La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 58 (Vulgate 57) : Si vere utique, le Dieu qui juge sur la terre
Le psaume 58 des bibles modernes, psaume 57 de la Vulgate, est le *Si vere utique justitiam loquimini* de David : un réquisitoire contre les juges iniques, « l'aspic sourd, qui ferme ses oreilles », et la certitude finale qu'« il y a un Dieu qui les juge sur la terre ». Vous en lisez ci-dessous le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine, verset par verset ; l'explication suit.
Vous cherchez le psaume 57 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 56.
1 In finem, ne disperdas. David in tituli inscriptionem.
1 n’exterminez pas ; de David, inscription du titre.
2 Si vere utique justitiam loquimini, recta judicate, filii hominum.
2 Parlez-vous vraiment selon la justice ? * Jugez avec droiture, fils des hommes.
3 Etenim in corde iniquitates operamini ; in terra injustitias manus vestræ concinnant.
3 Mais dans votre cœur vous formez des desseins d’iniquité ; * dans le pays vos mains ourdissent des injustices.
4 Alienati sunt peccatores a vulva ; erraverunt ab utero : locuti sunt falsa.
4 Les pécheurs sont pervertis dès le sein maternel, * ils se sont égarés dès leur naissance ; ils ont dit des choses fausses.
5 Furor illis secundum similitudinem serpentis, sicut aspidis surdæ et obturantis aures suas,
5 Leur fureur est semblable à celle du serpent, * et de l’aspic sourd, qui ferme ses oreilles,
6 quæ non exaudiet vocem incantantium, et venefici incantantis sapienter.
6 et qui n’entend pas la voix des enchanteurs, * et du magicien qui use d’adresse pour le charmer.
7 Deus conteret dentes eorum in ore ipsorum ; molas leonum confringet Dominus.
7 Dieu brisera leurs dents dans leur bouche ; * le Seigneur mettra en pièces les mâchoires des lions.
8 Ad nihilum devenient tamquam aqua decurrens ; intendit arcum suum donec infirmentur.
8 Ils seront réduits à rien, comme une eau qui s’écoule ; * Il a tendu Son arc jusqu’à ce qu’ils devinssent impuissants.
9 Sicut cera quæ fluit auferentur ; supercecidit ignis, et non viderunt solem.
9 Comme la cire qui coule, ils seront enlevés ; * le feu est tombé d’en haut sur eux, et ils n’ont plus vu le soleil.
10 Priusquam intelligerent spinæ vestræ rhamnum, sicut viventes sic in ira absorbet eos.
10 Avant qu’ils connaissent que leurs épines sont devenues un buisson, * Il les engloutit comme tout vivants dans Sa colère.
11 Lætabitur justus cum viderit vindictam ; manus suas lavabit in sanguine peccatoris.
11 Le juste se réjouira en voyant la vengeance ; * il lavera ses mains dans le sang du pécheur.
12 Et dicet homo : Si utique est fructus justo, utique est Deus judicans eos in terra.
12 Et les hommes diront : Oui, il y a une récompense pour le juste ; * oui, il y a un Dieu qui les juge sur la terre.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 58 ou psaume 57 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, comptent ce psaume comme le 58 ; la Vulgate et la Septante, suivies par la liturgie latine, le comptent comme le 57. La Vulgate réunit en effet en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. C'est le même texte, le Si vere utique. Voyez la page des Psaumes pour les autres correspondances.
Que signifie le psaume 58 ?
L'interpellation des juges (v. 2 et 3). Le psaume s'adresse aux puissants chargés de rendre la justice : « Parlez-vous vraiment selon la justice ? Jugez avec droiture, fils des hommes » (v. 2). La réponse est dans la question : « dans votre cœur vous formez des desseins d'iniquité » (v. 3). Notre-Seigneur reprendra l'exigence : « Ne jugez pas selon l'apparence, mais jugez selon la justice » (Jean 7, 24).
