La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaumes 9 et 10 (Vulgate 9) : Confitebor tibi, Domine, le Dieu refuge du pauvre
Les psaumes 9 et 10 des bibles modernes ne forment qu'un seul psaume dans la Vulgate, le psaume 9, *Confitebor tibi, Domine* : une action de grâces pour le jugement de Dieu, puis la plainte du pauvre opprimé par l'impie. Voici son texte intégral dans la traduction de l'abbé Fillion (1895), avec le latin en regard, verset par verset ; l'explication suit.
1 In finem, pro occultis filii. Psalmus David.
1 Pour la fin, pour les secrets du fils, psaume de David.
2 Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo ; narrabo omnia mirabilia tua.
2 Je Vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur ; * je raconterai toutes Vos merveilles.
3 Lætabor et exsultabo in te ; psallam nomini tuo, Altissime.
3 En Vous je me réjouirai, et me livrerai à l’allégresse ; * je chanterai Votre Nom, ô Très-Haut ;
4 In convertendo inimicum meum retrorsum ; infirmabuntur, et peribunt a facie tua.
4 parce que Vous avez fait retourner mon ennemi en arrière. * Ils vont être épuisés, et ils périront devant Votre face.
5 Quoniam fecisti judicium meum et causam meam ; sedisti super thronum, qui judicas justitiam.
5 Car Vous m’avez rendu justice, et Vous avez soutenu ma cause ; * Vous Vous êtes assis sur Votre trône, Vous qui jugez selon le droit.
6 Increpasti gentes, et periit impius : nomen eorum delesti in æternum, et in sæculum sæculi.
6 Vous avez châtié les nations, et l’impie a péri ; * Vous avez effacé leur Nom à jamais, et pour les siècles des siècles.
7 Inimici defecerunt frameæ in finem, et civitates eorum destruxisti. Periit memoria eorum cum sonitu ;
7 Les glaives de l’ennemi ont perdu leur force pour toujours, * et Vous avez détruit leurs villes. Leur mémoire a péri avec fracas ; *
8 et Dominus in æternum permanet. Paravit in judicio thronum suum,
8 mais le Seigneur demeure éternellement. Il a préparé Son trône pour le jugement ; *
9 et ipse judicabit orbem terræ in æquitate : judicabit populos in justitia.
9 et Il jugera Lui-même l’univers avec équité ; Il jugera les peuples avec justice.
10 Et factus est Dominus refugium pauperi ; adjutor in opportunitatibus, in tribulatione.
10 Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, * et Son secours au temps du besoin et de l’affliction.
11 Et sperent in te qui noverunt nomen tuum, quoniam non dereliquisti quærentes te, Domine.
11 Qu’ils espèrent en Vous, ceux qui connaissent Votre Nom ; * car Vous n’avez pas abandonné ceux qui Vous cherchent, Seigneur.
12 Psallite Domino qui habitat in Sion ; annuntiate inter gentes studia ejus :
12 Chantez au Seigneur qui habite dans Sion : * annoncez parmi les nations Ses desseins ;
13 quoniam requirens sanguinem eorum recordatus est ; non est oblitus clamorem pauperum.
13 car Celui qui recherche le sang versé S’est souvenu de Ses serviteurs ; * Il n’a pas oublié le cri des pauvres.
14 Miserere mei, Domine : vide humilitatem meam de inimicis meis,
14 Ayez pitié de moi, Seigneur ; * voyez l’humiliation où mes ennemis m’ont réduit,
15 qui exaltas me de portis mortis, ut annuntiem omnes laudationes tuas in portis filiæ Sion :
15 Vous qui me retirez des portes de la mort, * pour que j’annonce toutes Vos louanges aux portes de la fille de Sion.
16 exsultabo in salutari tuo. Infixæ sunt gentes in interitu quem fecerunt ; in laqueo isto quem absconderunt comprehensus est pes eorum.
16 Je serai transporté de joie à cause du salut que Vous m’aurez procuré. * Les nations se sont enfoncées dans la fosse qu’elles avaient faite. Leur pied a été pris * dans le piège qu’elles avaient caché.
