La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 36 (Vulgate 35) : Dixit injustus, la source de la vie
Le psaume 36 des bibles modernes, psaume 35 de la Vulgate, commence par *Dixit injustus* : il oppose la malice de l'homme sans crainte de Dieu à la miséricorde du Seigneur, « source de la vie ». Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset ; l'explication est donnée en dessous.
Vous cherchez le psaume 35 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 34.
1 In finem. Servo Domini ipsi David.
1 Pour la fin, de David, serviteur du Seigneur.
2 Dixit injustus ut delinquat in semetipso : non est timor Dei ante oculos ejus.
2 L’injuste a dit en lui-même qu’il voulait pécher ; * la crainte de Dieu n’est point devant ses yeux.
3 Quoniam dolose egit in conspectu ejus, ut inveniatur iniquitas ejus ad odium.
3 Car il a agi avec tromperie en Sa présence, * afin que son iniquité se trouvât digne de haine.
4 Verba oris ejus iniquitas, et dolus ; noluit intelligere ut bene ageret.
4 Les paroles de sa bouche sont iniquité et tromperie ; * il n’a point voulu devenir intelligent pour faire le bien.
5 Iniquitatem meditatus est in cubili suo ; astitit omni viæ non bonæ : malitiam autem non odivit.
5 Il a médité l’iniquité sur sa couche ; * il s’est arrêté sur toute voie mauvaise, et il n’a pas eu de haine pour la malice.
6 Domine, in cælo misericordia tua, et veritas tua usque ad nubes.
6 Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel, * et Votre vérité s’élève jusqu’aux nues.
7 Justitia tua sicut montes Dei ; judicia tua abyssus multa. Homines et jumenta salvabis, Domine,
7 Votre justice est comme les montagnes de Dieu ; * Vos jugements sont un profond abîme. Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les bêtes.*
8 quemadmodum multiplicasti misericordiam tuam, Deus. Filii autem hominum in tegmine alarum tuarum sperabunt.
8 Comme Vous avez multiplié Votre miséricorde, ô Dieu ! Mais les enfants des hommes * espéreront, à couvert sous Vos ailes.
9 Inebriabuntur ab ubertate domus tuæ, et torrente voluptatis tuæ potabis eos :
9 Ils seront enivrés de l’abondance de Votre maison, * et Vous les ferez boire au torrent de Vos délices.
10 quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen.
10 Car en Vous est la source de la vie, * et dans Votre lumière nous verrons la lumière.
11 Prætende misericordiam tuam scientibus te, et justitiam tuam his qui recto sunt corde.
11 Étendez Votre miséricorde sur ceux qui Vous connaissent, * et Votre justice sur ceux qui ont le cœur droit.
12 Non veniat mihi pes superbiæ, et manus peccatoris non moveat me.
12 Que le pied du superbe ne vienne point jusqu’à moi, * et que la main du pécheur ne m’ébranle pas.
13 Ibi ceciderunt qui operantur iniquitatem ; expulsi sunt, nec potuerunt stare.
13 C’est là que sont tombés ceux qui commettent l’iniquité ; * ils ont été chassés, et ils n’ont pu se tenir debout.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 36 ou psaume 35 ?
Les bibles modernes suivent la numérotation hébraïque et appellent ce psaume le 36 ; la Vulgate et la Septante, qui réunissent les psaumes 9 et 10, le comptent comme le 35. C'est le même Dixit injustus, et les numéros de versets sont les mêmes que dans les bibles françaises modernes : le titre y compte pour le verset 1. Attention à une confusion fréquente : Le salut des justes vient du Seigneur, que l'on cherche parfois sous « psaume 36 », est le dernier verset du psaume suivant, le Noli æmulari, numéroté 36 dans la Vulgate. La correspondance de tous les numéros figure sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 36 ?
Le titre l'attribue à « David, serviteur du Seigneur » (v. 1). Le psaume juxtapose deux tableaux sans transition, comme deux abîmes : celui de la malice humaine et celui de la miséricorde divine. Il s'achève sur une courte prière.
Le portrait de l'impie (v. 2-5)
Tout commence au-dedans : « L'injuste a dit en lui-même qu'il voulait pécher ; la crainte de Dieu n'est point devant ses yeux » (v. 2). Le psalmiste ne décrit pas d'abord des actes, mais une décision intérieure, celle de l'homme qui congédie Dieu de sa vue. Saint Paul reprend ce trait dans l'Épître aux Romains pour résumer l'état de l'humanité sans la grâce : « La crainte de Dieu n'est pas devant les yeux » (Romains 3, 18). Le psaume 14, Dixit insipiens, cité au même endroit par l'Apôtre, trace un portrait voisin.
Le reste suit : la tromperie, les paroles d'iniquité, le refus de comprendre pour bien faire (v. 4). Le verset 5 montre la progression du péché délibéré : « Il a médité l'iniquité sur sa couche ; il s'est arrêté sur toute voie mauvaise, et il n'a pas eu de haine pour la malice » (v. 5). Le mal est d'abord pensé la nuit, puis choisi, puis toléré sans dégoût.
La miséricorde plus haute que les cieux (v. 6-10)
Le regard se lève alors brusquement : « Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel, et Votre vérité s'élève jusqu'aux nues » (v. 6). C'est le verset 6 que l'on cherche souvent. À l'homme recroquevillé sur sa ruse s'oppose l'immensité de Dieu : sa justice est « comme les montagnes de Dieu », ses jugements « un profond abîme » (v. 7). La même phrase ajoute : « Vous sauverez, Seigneur, les hommes et les bêtes » : la providence s'étend jusqu'à la moindre créature. Voyez ce que l'Église enseigne sur la miséricorde divine.
