La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 30 (Vulgate 29) : Exaltabo te, Domine, le soir les pleurs, le matin la joie
Le psaume 30 des bibles modernes, psaume 29 de la Vulgate, est l'*Exaltabo te, Domine* : « Je Vous exalterai, Seigneur, parce que Vous m'avez relevé », l'action de grâces d'un homme que Dieu a tiré de la mort. Son texte complet suit, dans la traduction de l'abbé Fillion avec le latin en regard, verset par verset ; l'explication du verset des pleurs et de la joie, et la manière de le prier, viennent ensuite.
Vous cherchez le psaume 29 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 28.
1 Psalmus cantici, in dedicatione domus David.
1 pour la dédicace de la maison de David.
2 Exaltabo te, Domine, quoniam suscepisti me, nec delectasti inimicos meos super me.
2 Je Vous exalterai, Seigneur, parce que Vous m’avez relevé, * et que Vous n’avez pas réjoui mes ennemis à mon sujet.
3 Domine Deus meus, clamavi ad te, et sanasti me.
3 Seigneur mon Dieu, j’ai crié vers Vous, * et Vous m’avez guéri.
4 Domine, eduxisti ab inferno animam meam ; salvasti me a descendentibus in lacum.
4 Seigneur, Vous avez retiré mon âme du séjour des morts ; * Vous m’avez sauvé du milieu de ceux qui descendent dans la fosse.
5 Psallite Domino, sancti ejus ; et confitemini memoriæ sanctitatis ejus.
5 Chantez au Seigneur, Vous qui êtes Ses saints, * et célébrez Sa sainte mémoire.
6 Quoniam ira in indignatione ejus, et vita in voluntate ejus : ad vesperum demorabitur fletus, et ad matutinum lætitia.
6 Car le châtiment provient de Son indignation, * et la vie de Sa bienveillance. Les pleurs se répandent le soir, * et le matin viendra la joie.
7 Ego autem dixi in abundantia mea : Non movebor in æternum.
7 Pour moi j’ai dit dans ma prospérité : * Je ne serai jamais ébranlé.
8 Domine, in voluntate tua præstitisti decori meo virtutem ; avertisti faciem tuam a me, et factus sum conturbatus.
8 Seigneur, c’est par Votre volonté * que Vous m’avez affermi dans ma gloire. Vous avez détourné de moi Votre visage, * et j’ai été tout troublé.
9 Ad te, Domine, clamabo, et ad Deum meum deprecabor.
9 Je crierai vers Vous, Seigneur, * et j’implorerai mon Dieu.
10 Quæ utilitas in sanguine meo, dum descendo in corruptionem ? numquid confitebitur tibi pulvis, aut annuntiabit veritatem tuam ?
10 Quelle utilité retirerez-Vous de ma mort, * lorsque je descendrai dans la pourriture ? Est-ce que la poussière chantera Vos louanges ? * ou publiera-t-elle Votre vérité ?
11 Audivit Dominus, et misertus est mei ; Dominus factus est adjutor meus.
11 Le Seigneur a entendu, et Il a eu pitié de moi ; * le Seigneur S’est fait mon protecteur.
12 Convertisti planctum meum in gaudium mihi ; conscidisti saccum meum, et circumdedisti me lætitia :
12 Vous avez changé mes lamentations en allégresse ; * Vous avez déchiré mon sac, et Vous m’avez environné de joie,
13 ut cantet tibi gloria mea, et non compungar. Domine Deus meus, in æternum confitebor tibi.
13 afin que mon âme Vous chante, et que je ne ressente plus la douleur. * Seigneur mon Dieu, je Vous louerai éternellement.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 30 ou psaume 29 ?
Ce psaume porte deux numéros. Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, l'appellent psaume 30 ; la Vulgate, la Septante et les livres liturgiques de l'Église le comptent comme psaume 29, parce qu'ils réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Les versets peuvent aussi différer d'une unité : la Vulgate, Fillion et la Louis Segond comptent le titre comme verset 1, alors que d'autres éditions l'omettent. Le verset des pleurs du soir, que l'on cherche souvent comme « psaume 30, 5 », est ainsi le verset 6 chez Fillion. Le tableau complet est sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 30 ?
Le titre latin est Psalmus cantici, in dedicatione domus David, que Fillion rend par « pour la dédicace de la maison de David » (v. 1). David avait fait bâtir son palais à Jérusalem avec le bois de cèdre envoyé par le roi de Tyr (II Rois 5, 11, 2 Samuel dans les bibles modernes). Pourtant le psaume ne parle pas d'une maison : il chante une vie arrachée à la mort. C'est l'action de grâces d'un homme qui a été malade à mourir, ou en danger mortel, et que Dieu a relevé.
Le cri de reconnaissance (v. 2-4). Le psaume commence par la fin de l'histoire : « Je Vous exalterai, Seigneur, parce que Vous m'avez relevé, et que Vous n'avez pas réjoui mes ennemis à mon sujet » (v. 2). Le latin suscepisti me dit le geste de celui qui relève quelqu'un tombé à terre. Puis le récit en trois mots : « j'ai crié vers Vous, et Vous m'avez guéri » (v. 3). Et la mesure du danger : « Seigneur, Vous avez retiré mon âme du séjour des morts » (v. 4).
