La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 140 (Vulgate 139) : Eripe me, Domine, la prière contre les méchants
Le psaume 140 des bibles modernes, psaume 139 de la Vulgate, est l'*Eripe me, Domine, ab homine malo* : la supplication de David contre l'homme méchant, la langue venimeuse et les pièges tendus sur sa route. Le texte intégral de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate suivent, verset par verset, puis l'explication et la manière de le prier pour être protégé.
Vous cherchez le psaume 139 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 138.
1 In finem. Psalmus David.
1 Pour la fin, psaume de David.
2 Eripe me, Domine, ab homine malo ; a viro iniquo eripe me.
2 Délivrez-moi Seigneur, de l’homme méchant ; * délivrez-moi de l’homme injuste.
3 Qui cogitaverunt iniquitates in corde, tota die constituebant prælia.
3 Ils méditent l’iniquité dans leur cœur ; * tous les jours ils entreprennent des combats.
4 Acuerunt linguas suas sicut serpentis ; venenum aspidum sub labiis eorum.
4 Ils ont aiguisé leur langue comme celle du serpent ; * le venin des aspics est sous leurs lèvres.
5 Custodi me, Domine, de manu peccatoris, et ab hominibus iniquis eripe me. Qui cogitaverunt supplantare gressus meos :
5 Seigneur, préservez-moi de la main du pécheur, * et délivrez-moi des hommes injustes, qui ne pensent qu’à me renverser. *
6 absconderunt superbi laqueum mihi. Et funes extenderunt in laqueum ; juxta iter, scandalum posuerunt mihi.
6 Les superbes m’ont dressé des pièges en secret, et ils ont tendu des filets pour me prendre ; * près du chemin ils ont mis de quoi me faire tomber.
7 Dixi Domino : Deus meus es tu ; exaudi, Domine, vocem deprecationis meæ.
7 J’ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu ; * exaucez, Seigneur, la voix de ma supplication.
8 Domine, Domine, virtus salutis meæ, obumbrasti super caput meum in die belli.
8 Seigneur, Seigneur, qui êtes la force de mon salut, * Vous avez mis ma tête à couvert au jour du combat.
9 Ne tradas me, Domine, a desiderio meo peccatori : cogitaverunt contra me ; ne derelinquas me, ne forte exaltentur.
9 Seigneur, ne me livrez pas au pécheur contre mon désir ; * ils ont formé des desseins contre moi ; ne m’abandonnez pas, de peur qu’ils ne s’en glorifient.
10 Caput circuitus eorum : labor labiorum ipsorum operiet eos.
10 Sur la tête de ceux qui m’environnent * retombera l’iniquité de leurs lèvres.
11 Cadent super eos carbones ; in ignem dejicies eos : in miseriis non subsistent.
11 Des charbons ardents tomberont sur eux ; Vous les précipiterez dans le feu ; * ils ne pourront subsister dans leurs misères.
12 Vir linguosus non dirigetur in terra ; virum injustum mala capient in interitu.
12 L’homme qui se laisse emporter par sa langue ne prospérera point sur la terre ; * les maux accableront l’homme injuste, de manière à le perdre.
13 Cognovi quia faciet Dominus judicium inopis, et vindictam pauperum.
13 Je sais que le Seigneur fera justice à l’indigent, * et qu’Il vengera les pauvres.
14 Verumtamen justi confitebuntur nomini tuo, et habitabunt recti cum vultu tuo.
14 Mais les justes célébreront Votre Nom, * et les hommes droits habiteront devant Votre visage.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 140 ou psaume 139 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, le numérotent 140. La Vulgate et le Bréviaire, qui comptent les psaumes hébreux 9 et 10 comme un seul, le numérotent 139. C'est le même psaume, que la liturgie désigne par ses premiers mots latins, Eripe me, Domine. La correspondance complète figure sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 140 ?
Le titre l'attribue à David, et la tradition y entend la voix du roi persécuté par Saül, puis par les intrigants de sa propre cour. L'ennemi n'y est pas une armée, mais des hommes qui parlent : le psaume est d'abord une prière contre les péchés de la langue d'autrui.
L'homme méchant et sa langue (v. 2-6)
« Délivrez-moi Seigneur, de l'homme méchant ; délivrez-moi de l'homme injuste » (v. 2). Ces hommes « méditent l'iniquité dans leur cœur » (v. 3), et leur arme est la parole : « Ils ont aiguisé leur langue comme celle du serpent ; le venin des aspics est sous leurs lèvres » (v. 4).
Saint Paul reprendra ce verset presque mot pour mot pour décrire l'homme sans Dieu : « un venin d'aspic est sous leurs lèvres » (Rm 3, 13). Puis viennent les images de la chasse : les superbes ont caché un piège, tendu des filets, posé de quoi faire tomber « près du chemin » (v. 6). La calomnie, la manœuvre, la parole qui fait trébucher : tout ce que le psaume décrit se vérifie dans chaque génération.
La confiance au jour du combat (v. 7-9)
Au milieu du psaume, le ton change. David ne répond pas par les armes de ses ennemis ; il se tourne vers Dieu : « J'ai dit au Seigneur : Vous êtes mon Dieu ; exaucez, Seigneur, la voix de ma supplication » (v. 7). Le verset suivant est le plus beau du psaume : « Seigneur, Seigneur, qui êtes la force de mon salut, Vous avez mis ma tête à couvert au jour du combat » (v. 8). Dieu est comparé au casque qui protège la tête du soldat. L'homme attaqué n'est pas seul ; il est couvert.