Les versets suivants passent de la création à l'intimité. Les hommes « espéreront, à couvert sous Vos ailes » (v. 8), image que reprennent le psaume 17, Exaudi, Domine, justitiam, et le psaume 63, Deus, Deus meus, ad te de luce vigilo. Puis l'image du festin : « Ils seront enivrés de l'abondance de Votre maison, et Vous les ferez boire au torrent de Vos délices » (v. 9). Les Pères y ont vu la joie du ciel, et déjà les biens de l'Église : la parole, les sacrements, l'Eucharistie. L'Apocalypse montre au terme « un fleuve d'eau vive » sortant du trône de Dieu et de l'Agneau (Apocalypse 22, 1).
« Dans Votre lumière nous verrons la lumière » (v. 10)
Le sommet du psaume est le verset 10 : « Car en Vous est la source de la vie, et dans Votre lumière nous verrons la lumière » (v. 10). En latin : quoniam apud te est fons vitæ, et in lumine tuo videbimus lumen. Ce verset est l'un des plus commentés du psautier.
Au sens littéral, il dit que Dieu est l'origine de toute vie et que l'homme ne connaît vraiment qu'éclairé par lui. Les Pères y ont lu davantage. Le Fils est la lumière qui procède de la lumière, ce que le Credo dit en latin Lumen de Lumine, et saint Jean écrit : « En Lui était la vie, et la vie était la lumière des hommes » (Jean 1, 4). Plusieurs Pères ont ajouté que c'est dans la lumière de l'Esprit que l'on reconnaît le Fils. Enfin, la théologie a vu dans ce verset l'annonce de la vision de Dieu : au ciel, l'âme verra Dieu non par une clarté empruntée, mais par la lumière que Dieu lui-même lui donne.
La prière finale (v. 11-13)
Le psaume se termine par une demande : « Étendez Votre miséricorde sur ceux qui Vous connaissent » (v. 11), et par une prière de garde : « Que le pied du superbe ne vienne point jusqu'à moi » (v. 12). La chute des méchants, au dernier verset, est décrite comme déjà accomplie : « C'est là que sont tombés ceux qui commettent l'iniquité » (v. 13).
Le psaume 36 dans la liturgie
Au Bréviaire romain de 1962, le psaume 35 de la Vulgate se dit aux Laudes du jeudi, dans le schéma ordinaire comme dans celui des temps de pénitence. L'Église le place donc à l'aurore : au moment où la lumière revient, elle chante « dans Votre lumière nous verrons la lumière ». Pour comprendre cette heure, voyez les laudes, la prière du matin de l'Église, et pour l'office du jour, le bréviaire du jour.
Parce que les Laudes du Triduum pascal suivent le schéma de pénitence du jour, ce psaume revient aussi aux Ténèbres du jeudi saint : il est le troisième psaume des Laudes, après le Miserere et le psaume 89 de la Vulgate, sous l'antienne Contritum est cor meum in medio mei.
Comment prier le psaume 36
- Le matin. C'est sa place liturgique. Les versets 6 à 10 forment une belle offrande du jour, au lever de la lumière.
- Pour l'examen de conscience. Les versets 2 à 5 décrivent le mécanisme du péché délibéré ; ils aident à reconnaître où l'on a laissé la crainte de Dieu sortir de son regard.
- Devant le mal du monde. Quand l'injustice paraît l'emporter, le psaume rappelle que la miséricorde de Dieu est plus haute et ses jugements plus profonds.
- Pour l'oraison. Le verset 10 se prête à la contemplation : se tenir devant Dieu, source de la vie, et lui demander sa lumière.
Questions Fréquentes
Que dit le psaume 36, verset 10 ?
« Car en Vous est la source de la vie, et dans Votre lumière nous verrons la lumière. » Dieu est l'origine de toute vie, et l'on ne voit vraiment qu'éclairé par lui. Les Pères y ont reconnu le Fils, lumière née de la lumière, et l'annonce de la vision de Dieu au ciel.
Que dit le psaume 36, verset 6 ?
« Seigneur, Votre miséricorde est dans le Ciel, et Votre vérité s'élève jusqu'aux nues. » C'est le début de la louange de Dieu qui répond, sans transition, au portrait de l'impie : la bonté divine dépasse infiniment la malice humaine.
Que dit le psaume 36, verset 9 ?
« Ils seront enivrés de l'abondance de Votre maison, et Vous les ferez boire au torrent de Vos délices. » Le verset décrit les biens que Dieu donne à ceux qui se réfugient en lui ; la tradition y voit la joie du ciel et, dès ici-bas, les sacrements de l'Église.
Qui a écrit le psaume 36 ?
Le titre l'attribue à David, qu'il appelle « serviteur du Seigneur ». C'est l'attribution reçue par la tradition.
Le psaume 36 est-il « Le salut des justes vient du Seigneur » ?
Non. Ce verset termine le psaume 37, Noli æmulari, que la Vulgate et les livrets de messe numérotent 36. Le psaume 36 des bibles modernes est celui-ci, le Dixit injustus.
Toute la Bible hors ligne, avec votre page gardée et vos versets marqués : la Bible catholique dans l'application.
Psaume 35 (36) · avec l'app
Accès anticipé