La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaumes 114 et 115 (Vulgate 113) : In exitu Israël et Non nobis, Domine
In exitu Israël
Les psaumes 114 et 115 des bibles modernes ne forment qu’un seul psaume dans la Vulgate, le 113 : *In exitu Israël*, le chant de la sortie d’Égypte, suivi du *Non nobis, Domine*, qui rend à Dieu seul la gloire. Le texte intégral de l’abbé Fillion et le latin de la Vulgate suivent, verset par verset ; l’explication des deux parties vient ensuite.
Vous cherchez le psaume 113 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 112.
1 Alleluja. In exitu Israël de Ægypto, domus Jacob de populo barbaro,
1 Alleluia : Lorsque Israël sortit d’Égypte, * et la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare,
2 facta est Judæa sanctificatio ejus ; Israël potestas ejus.
2 Dieu consacra Juda à Son service, * et établit Son empire dans Israël.
3 Mare vidit, et fugit ; Jordanis conversus est retrorsum.
3 La mer le vit et s’enfuit ; * le Jourdain retourna en arrière.
4 Montes exsultaverunt ut arietes, et colles sicut agni ovium.
4 Les montagnes bondirent comme des béliers, * et les collines comme des agneaux.
5 Quid est tibi, mare, quod fugisti ? et tu, Jordanis, quia conversus es retrorsum ?
5 Qu’as-tu, ô mer, pour t’enfuir ? * Et toi, Jourdain, pour retourner en arrière ?
6 montes, exsultastis sicut arietes ? et colles, sicut agni ovium ?
6 Pourquoi, montagnes, avez-vous bondi comme des béliers ? * et vous, collines, comme des agneaux ?
7 A facie Domini mota est terra, a facie Dei Jacob :
7 La terre a été ébranlée devant la face du Seigneur, * devant la face du Dieu de Jacob,
8 qui convertit petram in stagna aquarum, et rupem in fontes aquarum.
8 qui a changé la pierre en des torrents d’eaux, * et la roche en fontaines abondantes.
9 Non nobis, Domine, non nobis, sed nomini tuo da gloriam :
9 Que ce ne soit pas à nous, Seigneur, que ce ne soit pas à nous ; * que ce soit à Votre Nom que Vous donniez la gloire,
10 super misericordia tua et veritate tua ; nequando dicant gentes : Ubi est Deus eorum ?
10 pour faire éclater Votre miséricorde et Votre vérité ; * de peur que les nations ne disent : Où est leur Dieu ?
11 Deus autem noster in cælo ; omnia quæcumque voluit fecit.
11 Notre Dieu est dans le Ciel ; * tout ce qu’Il a voulu, Il l’a fait.
12 Simulacra gentium argentum et aurum, opera manuum hominum.
12 Les idoles des nations sont de l’argent et de l’or, * et l’ouvrage des mains des hommes.
13 Os habent, et non loquentur ; oculos habent, et non videbunt.
13 Elles ont une bouche, et ne parlent point ; * elles ont des yeux, et ne voient point.
14 Aures habent, et non audient ; nares habent, et non odorabunt.
14 Elles ont des oreilles, et n’entendent pas ; * elles ont des narines, et ne sentent pas.
15 Manus habent, et non palpabunt ; pedes habent, et non ambulabunt ; non clamabunt in gutture suo.
15 Elles ont des mains, et ne touchent pas ; elles ont des pieds, et ne marchent pas ; * avec leur gorge, elles ne peuvent crier.
16 Similes illis fiant qui faciunt ea, et omnes qui confidunt in eis.
16 Que ceux qui les font leur deviennent semblables, * avec tous ceux qui mettent en elles leur confiance.
17 Domus Israël speravit in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est.
17 La maison d’Israël a espéré au Seigneur ; * Il est leur secours et leur protecteur.
18 Domus Aaron speravit in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est.
18 La maison d’Aaron a espéré au Seigneur ; * Il est leur secours et leur protecteur.
19 Qui timent Dominum speraverunt in Domino ; adjutor eorum et protector eorum est.
19 Ceux qui craignent le Seigneur ont mis en Lui leur espérance ; * Il est leur secours et leur protecteur.
20 Dominus memor fuit nostri, et benedixit nobis. Benedixit domui Israël ; benedixit domui Aaron.
20 Le Seigneur S’est souvenu de nous, * et Il nous a bénis. Il a béni la maison d’Israël ; * Il a béni la maison d’Aaron.