Le mal retombe sur ses auteurs (v. 10-12)
Les versets 10 et 11 demandent que « l'iniquité de leurs lèvres » retombe sur la tête des méchants et que des charbons ardents tombent sur eux. Ce n'est pas un appel à la vengeance personnelle : le psalmiste remet sa cause à Dieu et lui laisse le jugement. La sentence du verset 12 en donne la raison : « L'homme qui se laisse emporter par sa langue ne prospérera point sur la terre » (v. 12). Le mal de la parole finit par se retourner contre celui qui le commet.
La certitude finale (v. 13-14)
Le psaume ne s'achève pas sur la peur mais sur une certitude : « Je sais que le Seigneur fera justice à l'indigent, et qu'Il vengera les pauvres » (v. 13). Et sur une promesse : « les hommes droits habiteront devant Votre visage » (v. 14). La délivrance ultime n'est pas seulement d'échapper aux méchants, mais d'habiter devant la face de Dieu.
La lecture des Pères
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, applique ici sa règle constante : dans les psaumes, c'est le Christ total qui parle, la Tête et le Corps. Le persécuté est le Christ livré par la parole des faux témoins, et c'est l'Église, à qui le monde tend des pièges jusqu'à la fin des temps. L'« homme méchant », au singulier, désigne moins un individu que toute la lignée des impies, et, derrière eux, l'ennemi qui fut menteur dès le commencement. La délivrance demandée est donc d'abord la délivrance du mal lui-même, celle du Notre Père : libera nos a malo.
La tradition a aussi retenu la leçon morale du verset 4. Celui qui prie contre les langues venimeuses doit veiller sur la sienne : le psaume suivant, Domine, clamavi, demande précisément à Dieu « une garde à ma bouche ».
Le psaume 140 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 139 de la Vulgate se chante aux vêpres du vendredi. Il y suit le psaume 139, Domine, probasti me, et précède le psaume 141, Domine, clamavi, prière du soir « comme l'encens ». Le vendredi, jour de la Passion, la plainte de l'innocent livré aux langues des méchants devient celle du Christ devant ses juges. Cet office se prie dans le bréviaire du jour ; notre page sur les vêpres en présente l'ordonnance.
Comment prier le psaume 140
- Dans la calomnie. Quand une parole injuste vous atteint, ce psaume nomme l'épreuve sans la laisser tourner en haine : il demande la protection, non la revanche.
- Pour être protégé. Le verset 8 se retient comme une oraison jaculatoire pour les jours d'affrontement, au travail, en famille, dans les tentations.
- Le soir. Prié aux vêpres du vendredi, il convient au moment où l'on remet à Dieu les blessures de la journée et ceux qui les ont faites.
- En examinant sa propre langue. Après avoir prié contre la médisance d'autrui, on demande la grâce de ne pas la commettre soi-même.
Pour la protection au sens le plus large, on le joindra au psaume 91, Qui habitat, à la prière de David traqué du psaume 142, Voce mea, et aux prières que l'Église recommande dans notre page sur la prière de protection.
Questions Fréquentes
Le psaume 140 est-il une prière pour se protéger des méchants ?
Oui. Du premier au dernier verset, David demande à Dieu d'être délivré de l'homme méchant, de sa langue et de ses pièges. L'Église l'a toujours prié ainsi, non comme une formule qui agirait d'elle-même, mais comme un acte de confiance qui remet sa cause au seul juste Juge.
Que signifie « Vous avez mis ma tête à couvert au jour du combat » ?
C'est le verset 8. Dieu est comparé au casque qui protège la tête du soldat dans la bataille. Le fidèle reconnaît que sa sécurité ne vient ni de sa force ni de son habileté, mais de Dieu, « la force de mon salut ».
Que signifient les charbons ardents du psaume 140 ?
Ce sont des images de la justice de Dieu contre le mal, comme la pluie de feu sur Sodome. La tradition ne les lit pas comme un désir de vengeance personnelle, mais comme l'abandon du jugement à Dieu. Le psalmiste renonce à se faire justice lui-même.
Qui a écrit le psaume 140 ?
Le titre de la Vulgate porte « Pour la fin, psaume de David », et la tradition l'attribue au roi David persécuté. Les Pères y entendent en outre la voix du Christ et de son Église en butte aux pièges du monde. Pour la vie du roi, voyez notre page sur David, berger et roi.
Le psaume 140 de la Louis Segond est-il le même texte ?
C'est le même psaume, traduit sur l'hébreu par un pasteur protestant au XIXe siècle. L'abbé Fillion a traduit sur la Vulgate, d'où le numéro 139 et quelques différences de détail, comme au verset 10. Le sens général de la supplication est identique.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 140 ?
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 139 de la Vulgate est chanté chaque vendredi aux vêpres, entre le Domine, probasti me et le Domine, clamavi. On peut le prier le soir avec l'Église, ou dès qu'une hostilité injuste se fait sentir.
Toute la Bible hors ligne, avec votre page gardée et vos versets marqués : la Bible catholique dans l'application.
Psaume 139 (140) · avec l'app
Accès anticipé