L'endurcissement (v. 4 à 6). Les pécheurs sont égarés « dès leur naissance » ; leur fureur est « semblable à celle du serpent, et de l'aspic sourd, qui ferme ses oreilles » (v. 5), qui n'entend pas la voix du charmeur. L'image est celle d'un mal volontaire : l'aspic n'est pas sourd par nature, il se bouche les oreilles.
Les images du châtiment (v. 7 à 10). Les malédictions se succèdent : dents brisées, eau qui s'écoule, cire qui fond, épines emportées par la tempête. Elles ne décrivent pas la vengeance d'un homme, mais la fragilité du méchant devant Dieu : « Ils seront réduits à rien, comme une eau qui s'écoule » (v. 8).
La joie du juste et le jugement de Dieu (v. 11 et 12). Le verset 11 choque le lecteur moderne : « Le juste se réjouira en voyant la vengeance ; il lavera ses mains dans le sang du pécheur ». Le dernier verset en donne le sens : « Et les hommes diront : Oui, il y a une récompense pour le juste ; oui, il y a un Dieu qui les juge sur la terre » (v. 12). La joie du juste n'est pas celle de la cruauté : c'est la joie de voir l'injustice cesser et Dieu reconnu comme juge.
Comment lire un psaume imprécatoire ?
Le psaume 58 est un psaume imprécatoire : il appelle sur les méchants le jugement de Dieu. Le Bréviaire romain le garde chaque semaine dans l'office (la Liturgie des Heures de 1971, elle, l'a omis), et les Pères en donnent la clé. Ces paroles ne sont pas un modèle de rancune ; elles sont une prophétie du jugement et une remise de la vengeance à Dieu seul. Celui qui prie ainsi renonce à se faire justice lui-même.
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, rapporte la croyance ancienne selon laquelle l'aspic se bouche les oreilles pour ne pas entendre le charmeur. Il y voit le pécheur qui refuse d'écouter la parole de Dieu de peur d'être obligé de se convertir. Le juste, au contraire, ne hait pas le pécheur : il hait le péché, et il désire que le pécheur se convertisse avant le jugement. La certitude du Jugement dernier n'exclut pas la miséricorde divine offerte jusqu'au dernier moment.
Le même thème parcourt le psaume 82, Deus stetit, où Dieu juge les juges, et le psaume 94, Deus ultionum, qui appelle le Dieu des vengeances contre ceux qui oppriment la veuve et l'orphelin. Le psaume 140, Eripe me, Domine, reprend l'image du venin des aspics.
Le psaume 58 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, le psaume 57 de la Vulgate se dit à Sexte le mercredi, après les psaumes 55 et 56. À midi, l'Église remet à Dieu les injustices de la journée. Le bréviaire du jour permet de le prier à sa place.
Comment prier le psaume 58
Priez-le devant l'injustice, quand le droit est bafoué et que les puissants oppriment : il apprend à remettre sa cause au Juge qui ne se laisse pas corrompre. Il sert aussi d'examen pour ceux qui ont à juger, en famille, au travail ou dans la cité. Enfin, le verset 12 se redit comme un acte de foi : rien de l'injustice ne restera impuni, rien de la fidélité sans récompense.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 58 est-il aussi appelé psaume 57 ?
Parce que la Vulgate et la Septante, suivies par la liturgie catholique, ont un numéro de retard sur les bibles modernes. Le Si vere utique est le 57 de la Vulgate et le 58 des bibles qui suivent l'hébreu.
Quelle est la signification du psaume 58 ?
C'est un appel à la justice de Dieu contre les juges iniques. Il dénonce la corruption de ceux qui devraient juger droitement, annonce leur ruine et conclut qu'il y a un Dieu qui juge sur la terre.
Que dit le psaume 58, verset 8 ?
« Ils seront réduits à rien, comme une eau qui s'écoule ; Il a tendu Son arc jusqu'à ce qu'ils devinssent impuissants. » Le méchant, si puissant qu'il paraisse, passe comme l'eau qui fuit.
Le psaume 58 est-il un psaume de malédiction ?
C'est un psaume imprécatoire. La tradition ne le lit pas comme une haine personnelle, mais comme l'annonce du jugement de Dieu et la remise de toute vengeance entre ses mains.
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