La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 13 (Vulgate 12) : Usquequo, Domine, jusques à quand ?
Le psaume 13 des bibles modernes, psaume 12 de la Vulgate, *Usquequo, Domine*, est le cri de l'âme qui se croit oubliée de Dieu : quatre fois elle demande « jusques à quand ? », puis passe soudain de la plainte à la joie. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin de la Vulgate en regard, verset par verset ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 12 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 11.
1 In finem. Psalmus David. Usquequo, Domine, oblivisceris me in finem ? usquequo avertis faciem tuam a me ?
1 Pour la fin, psaume de David. Jusques à quand, Seigneur, m’oublierez-Vous sans cesse ? * Jusques à quand détournerez-Vous de moi Votre face ?
2 quamdiu ponam consilia in anima mea ; dolorem in corde meo per diem ?
2 Jusques à quand remplirai-je mon âme de projets, * et mon cœur chaque jour de chagrin ?
3 usquequo exaltabitur inimicus meus super me ?
3 Jusques à quand mon ennemi sera-t-il élevé au-dessus de moi ? *
4 Respice, et exaudi me, Domine Deus meus. Illumina oculos meos, ne umquam obdormiam in morte ;
4 Regardez, et exaucez-moi, Seigneur mon Dieu. Éclairez mes yeux, afin que je ne m’endorme jamais dans la mort ; *
5 nequando dicat inimicus meus : Prævalui adversus eum. Qui tribulant me exsultabunt si motus fuero ;
5 de peur que mon ennemi me dise : J’ai eu l’avantage contre lui. Ceux qui me persécutent seront dans l’allégresse si je suis ébranlé ; *
6 ego autem in misericordia tua speravi. Exsultabit cor meum in salutari tuo. Cantabo Domino qui bona tribuit mihi ; et psallam nomini Domini altissimi.
6 mais j’ai espéré en Votre miséricorde. Mon cœur sera transporté de joie à cause de Votre salut. Je chanterai le Seigneur qui m’a comblé de biens, * et je célébrerai le Nom du Seigneur Très-Haut.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 13 ou psaume 12 ?
Ce psaume est le 13 des bibles modernes, qui suivent l'hébreu, et le 12 de la Vulgate et du bréviaire, qui réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Les versets ne tombent pas tout à fait au même endroit : la traduction de l'abbé Fillion place la première plainte dans le verset 1, avec le titre, et regroupe autrement les suivants, mais le verset 6, celui de la confiance retrouvée, porte le même numéro de part et d'autre. Toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 13 ?
C'est l'un des psaumes les plus courts et les plus humains du Psautier. En six versets, il parcourt tout le chemin de l'épreuve : la plainte, la supplication, la confiance. Il n'y a pas de transition entre la nuit et le jour ; la joie surgit d'un coup, comme une aurore.
Versets 1 à 3 : quatre fois « jusques à quand ? »
« Jusques à quand, Seigneur, m'oublierez-Vous sans cesse ? Jusques à quand détournerez-Vous de moi Votre face ? » (v. 1). Le cri revient quatre fois. Il ne dit pas la révolte, mais la fatigue : l'épreuve dure, et le croyant ne comprend pas pourquoi Dieu se tait. Les trois plaintes regardent Dieu, puis soi-même, puis l'ennemi. Dieu semble oublier et détourner sa face. Le cœur s'use à chercher des issues : « Jusques à quand remplirai-je mon âme de projets, et mon cœur chaque jour de chagrin ? » (v. 2). L'adversaire triomphe : « Jusques à quand mon ennemi sera-t-il élevé au-dessus de moi ? » (v. 3).
Ce cri est permis. L'Écriture ne demande pas au juste de cacher sa peine, mais de la porter devant Dieu. Notre-Seigneur lui-même a parlé des élus « qui crient à Lui jour et nuit », et il a promis : « Je vous le dis, Il leur fera promptement justice » (Luc 18, 7-8).
Versets 4 et 5 : « Éclairez mes yeux »
La plainte devient prière : « Regardez, et exaucez-moi, Seigneur mon Dieu. Éclairez mes yeux, afin que je ne m'endorme jamais dans la mort » (v. 4). À Dieu qui semblait détourner sa face, le juste demande de le regarder. Et il demande la lumière : des yeux éclairés, pour ne pas sombrer dans le sommeil de la mort. Au sens premier, les yeux s'éteignent dans la maladie et l'épuisement ; la lumière est la vie que Dieu rend.
Le verset 5 donne la raison : « de peur que mon ennemi me dise : J'ai eu l'avantage contre lui » (v. 5). La chute du juste serait une victoire pour l'adversaire, et une occasion de blasphème.