21 Benedixit omnibus qui timent Dominum, pusillis cum majoribus.
21 Il a béni tous ceux qui craignent le Seigneur, * les petits et les grands.
22 Adjiciat Dominus super vos, super vos et super filios vestros.
22 Que le Seigneur vous comble de nouveaux biens, * vous et vos enfants.
23 Benedicti vos a Domino, qui fecit cælum et terram.
23 Soyez béni du Seigneur, * qui a fait le ciel et la terre.
24 Cælum cæli Domino ; terram autem dedit filiis hominum.
24 Le Ciel des cieux est au Seigneur, * mais Il a donné la terre aux enfants des hommes.
25 Non mortui laudabunt te, Domine, neque omnes qui descendunt in infernum :
25 Les morts ne Vous loueront point, Seigneur, * ni tous ceux qui descendent dans l’enfer.
26 sed nos qui vivimus, benedicimus Domino, ex hoc nunc et usque in sæculum.
26 Mais nous qui vivons, nous bénissons Le Seigneur, * dès maintenant et dans tous les siècles.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 114, psaume 115 ou psaume 113 ?
Les bibles modernes, qui suivent l’hébreu, comptent ici deux psaumes : le 114, sur la sortie d’Égypte, et le 115, qui commence par Non nobis, Domine. La Vulgate, avec la version grecque des Septante, les unit en un seul, le psaume 113, et c’est sous cette forme que l’Église le chante. Dans la liseuse, le psaume 114 hébreu correspond aux versets 1 à 8 et le psaume 115 hébreu aux versets 9 à 26 : pour retrouver un verset du psaume 115 hébreu, ajoutez 8 à son numéro (le verset 16 hébreu est notre verset 24).
Attention à une autre confusion : le psaume 113 des bibles modernes est le Laudate pueri, notre psaume 113, Laudate pueri, et le chant Psaume 115, la coupe de bénédiction des livrets actuels, qui suivent la numérotation grecque, renvoie au psaume 116, Credidi. La page des Psaumes donne toutes les correspondances.
Que signifie le psaume 114 : In exitu Israël ?
La première partie, versets 1 à 8, chante l’Exode comme un seul événement, de la mer Rouge au Jourdain. « Lorsque Israël sortit d’Égypte, et la maison de Jacob du milieu d’un peuple barbare » (v. 1), Dieu fit de son peuple son sanctuaire et son royaume. La nature entière réagit : « La mer le vit et s’enfuit ; le Jourdain retourna en arrière » (v. 3). Le psaume résume ainsi le passage de la mer Rouge (Ex 14, 21) et celui du Jourdain sous Josué. « Les montagnes bondirent comme des béliers, et les collines comme des agneaux » (v. 4) : les commentateurs y voient le tremblement du Sinaï au jour de l’alliance.
Le poète interroge alors la création, avec une ironie joyeuse : « Qu’as-tu, ô mer, pour t’enfuir ? » (v. 5). Et il répond lui-même : la terre a tremblé « devant la face du Dieu de Jacob » (v. 7), « qui a changé la pierre en des torrents d’eaux » (v. 8). C’est le rocher frappé par Moïse au désert.
Que signifie le psaume 115 : Non nobis, Domine ?
La seconde partie, versets 9 à 26, tire la leçon de l’Exode. Elle s’ouvre sur la parole la plus célèbre du psaume : « Que ce ne soit pas à nous, Seigneur, que ce ne soit pas à nous ; que ce soit à Votre Nom que Vous donniez la gloire » (v. 9). Puisque c’est Dieu qui a tout fait, la gloire lui revient tout entière.
Le vrai Dieu et les idoles (v. 10-16). Les nations raillent : « Où est leur Dieu ? » (v. 10). Le psalmiste répond : « Notre Dieu est dans le Ciel ; tout ce qu’Il a voulu, Il l’a fait » (v. 11). Puis il décrit les idoles avec une ironie implacable : « Elles ont une bouche, et ne parlent point ; elles ont des yeux, et ne voient point » (v. 13). La conclusion est redoutable : « Que ceux qui les font leur deviennent semblables » (v. 16). On devient ce qu’on adore. Le même passage revient presque mot pour mot dans le psaume 135, Laudate nomen Domini.
