La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 142 (Vulgate 141) : Voce mea, la prière de David dans la caverne
Le psaume 142 des bibles modernes, psaume 141 de la Vulgate, est le *Voce mea ad Dominum clamavi* : la prière de David caché dans la caverne, seul et traqué, qui ne trouve plus de refuge qu'en Dieu. Le texte intégral de l'abbé Fillion et le latin de la Vulgate suivent, verset par verset ; l'explication et la manière de le prier dans la souffrance viennent en dessous.
Vous cherchez le psaume 141 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 140.
1 Intellectus David, cum esset in spelunca, oratio.
1 Instruction de David, lorsqu’il était dans la caverne, prière.
2 Voce mea ad Dominum clamavi, voce mea ad Dominum deprecatus sum.
2 De ma voix j’ai crié vers le Seigneur ; * de ma voix j’ai supplié le Seigneur.
3 Effundo in conspectu ejus orationem meam, et tribulationem meam ante ipsum pronuntio :
3 Je répands ma prière en Sa présence, * et j’expose devant Lui ma tribulation.
4 in deficiendo ex me spiritum meum, et tu cognovisti semitas meas. In via hac qua ambulabam absconderunt laqueum mihi.
4 Quand mon espoir est défaillant en moi, * Vous connaissez mes voies, Seigneur. Dans la voie où je marchais * ils m’ont tendu un piège en secret.
5 Considerabam ad dexteram, et videbam, et non erat qui cognosceret me : periit fuga a me, et non est qui requirat animam meam.
5 Je considérais à ma droite, et je regardais, * et il n’y avait personne qui me connût. Tout moyen de m’enfuir m’est ôté, * et nul ne cherche à sauver ma vie.
6 Clamavi ad te, Domine ; dixi : Tu es spes mea, portio mea in terra viventium.
6 J’ai crié vers Vous, Seigneur ; * j’ai dit : Vous êtes mon espérance, et mon partage dans la terre des vivants.
7 Intende ad deprecationem meam, quia humiliatus sum nimis. Libera me a persequentibus me, quia confortati sunt super me.
7 Soyez attentif à ma prière, * car je suis extrêmement humilié. Délivrez-moi de ceux qui me persécutent, * parce qu’ils sont devenus plus forts que moi.
8 Educ de custodia animam meam ad confitendum nomini tuo ; me exspectant justi donec retribuas mihi.
8 Tirez mon âme de cette prison, afin que je célèbre Votre Nom. * Les justes sont dans l’attente, jusqu’à ce que Vous me rendiez justice.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 142 ou psaume 141 ?
Les bibles modernes suivent l'hébreu et le comptent 142 ; la Vulgate et le Bréviaire, qui réunissent les psaumes hébreux 9 et 10, le comptent 141. Le texte est le même, que l'on reconnaît à son premier mot latin, Voce mea. Attention au voisin : le psaume que beaucoup de recueils appellent psaume 142, Seigneur, entends ma prière, est le psaume suivant, 143 en hébreu. La table complète est sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 142 ?
Le titre de la Vulgate fixe le lieu : « Instruction de David, lorsqu'il était dans la caverne, prière » (v. 1). Il renvoie aux années où David fuyait Saül et se cachait dans les grottes du désert de Juda, à Odollam, puis à Engaddi, où il épargna le roi venu dans la caverne même où il se tenait (I Rois 24, 1 Samuel dans les bibles modernes). Le psaume suit le mouvement de l'âme, de la détresse à la confiance.
Le cri et la plainte (v. 2-3)
« De ma voix j'ai crié vers le Seigneur ; de ma voix j'ai supplié le Seigneur » (v. 2). La répétition dit l'intensité. David ne raconte pas son malheur aux hommes : « Je répands ma prière en Sa présence, et j'expose devant Lui ma tribulation » (v. 3). Répandre sa prière, c'est la vider tout entière, sans rien retenir, devant Celui qui écoute.
L'abandon de tous (v. 4-5)
« Vous connaissez mes voies, Seigneur », dit-il au moment où son esprit défaille (v. 4). Puis vient le verset de la solitude : « Je considérais à ma droite, et je regardais, et il n'y avait personne qui me connût » (v. 5). La droite est la place du défenseur dans un procès ; elle est vide. « Tout moyen de m'enfuir m'est ôté, et nul ne cherche à sauver ma vie. » Tous ceux qui ont connu l'abandon, la maladie, l'exclusion ou la calomnie reconnaissent ici leur propre voix.
