qui garde les siens « de cette génération ». L'heure de Complies est présentée dans notre article sur les Complies, et l'office du jour sur la page du bréviaire.
Comment prier le psaume 12
- Contre le mensonge et la calomnie. Quand on est entouré de paroles fausses, ce psaume remet la cause à Dieu et rappelle que sa parole seule est sûre.
- Pour l'examen de la langue. Les versets 3 à 5 forment un examen précis : vanité, flatterie, duplicité, vantardise. Ils éclairent le huitième des dix commandements.
- Le soir. Avec l'Église qui le chante à Complies, on peut le dire avant de dormir en confiant sa nuit à la garde de Dieu.
- Avant de lire l'Écriture. Le verset 7 dispose à recevoir la parole de Dieu comme un argent pur.
On le conclut par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 12, verset 7 ?
« Les paroles du Seigneur sont des paroles pures : c'est un argent éprouvé au feu, purifié dans la terre, et raffiné sept fois. » Le verset oppose la parole de Dieu, parfaite et fidèle, aux lèvres trompeuses des hommes. Le chiffre sept marque la perfection de cette pureté.
Quelle est la signification du psaume 12 ?
C'est la prière du juste dans un monde où la vérité se fait rare et où la parole est devenue trompeuse. Dieu répond qu'il se lève pour les pauvres, et le psalmiste conclut que la parole du Seigneur est pure et que Dieu garde les siens. Il enseigne la gravité des péchés de la langue et la confiance dans la parole divine.
Que signifie « ils parlent avec un cœur double » ?
C'est la traduction du latin in corde et corde, un cœur et un cœur : celui qui pense une chose et en dit une autre. Le mensonge naît de cette division intérieure. Le juste, au contraire, a un seul cœur, accordé à ses paroles.
Qui a écrit le psaume 12 ?
Le titre l'attribue à David : « Pour la fin, pour l'octave, psaume de David. » La tradition le lit comme la plainte du roi entouré de courtisans flatteurs et de traîtres. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Pourquoi le psaume 12 est-il aussi appelé psaume 11 ?
Parce que la Vulgate et la liturgie comptent les psaumes 9 et 10 de l'hébreu comme un seul. Leurs numéros ont donc une unité de retard sur les bibles modernes : Salvum me fac, Domine est le psaume 11 du bréviaire et le psaume 12 des bibles faites sur l'hébreu.
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