L’espérance d’Israël (v. 17-23). Trois groupes sont appelés à la confiance : la maison d’Israël, la maison d’Aaron, ceux qui craignent le Seigneur, et à chacun le même refrain : « Il est leur secours et leur protecteur » (v. 17). La bénédiction descend ensuite sur « les petits et les grands » (v. 21), sur les enfants, sur ceux qui sont bénis du Seigneur « qui a fait le ciel et la terre » (v. 23). La même triple invitation ouvre le psaume 118, Confitemini Domino.
La louange des vivants (v. 24-26). Le verset 24, le plus recherché sous le nom de psaume 115, 16, affirme : « Le Ciel des cieux est au Seigneur, mais Il a donné la terre aux enfants des hommes ». Dieu a confié la terre à l’homme pour qu’il la cultive et l’en loue. Le psaume finit sur un contraste : « Les morts ne Vous loueront point, Seigneur » (v. 25), « mais nous qui vivons, nous bénissons Le Seigneur, dès maintenant et dans tous les siècles » (v. 26).
La lecture des Pères
Saint Paul a donné la clef de l’Exode : nos pères « ont tous été baptisés en Moïse, dans la nuée et dans la mer », et le rocher qui les abreuvait « était le Christ » (1 Co 10, 2-4). À sa suite, les Pères, et saint Augustin dans ses Enarrationes in Psalmos, lisent l’In exitu comme le chant du baptême, sortie de l’esclavage du péché, et de la Pâque du Christ, passage de la mort à la vie. La tradition a vu aussi dans l’eau jaillie du rocher la figure de la grâce sortie du côté ouvert du Sauveur. Le Non nobis devient alors la prière d’humilité du baptisé, qui sait que tout lui a été donné.
Cette lecture a profondément marqué la chrétienté. Dante, au deuxième chant du Purgatoire, fait chanter l’In exitu Israël de Ægypto aux âmes qui débarquent sur la montagne du purgatoire, libérées de la terre comme Israël de l’Égypte.
Le psaume 114-115 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 113 de la Vulgate est le cinquième et dernier psaume des vêpres du dimanche, après le Laudate pueri. Il se chante traditionnellement sur un ton grégorien particulier, le tonus peregrinus. Chaque dimanche, jour de la Résurrection, l’Église achève ainsi sa psalmodie du soir en chantant la Pâque. Vous pouvez suivre cette heure avec le bréviaire du jour ; sur le sens pascal du psaume, voyez aussi Pâques et le baptême.
Comment prier les psaumes 114 et 115
- Au temps de Pâques et chaque dimanche, pour rendre grâces de la délivrance du péché.
- Après un succès, avec le verset 9, pour rendre à Dieu la gloire qui lui revient.
- Devant les idoles modernes, argent, pouvoir, image de soi, en méditant les versets 12 à 16.
- À l’anniversaire de son baptême, comme le chant de sa propre sortie d’Égypte.
Questions Fréquentes
Que signifie le psaume 115 ?
C’est la seconde partie du psaume 113 de la Vulgate. Il rend à Dieu seul la gloire, « Que ce ne soit pas à nous, Seigneur », se moque des idoles qui ont des yeux et ne voient pas, appelle Israël à la confiance et s’achève sur la louange des vivants.
Que dit le verset 16 du psaume 115 ?
Il correspond à notre verset 24 : « Le Ciel des cieux est au Seigneur, mais Il a donné la terre aux enfants des hommes ». Dieu demeure le maître du ciel et confie la terre à l’homme, qui doit la gérer et en rendre grâces.
Que raconte le psaume 114 ?
Il chante la sortie d’Égypte : la mer qui s’enfuit, le Jourdain qui recule, les montagnes qui bondissent, le rocher changé en source. Il montre que la création tremble devant le Dieu de Jacob qui sauve son peuple.
Pourquoi les psaumes 114 et 115 n’en font-ils qu’un dans la Vulgate ?
La Vulgate suit ici la version grecque des Septante, qui les donne comme un seul psaume, chanté d’un seul tenant. Le texte hébreu les sépare. Les deux parties se répondent : le récit de l’Exode, puis la leçon qu’il faut en tirer.
Le psaume 114 sert-il à réussir dans le commerce ?
Non. Le psaume n’est pas une recette de prospérité, et l’employer ainsi relève de la superstition. Il enseigne au contraire à ne pas mettre sa confiance dans l’argent et l’or, et à rendre gloire à Dieu.
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