Verset 6 : la confiance retrouvée
Puis, sans transition, tout s'éclaire : « mais j'ai espéré en Votre miséricorde. Mon cœur sera transporté de joie à cause de Votre salut. Je chanterai le Seigneur qui m'a comblé de biens » (v. 6). Rien n'a changé au-dehors : l'ennemi est toujours là, Dieu ne s'est pas encore manifesté. Ce qui a changé, c'est le regard du juste. Il s'appuie sur la miséricorde et chante déjà le salut qu'il attend. C'est le verset le plus recherché du psaume, et la clé de toute la prière dans l'épreuve.
La lecture des Pères
Saint Augustin entend le quadruple « jusques à quand ? » comme le gémissement de l'âme qui supporte le délai de Dieu et désire le voir. Le verset 4 retient surtout son attention. Les yeux dont parle le psaume sont ceux du cœur ; s'endormir dans la mort, c'est consentir au péché et y demeurer ; l'ennemi qui dit « J'ai eu l'avantage » est le démon. La lumière demandée est celle de la grâce, qui garde l'âme éveillée. Saint Paul semble faire écho à cette prière : « Lève-toi, toi qui dors, relève-toi d'entre les morts, et le Christ t'illuminera » (Éphésiens, chapitre 5).
La tradition a aussi entendu ce psaume dans la bouche du Christ souffrant, qui a éprouvé sur la croix le silence du Père, comme au psaume 22, Deus, Deus meus : « pourquoi m'avez-Vous abandonné ? ». Le psaume appartient à la famille des prières de l'âme éprouvée, avec le psaume 6, premier des psaumes de la pénitence, et le psaume 42, Quemadmodum, où l'âme soupire après Dieu « Comme le cerf soupire après les sources des eaux ».
Le psaume 13 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 12 de la Vulgate est chanté aux Complies du mardi, avec le psaume 12 des bibles modernes, Salvum me fac, et le psaume 16, Conserva me. La place convient à la prière du verset 4 : au moment de s'endormir, l'Église demande à Dieu d'éclairer ses yeux, pour que le sommeil du corps ne devienne jamais celui de la mort. L'heure de Complies est présentée dans notre article sur les Complies, et l'office du jour sur la page du bréviaire.
Comment prier le psaume 13
- Dans une épreuve qui dure. Maladie, deuil, attente, sécheresse spirituelle : le psaume donne des mots à la lassitude sans la laisser tourner au désespoir.
- Le soir, avant de dormir. Le verset 4 est une courte prière de nuit : éclairez mes yeux, afin que je ne m'endorme jamais dans la mort.
- Dans la tentation. Le psaume demande que l'ennemi n'ait pas l'avantage : il se prie au moment du combat intérieur.
- Pour apprendre la confiance. Le verset 6 se dit même quand rien n'a encore changé, en s'appuyant sur la seule miséricorde divine.
On le conclut par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 13, verset 6 ?
« mais j'ai espéré en Votre miséricorde. Mon cœur sera transporté de joie à cause de Votre salut. Je chanterai le Seigneur qui m'a comblé de biens, et je célébrerai le Nom du Seigneur Très-Haut. » C'est le retournement du psaume : après quatre plaintes, le juste s'appuie sur la miséricorde de Dieu et chante déjà son salut.
Que signifie « jusques à quand, Seigneur » ?
C'est le cri de l'âme qui se croit oubliée et ne comprend pas le silence de Dieu. Répété quatre fois, il exprime la fatigue de l'épreuve plutôt que la révolte. Saint Augustin y entend le gémissement de l'âme qui désire voir Dieu et supporte son délai.
Que veut dire « Éclairez mes yeux, afin que je ne m'endorme jamais dans la mort » ?
Au sens littéral, le psalmiste épuisé demande que Dieu lui rende la vie avant que ses yeux ne s'éteignent. Saint Augustin l'entend de la mort de l'âme : s'endormir dans la mort, c'est consentir au péché. La lumière demandée est celle de la grâce.
Qui a écrit le psaume 13 ?
Le titre l'attribue à David : « Pour la fin, psaume de David. » Il ne précise aucune circonstance ; on le rapporte souvent aux longues années où David fut poursuivi par Saül. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Le psaume 13 est-il une prière catholique ?
Oui. Comme tous les psaumes, il fait partie de l'Écriture que l'Église prie dans sa liturgie : sous le numéro 12, il est chanté chaque mardi soir aux Complies du bréviaire de 1962. Le texte donné ici est celui de l'abbé Fillion, traduction catholique faite sur la Vulgate.
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