Dieu, mon partage (v. 6-7)
Le renversement se fait en une phrase : « J'ai crié vers Vous, Seigneur ; j'ai dit : Vous êtes mon espérance, et mon partage dans la terre des vivants » (v. 6). Le partage est la part d'héritage. L'homme dépouillé de tout découvre qu'il possède l'essentiel, Dieu lui-même, comme le lévite qui n'avait pas de terre parce que le Seigneur était sa part. Il peut alors demander, avec humilité : « Soyez attentif à ma prière, car je suis extrêmement humilié » (v. 7).
Hors de la prison (v. 8)
Le dernier verset est le plus cherché : « Tirez mon âme de cette prison, afin que je célèbre Votre Nom. Les justes sont dans l'attente, jusqu'à ce que Vous me rendiez justice » (v. 8). La prison est d'abord la caverne. Mais la demande a une fin : être délivré pour louer. Et la délivrance d'un seul est attendue par d'autres : les justes guettent ce que Dieu fera pour lui.
La lecture des Pères
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend ce psaume de la voix du Christ dans sa Passion et de son Corps qui souffre en ce monde. La caverne évoque pour lui le lieu caché de l'épreuve, et la tradition y a vu aussi une figure du tombeau d'où le Seigneur est sorti vivant. Le « personne qui me connût » rejoint l'heure où les disciples s'enfuirent ; la « prison » de l'âme, c'est toute étroitesse dont l'homme ne peut sortir seul, la tribulation, le péché, et, au terme, le corps mortel.
Une tradition franciscaine bien attestée donne à ce psaume une place singulière. D'après ses premiers biographes, Thomas de Celano et saint Bonaventure, saint François d'Assise, le soir de sa mort en 1226, entonna ce psaume et le récita jusqu'au dernier verset, « Les justes sont dans l'attente », avant de rendre l'âme. Sur la vie du Poverello, voyez notre page consacrée à saint François d'Assise.
Le psaume 142 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 141 de la Vulgate est le dernier psaume des vêpres du vendredi, après le psaume 139, Domine, probasti me, le psaume 140, Eripe me et le psaume 141, Domine, clamavi. Au soir du jour de la Passion, la plainte de David abandonné de tous devient celle du Christ livré. Cet office se prie dans le bréviaire du jour.
Comment prier le psaume 142
- Dans la souffrance. Quand personne ne comprend, le psaume apprend à « répandre » sa prière devant Dieu au lieu de la ressasser.
- Dans la solitude. Le verset 5 dit l'abandon sans désespoir, parce que le verset 6 suit aussitôt.
- Pour trouver une issue. Devant un problème sans solution humaine, le verset 8 demande d'être tiré de l'impasse, afin de rendre grâce.
- À l'heure de la mort. À l'exemple de saint François, on peut le prier auprès d'un mourant, ou pour sa propre dernière heure.
On le rapprochera du psaume 57, Miserere mei, Deus, lui aussi composé « dans une caverne », et du psaume 22, Deus, Deus meus, la prière du Christ en croix.
Questions Fréquentes
Que signifie le psaume 142 ?
C'est la prière de David caché dans une caverne pendant que Saül le poursuivait. Seul, sans défenseur, il répand sa plainte devant Dieu et le proclame son espérance et son partage. Les Pères y entendent la voix du Christ souffrant et de toute âme éprouvée.
Que dit le psaume 142, verset 8 ?
« Tirez mon âme de cette prison, afin que je célèbre Votre Nom. Les justes sont dans l'attente, jusqu'à ce que Vous me rendiez justice. » Le priant demande d'être délivré de ce qui l'enferme, non pour lui seul, mais pour louer Dieu, sous le regard des justes qui espèrent avec lui.
Le psaume 142 est-il une prière dans la souffrance ?
Oui. Il met des mots sur l'angoisse, l'abandon et l'impuissance, et les conduit jusqu'à la confiance : « Vous êtes mon espérance ». Il convient à la maladie, au deuil, à la persécution et à toute situation où l'on ne voit plus d'issue humaine.
Seigneur, entends ma prière est-il le psaume 142 ?
Ce refrain appartient au psaume 143 des bibles modernes, que la Vulgate numérote 142 : Domine, exaudi orationem meam, le dernier des psaumes de la pénitence, souvent choisi pour les funérailles. Vous le trouverez à la page du psaume 143, Domine, exaudi.
Qui a écrit le psaume 142 ?
Le titre l'attribue à David et précise la circonstance : « lorsqu'il était dans la caverne ». La tradition de l'Église le tient pour une prière du roi David au temps de sa fuite devant Saül, et l'on rapproche ce titre des récits du Ier livre des Rois.
Quand l'Église chante-t-elle le psaume 142 ?
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 141 de la Vulgate clôt chaque vendredi les psaumes des vêpres. Il se prie le soir, et en tout temps d'épreuve.
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