La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 39 (Vulgate 38) : Dixi, custodiam, la brièveté de la vie
Le psaume 39 des bibles modernes, psaume 38 de la Vulgate, commence par *Dixi : Custodiam vias meas* : « J'ai dit : je veillerai sur mes voies ». C'est la méditation d'un homme éprouvé sur le silence, sur la brièveté de la vie et sur sa condition d'étranger devant Dieu. Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset ; l'explication est donnée en dessous.
Vous cherchez le psaume 38 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 37.
1 In finem, ipsi Idithun. Canticum David.
1 Pour la fin, à Idithun lui-même, cantique de David.
2 Dixi : Custodiam vias meas : ut non delinquam in lingua mea. Posui ori meo custodiam, cum consisteret peccator adversum me.
2 J’ai dit : je veillerai sur mes voies, * pour ne point pécher par ma langue. J’ai mis une garde à ma bouche, * pendant que le pécheur s’élevait devant moi.
3 Obmutui, et humiliatus sum, et silui a bonis ; et dolor meus renovatus est.
3 Je me suis tu, et je me suis humilié, et je me suis abstenu de dire même de bonnes choses ; * et ma douleur a été renouvelée.
4 Concaluit cor meum intra me ; et in meditatione mea exardescet ignis.
4 Mon cœur s’est échauffé au dedans de moi, * et tandis que je méditais, un feu s’est embrasé.
5 Locutus sum in lingua mea : Notum fac mihi, Domine, finem meum, et numerum dierum meorum quis est, ut sciam quid desit mihi.
5 La parole est venue sur ma langue : * Faites-moi connaître ma fin, Seigneur, et quel est le nombre de mes jours, * afin que je sache combien peu il m’en reste.
6 Ecce mensurabiles posuisti dies meos, et substantia mea tamquam nihilum ante te. Verumtamen universa vanitas, omnis homo vivens.
6 Voici que Vous avez soumis mes jours à une mesure bornée, * et mon être est comme un néant devant Vous. Oui, tout homme vivant * n’est qu’entière vanité.
7 Verumtamen in imagine pertransit homo ; sed et frustra conturbatur : thesaurizat, et ignorat cui congregabit ea.
7 Oui, l’homme passe comme un fantôme, * et c’est en vain qu’il se tourmente. Il amasse des trésors, * et il ignore pour qui il les aura entassés.
8 Et nunc quæ est exspectatio mea : nonne Dominus ? et substantia mea apud te est.
8 Et maintenant quelle est mon attente ? N’est-ce pas le Seigneur ? * Tous mes biens sont en Vous.
9 Ab omnibus iniquitatibus meis erue me : opprobrium insipienti dedisti me.
9 Délivrez-moi de toutes mes iniquités. * Vous m’avez rendu l’opprobre de l’insensé.
10 Obmutui, et non aperui os meum, quoniam tu fecisti ;
10 Je me suis tu, et je n’ai pas ouvert la bouche, parce que c’est Vous qui l’avez fait.*
11 amove a me plagas tuas.
11 Détournez de moi Vos coups.
12 A fortitudine manus tuæ ego defeci in increpationibus : propter iniquitatem corripuisti hominem. Et tabescere fecisti sicut araneam animam ejus : verumtamen vane conturbatur omnis homo.
12 Sous la puissance de Votre main, j’ai défailli, quand Vous m’avez repris. * Vous avez puni l’homme à cause de son iniquité. Et Vous avez fait dessécher son âme comme l’araignée. * Oui, c’est en vain que tout homme s’inquiète.
13 Exaudi orationem meam, Domine, et deprecationem meam ; auribus percipe lacrimas meas. Ne sileas, quoniam advena ego sum apud te, et peregrinus sicut omnes patres mei.
13 Exaucez, Seigneur, ma prière et ma supplication ; * soyez attentif à mes larmes. Ne gardez pas le silence, car je suis auprès de Vous un étranger et un voyageur, * comme tous mes pères.
14 Remitte mihi, ut refrigerer priusquam abeam et amplius non ero.
14 Accordez-moi quelque relâche, afin que je sois rafraîchi * avant de partir et de disparaître.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 39 ou psaume 38 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, numérotent ce psaume 39 ; la Vulgate et la Septante, qui réunissent les psaumes 9 et 10, le comptent comme le 38. Les livrets de messe, qui donnent d'abord le numéro latin, appellent donc « psaume 39 (40) » un autre texte, l'Exspectans exspectavi : c'est lui qui contient Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté et Seigneur, viens vite à mon secours. Si c'est ce que vous cherchez, lisez le psaume 40, Exspectans exspectavi. La correspondance de tous les numéros est sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 39 ?
Le titre porte : « Pour la fin, à Idithun lui-même, cantique de David » (v. 1). Idithun était l'un des chefs de chant établis par David pour la louange du Seigneur, avec Héman (I Paralipomènes 16, 41 ; 1 Chroniques dans les bibles modernes). Son nom revient en tête de deux autres psaumes, dont le psaume 62, Nonne Deo subjecta. Saint Augustin, qui interprète ce nom comme celui qui passe par-dessus, y voit l'homme qui franchit les choses de la terre pour s'attacher aux biens qui demeurent : c'est tout le mouvement du psaume.