17 Cognoscetur Dominus judicia faciens ; in operibus manuum suarum comprehensus est peccator.
17 On reconnaîtra le Seigneur qui rend justice ; * le pécheur a été pris dans les œuvres de ses mains.
18 Convertantur peccatores in infernum, omnes gentes quæ obliviscuntur Deum.
18 Que les pécheurs soient précipités dans l’enfer, * et toutes les nations qui oublient Dieu.
19 Quoniam non in finem oblivio erit pauperis ; patientia pauperum non peribit in finem.
19 Car le pauvre ne sera pas en oubli pour toujours ; * la patience des pauvres ne périra pas à jamais.
20 Exsurge, Domine ; non confortetur homo : judicentur gentes in conspectu tuo.
20 Levez-Vous, Seigneur ; que l’homme ne triomphe pas ; * que les nations soient jugées devant Votre face.
21 Constitue, Domine, legislatorem super eos, ut sciant gentes quoniam homines sunt.
21 Seigneur, imposez-leur un maître, * afin que les peuples sachent qu’ils sont hommes.
22 Ut quid, Domine, recessisti longe ; despicis in opportunitatibus, in tribulatione ?
22 Pourquoi, Seigneur, Vous êtes-Vous retiré au loin, * et dédaignez-Vous de me regarder au temps du besoin et de l’affliction ?
23 Dum superbit impius, incenditur pauper : comprehenduntur in consiliis quibus cogitant.
23 Tandis que l’impie s’enorgueillit, le pauvre est consumé. * Ils sont pris dans les desseins qu’ils méditent.
24 Quoniam laudatur peccator in desideriis animæ suæ, et iniquus benedicitur.
24 Car le pécheur se glorifie des désirs de son âme, * et le méchant est félicité.
25 Exacerbavit Dominum peccator : secundum multitudinem iræ suæ, non quæret.
25 Le pécheur a irrité le Seigneur ; * à cause de la grandeur de sa colère, il ne se soucie de rien.
26 Non est Deus in conspectu ejus ; inquinatæ sunt viæ illius in omni tempore. Auferuntur judicia tua a facie ejus ; omnium inimicorum suorum dominabitur.
26 Dieu n’est point devant ses yeux ; * ses voies sont souillées en tout temps. Vos jugements sont ôtés de devant sa face ; * il dominera sur tous ses ennemis.
27 Dixit enim in corde suo : Non movebor a generatione in generationem, sine malo.
27 Car il a dit en son cœur : * Je ne serai point ébranlé de génération en génération, je suis à l’abri du mal.
28 Cujus maledictione os plenum est, et amaritudine, et dolo ; sub lingua ejus labor et dolor.
28 Sa bouche est pleine de malédiction, d’amertume et de tromperie ; * sous sa langue sont la peine et la douleur.
29 Sedet in insidiis cum divitibus in occultis, ut interficiat innocentem.
29 Il est assis en embuscade avec les riches dans des lieux cachés, * afin de tuer l’innocent.
30 Oculi ejus in pauperem respiciunt ; insidiatur in abscondito, quasi leo in spelunca sua. Insidiatur ut rapiat pauperem ; rapere pauperem dum attrahit eum.
30 Ses yeux guettent le pauvre ; * il dresse des embûches en secret, comme un lion dans son repaire. Il se tient en embuscade pour enlever le pauvre, * pour enlever le pauvre en l’attirant.
31 In laqueo suo humiliabit eum ; inclinabit se, et cadet cum dominatus fuerit pauperum.
31 Il le terrassera dans son filet ; * il se baissera, et il tombera lorsqu’il se sera rendu maître des pauvres.
32 Dixit enim in corde suo : Oblitus est Deus ; avertit faciem suam, ne videat in finem.
32 Car il a dit en son cœur : Dieu a oublié ; * Il a détourné Son visage, pour ne jamais voir.
33 Exsurge, Domine Deus, exaltetur manus tua ; ne obliviscaris pauperum.
33 Levez-Vous, Seigneur Dieu ; que Votre main s’élève : * n’oubliez pas les pauvres.
34 Propter quid irritavit impius Deum ? dixit enim in corde suo : Non requiret.
34 Pourquoi l’impie a-t-il irrité Dieu ? * C’est qu’il a dit en son cœur : Il ne S’en souciera pas.
35 Vides, quoniam tu laborem et dolorem consideras, ut tradas eos in manus tuas. Tibi derelictus est pauper ; orphano tu eris adjutor.
35 Vous le voyez ; car Vous considérez la peine et la douleur, * pour les livrer entre Vos mains. C’est à Vous qu’a été laissé le soin du pauvre ; * Vous serez le protecteur de l’orphelin.