Garder sa langue (v. 2-4)
Le psaume commence par une résolution : « J'ai dit : je veillerai sur mes voies, pour ne point pécher par ma langue. J'ai mis une garde à ma bouche, pendant que le pécheur s'élevait devant moi » (v. 2). Devant l'insolence du méchant, le juste choisit de se taire pour ne pas pécher en répondant. Le psaume 141, Domine, clamavi, demande à Dieu la même grâce : « Mettez, Seigneur, une garde à ma bouche ». Saint Jacques dira que celui qui ne pèche pas en paroles est un homme parfait.
Mais le silence ne suffit pas à éteindre la douleur. « Mon cœur s'est échauffé au dedans de moi, et tandis que je méditais, un feu s'est embrasé » (v. 4). La parole finit par jaillir, non contre l'ennemi, mais vers Dieu.
« Faites-moi connaître ma fin » (v. 5-7)
La prière prend alors une direction inattendue : « Faites-moi connaître ma fin, Seigneur, et quel est le nombre de mes jours, afin que je sache combien peu il m'en reste » (v. 5). L'homme blessé ne demande pas d'abord la fin de son épreuve ; il demande à voir sa vie dans sa vraie mesure. La réponse vient aussitôt : « Voici que Vous avez soumis mes jours à une mesure bornée, et mon être est comme un néant devant Vous » (v. 6).
Le verset 7 donne l'image la plus forte du psaume : « Oui, l'homme passe comme un fantôme, et c'est en vain qu'il se tourmente. Il amasse des trésors, et il ignore pour qui il les aura entassés » (v. 7). Le latin dit in imagine pertransit homo : l'homme passe comme une image, comme une ombre. C'est la leçon du psaume 90, la prière de Moïse, sur les années de l'homme, et celle du psaume 103, Benedic, anima mea : « Les jours de l'homme passent comme l'herbe ».
L'attente de Dieu seul (v. 8-12)
De ce constat ne naît pas le désespoir, mais l'espérance : « Et maintenant quelle est mon attente ? N'est-ce pas le Seigneur ? Tous mes biens sont en Vous » (v. 8). Puisque tout passe, il ne reste qu'un appui. Le psalmiste demande alors le pardon (v. 9) et accepte l'épreuve : « Je me suis tu, et je n'ai pas ouvert la bouche, parce que c'est Vous qui l'avez fait » (v. 10). Son second silence n'est plus celui de la prudence, mais celui de l'abandon : il reconnaît la main de Dieu dans ce qui le frappe, tout en le suppliant : « Détournez de moi Vos coups » (v. 11).
Étranger et voyageur (v. 13-14)
Le psaume se termine par l'un des versets les plus médités du psautier : « Ne gardez pas le silence, car je suis auprès de Vous un étranger et un voyageur, comme tous mes pères » (v. 13). L'homme n'est pas chez lui sur la terre ; il y est de passage, comme Abraham et les patriarches. L'Épître aux Hébreux dit d'eux qu'ils sont morts dans la foi, « confessant qu'ils étaient étrangers et voyageurs sur la terre » (Hébreux 11, 13), et saint Pierre exhorte les chrétiens « comme étrangers et voyageurs » (1 P 2, 11).
La dernière demande est d'une grande humanité : « Accordez-moi quelque relâche, afin que je sois rafraîchi avant de partir et de disparaître » (v. 14). Le latin refrigerer appartient au même vocabulaire que le Canon de la messe, qui demande pour les défunts le lieu du rafraîchissement, locum refrigerii, lucis et pacis.
Le psaume 39 dans la liturgie
Au Bréviaire romain de 1962, le psaume 38 de la Vulgate se chante aux Matines du mardi, dans l'office de la nuit, avec les psaumes que les bibles modernes numérotent 35, 37 et 38. Vous le retrouvez ce jour-là dans le bréviaire du jour.
Comment prier le psaume 39
- Dans la colère. Les versets 2 et 3 aident à se taire quand on voudrait répondre, et à tourner vers Dieu ce que l'on retient devant les hommes.
- Pour se préparer à la mort. Les versets 5 à 8 et 13 à 14 forment une méditation sur les fins dernières ; ils conviennent au chevet d'un malade, avec le sacrement de l'extrême-onction.
- Dans le deuil. Le psaume ne nie pas la douleur de la séparation ; il rappelle que nous sommes tous des voyageurs vers Dieu. Il se prie avec la prière pour les défunts.
- Contre l'attachement aux biens. Le verset 7, sur les trésors amassés pour on ne sait qui, est un bon examen de conscience.
Questions Fréquentes
Le psaume 39 contient-il Seigneur, viens vite à mon secours ?
Non. Ce refrain et Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté appartiennent au psaume 40 des bibles modernes, que la Vulgate et les livrets de messe numérotent 39. Le psaume 39 des bibles modernes est celui-ci, le Dixi, custodiam.
Qui était Idithun ?
Un des chefs de chant que David établit pour la louange du Seigneur, avec Asaph et Héman, selon le Ier livre des Paralipomènes. Le titre du psaume le lui confie, comme celui des psaumes 62 et 77 des bibles modernes.
Que signifie « je suis auprès de Vous un étranger et un voyageur » ?
Que la vie présente est un passage. L'homme n'a pas ici-bas de demeure permanente ; il marche vers Dieu, comme les patriarches qui vivaient sous la tente. Le Nouveau Testament reprend cette idée pour définir la condition du chrétien.
Qui a écrit le psaume 39 ?
Le titre l'attribue à David, qui le confie au chantre Idithun. C'est l'attribution reçue par la tradition.
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