36 Contere brachium peccatoris et maligni ; quæretur peccatum illius, et non invenietur.
36 Brisez le bras du pécheur et du méchant ; * on cherchera son péché, et on ne le trouvera pas.
37 Dominus regnabit in æternum, et in sæculum sæculi ; peribitis, gentes, de terra illius.
37 Le Seigneur régnera éternellement et dans les siècles des siècles ; * et vous, nations, vous disparaîtrez de Sa terre.
38 Desiderium pauperum exaudivit Dominus ; præparationem cordis eorum audivit auris tua :
38 Le Seigneur a exaucé le désir des pauvres ; * Votre oreille a entendu la prière de leur cœur,
39 judicare pupillo et humili, ut non apponat ultra magnificare se homo super terram.
39 pour rendre justice à l’orphelin et à l’opprimé, * afin que l’homme n’entreprenne plus de s’élever sur la terre.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 9, psaume 10 ou psaume 9 de la Vulgate ?
C'est ici que naît la double numérotation des psaumes. Le texte hébreu compte deux psaumes, le 9 et le 10 ; la Septante grecque et la Vulgate latine n'en font qu'un, le psaume 9. Les versets 1 à 21 de cette page correspondent au psaume 9 des bibles modernes, les versets 22 à 39 au psaume 10 : pour retrouver un verset du psaume 10 hébreu, ajoutez 21 à son numéro.
L'union n'est pas arbitraire : dans l'hébreu, les deux psaumes forment ensemble un poème alphabétique, imparfaitement conservé, dont les strophes suivent les lettres de l'alphabet de l'une à l'autre. À partir d'ici, la Vulgate compte un numéro de moins que l'hébreu ; la correspondance de tous les psaumes est donnée sur la page des Psaumes. Si vous cherchiez In Domino confido, le psaume 10 de la Vulgate, c'est le psaume 11 des bibles modernes.
Que signifie le psaume 9 ? L'action de grâces pour le jugement
La première partie est une louange. « Je Vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur ; je raconterai toutes Vos merveilles » (v. 2). David a vu ses ennemis reculer, et il n'en rapporte la gloire qu'à Dieu : « Car Vous m'avez rendu justice, et Vous avez soutenu ma cause ; Vous Vous êtes assis sur Votre trône, Vous qui jugez selon le droit » (v. 5).
Le psaume passe vite de la victoire d'un jour au jugement de toujours. Les villes des ennemis sont détruites, leur mémoire a péri, « mais le Seigneur demeure éternellement. Il a préparé Son trône pour le jugement » (v. 8). Le jugement des nations dans l'histoire annonce celui de tous les hommes, où Dieu « jugera Lui-même l'univers avec équité » (v. 9) ; c'est la doctrine du Jugement dernier.
Au centre se trouve le verset le plus consolant : « Le Seigneur est devenu le refuge du pauvre, et Son secours au temps du besoin et de l'affliction » (v. 10). Et sa conséquence : « Qu'ils espèrent en Vous, ceux qui connaissent Votre Nom ; car Vous n'avez pas abandonné ceux qui Vous cherchent, Seigneur » (v. 11). Connaître le Nom de Dieu, dans l'Écriture, c'est le connaître lui-même, et celui qui le connaît se confie en lui. Dieu n'oublie pas les humbles : « Il n'a pas oublié le cri des pauvres » (v. 13).
Dieu retire le juste « des portes de la mort » (v. 15), tandis que les impies tombent dans la fosse qu'ils ont creusée. La première partie s'achève sur une demande d'humilité pour les nations : « Seigneur, imposez-leur un maître, afin que les peuples sachent qu'ils sont hommes » (v. 21).
Que signifie le psaume 10 ? L'impie et le pauvre
La seconde partie change de ton. Ce n'est plus la victoire, c'est le scandale : « Pourquoi, Seigneur, Vous êtes-Vous retiré au loin, et dédaignez-Vous de me regarder au temps du besoin et de l'affliction ? » (v. 22). Le juste éprouve Dieu comme absent pendant que le méchant triomphe.
Suit un portrait de l'impie d'une rare précision. Il se glorifie de ses désirs ; « Dieu n'est point devant ses yeux » (v. 26) ; il se croit à l'abri : « Je ne serai point ébranlé de génération en génération, je suis à l'abri du mal » (v. 27).
« Sa bouche est pleine de malédiction, d'amertume et de tromperie » (v. 28) : saint Paul reprend ce verset parmi ceux qui montrent l'universalité du péché (Romains, chapitre 3). Il guette le pauvre « comme un lion dans son repaire » (v. 30), et son athéisme est pratique plus que théorique : « Car il a dit en son cœur : Dieu a oublié ; Il a détourné Son visage, pour ne jamais voir » (v. 32).
Le psalmiste répond par un cri : « Levez-Vous, Seigneur Dieu ; que Votre main s'élève : n'oubliez pas les pauvres » (v. 33). Et la confiance revient : « C'est à Vous qu'a été laissé le soin du pauvre ; Vous serez le protecteur de l'orphelin » (v. 35). Le psaume s'achève sur la royauté de Dieu, « Le Seigneur régnera éternellement et dans les siècles des siècles » (v. 37), et sur l'exaucement du désir des pauvres, « afin que l'homme n'entreprenne plus de s'élever sur la terre » (v. 39). La Vierge Marie chantera le même renversement dans le Magnificat : Dieu « a renversé les puissants de leur trône, et Il a élevé les humbles » (Luc, chapitre 1).
La lecture des Pères
Le titre de la Vulgate porte « Pour la fin, pour les secrets du fils, psaume de David » (v. 1). Saint Augustin y lit le mystère des deux avènements du Fils de Dieu : le premier, caché dans l'humilité de la chair, et le second, manifeste, quand il viendra juger. Tout le psaume se tient entre ces deux venues. Dans le portrait de l'impie de la seconde partie, Augustin reconnaît aussi la figure de l'adversaire des derniers temps, que le Seigneur détruira.
La seconde partie appartient à la famille des psaumes qui affrontent la prospérité des méchants : le psaume 37, Noli æmulari, qui console le juste, et le psaume 73, Quam bonus Israel Deus, où l'âme se trouble avant de comprendre la fin des impies. L'impie qui dit « Dieu a oublié » ressemble à l'insensé du psaume 14, Dixit insipiens.
Le psaume 9 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 9 de la Vulgate, qui contient donc les psaumes 9 et 10 des bibles modernes, est chanté aux Matines du dimanche. Chaque semaine, l'office de la nuit dominicale fait ainsi entendre la louange du juste Juge et le cri du pauvre qui attend sa justice. L'office du jour se suit sur la page du bréviaire.
Comment prier les psaumes 9 et 10
- En action de grâces. Après une délivrance, la première partie apprend à rapporter à Dieu ce que l'on serait tenté de mettre à son compte ; voyez aussi la prière de remerciement.
- Quand Dieu semble absent. Le verset 22 donne des mots à l'épreuve de la foi ; le verset 35 la réponse : le soin du pauvre a été laissé à Dieu.
- Pour les opprimés. Le psaume se prie pour les pauvres, les orphelins, les victimes d'injustice, en confiant leur cause à la divine Providence.
On le conclut par le Gloria Patri.
Questions Fréquentes
Pourquoi les psaumes 9 et 10 sont-ils réunis ?
Parce que la Septante grecque et la Vulgate latine les comptent comme un seul psaume, le psaume 9. Dans l'hébreu, ils forment ensemble un poème alphabétique, ce qui justifie leur union. C'est de là que vient le décalage d'un numéro entre la Vulgate et les bibles modernes pour la plus grande partie du Psautier.
Où se trouve le psaume 10 dans la Vulgate ?
Le psaume 10 des bibles modernes correspond aux versets 22 à 39 du psaume 9 de la Vulgate, qui commencent par Ut quid, Domine, recessisti longe. Le psaume que la Vulgate numérote 10, In Domino confido, est le psaume 11 des bibles modernes.
Qui a écrit les psaumes 9 et 10 ?
Le titre l'attribue à David : « Pour la fin, pour les secrets du fils, psaume de David. » La tradition tient les deux parties pour un seul chant de David. Comme toute l'Écriture, il a pour auteur premier l'Esprit-Saint.
Que dit le psaume 9, verset 2 ?
« Je Vous louerai, Seigneur, de tout mon cœur ; je raconterai toutes Vos merveilles. » C'est l'ouverture de l'action de grâces. En latin, Confitebor tibi, Domine, in toto corde meo : l'incipit sous lequel l'Église désigne ce psaume.
Auteur de psaumes en 9 lettres : quel est le mot ?
Le mot est psalmiste, qui désigne l'auteur des psaumes. Dans la tradition, le Psalmiste par excellence est le roi David, auquel sont attribués les psaumes 9 et 10.
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