Les pleurs du soir (v. 5-6). Le délivré invite les fidèles à se joindre à lui : « Chantez au Seigneur, Vous qui êtes Ses saints, et célébrez Sa sainte mémoire » (v. 5). Vient alors le verset le plus célèbre du psaume : « Car le châtiment provient de Son indignation, et la vie de Sa bienveillance. Les pleurs se répandent le soir, et le matin viendra la joie » (v. 6). La disproportion est voulue : l'épreuve est une nuit, la bienveillance de Dieu est toute une vie. Le soir des larmes n'est pas la dernière parole ; il annonce un matin.
L'aveu de la présomption (v. 7-8). Le psalmiste raconte ensuite comment l'épreuve est venue : « Pour moi j'ai dit dans ma prospérité : Je ne serai jamais ébranlé » (v. 7). Il avait oublié que sa force venait de Dieu. Alors Dieu s'est caché : « Vous avez détourné de moi Votre visage, et j'ai été tout troublé » (v. 8). La leçon est simple et profonde : la prospérité expose à l'oubli de Dieu, et l'épreuve ramène à lui.
La prière dans l'épreuve (v. 9-11). Il rapporte la prière qu'il fit alors : « Quelle utilité retirerez-Vous de ma mort, lorsque je descendrai dans la pourriture ? Est-ce que la poussière chantera Vos louanges ? » (v. 10). C'est l'argument que reprennent d'autres prières de malades, comme le cantique d'Ézéchias : « C'est le vivant, c'est le vivant qui Vous louera ». Et Dieu a répondu : « Le Seigneur a entendu, et Il a eu pitié de moi » (v. 11).
Le sac déchiré (v. 12-13). La fin du psaume est l'un des plus beaux tableaux de joie du Psautier : « Vous avez changé mes lamentations en allégresse ; Vous avez déchiré mon sac, et Vous m'avez environné de joie » (v. 12). Le sac était le vêtement du deuil et de la pénitence : Dieu l'arrache lui-même. Le dernier mot est une promesse sans terme : « Seigneur mon Dieu, je Vous louerai éternellement » (v. 13).
La lecture des Pères : du Vendredi saint à Pâques
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, entend dans ce psaume la voix du Christ ressuscité. La « maison » dont on fait la dédicace est pour lui le corps du Christ, détruit et relevé en trois jours, puis l'Église, maison bâtie de pierres vivantes. L'âme retirée du séjour des morts, c'est la descente du Christ aux enfers et sa résurrection.
Le verset 6 prend alors tout son poids. Les pleurs du soir sont ceux du Vendredi saint et du tombeau fermé ; la joie du matin est celle des saintes femmes qui viennent au sépulcre « de grand matin, le premier jour après le sabbat ». Le Seigneur l'avait annoncé à ses disciples : « votre tristesse sera changée en joie » (Jean 16, 20). Le sac déchiré du verset 12 est le deuil de l'humanité, que la Résurrection change en vêtement de fête. Ce psaume accompagne ainsi la joie de Pâques.
Le psaume 30 dans la liturgie
Dans le Bréviaire romain de 1962, qui suit le psautier hebdomadaire de saint Pie X (1911), le psaume 29 est récité aux Matines du lundi, l'office de la nuit. Celui qui chante que « le matin viendra la joie » le chante avant l'aube, au moment où la nuit s'achève. Vous pouvez le prier à son heure dans le bréviaire du jour.
Aux Ténèbres du Samedi saint, il est chanté au deuxième nocturne des Matines, avec l'antienne Domine, abstraxisti ab inferis animam meam, tirée du verset 4 : l'Église le prie auprès du tombeau, dans l'attente du matin de Pâques.
Comment prier le psaume 30
Après une guérison. C'est le psaume de l'exaucement. Une maladie surmontée, une opération réussie, un danger écarté : il donne les mots de la reconnaissance et prolonge la prière de guérison. Il forme un couple avec le psaume 6, Domine, ne in furore, le premier des psaumes de la pénitence, où le malade supplie encore : « qui donc Vous louera dans le séjour des morts ? » (Ps 6, 6). Le psaume 6 est la prière d'avant, le psaume 30 celle d'après.
Dans la nuit. Quand une épreuve semble ne pas finir, le verset 6 est une prière d'espérance : le soir est réel, mais le matin viendra. Le psaume 88, Domine, Deus salutis meæ, la plus sombre des supplications du Psautier, montre jusqu'où peut aller cette nuit.
Contre la présomption. Le verset 7 est un examen de conscience pour les jours heureux : ne pas dire « je ne serai jamais ébranlé », mais rendre grâce de la force reçue.
En action de grâces. Il s'accorde avec la prière de remerciement, avec le psaume 28, Ad te, Domine, clamabo, qui passe lui aussi du cri à la louange, et avec le psaume 31, In te, Domine, speravi, son voisin, où David remet sa vie entre les mains de Dieu.
On le conclut par le Gloria Patri, comme à l'office.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 30 est-il aussi appelé psaume 29 ?
Parce que la Vulgate et la Septante, suivies par la liturgie catholique, réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. Le psaume 30 des bibles modernes est donc le psaume 29 de la Vulgate, l'Exaltabo te, Domine. C'est le même texte.
Que dit le psaume 30, verset 5 ?
Chez l'abbé Fillion, le verset 5 est l'appel : « Chantez au Seigneur, Vous qui êtes Ses saints, et célébrez Sa sainte mémoire. » Le verset célèbre des pleurs du soir, que les éditions sans titre numérotent 5, est chez lui le verset 6 : « Les pleurs se répandent le soir, et le matin viendra la joie. » Il enseigne que l'épreuve passe et que la bienveillance de Dieu demeure.
Quelle est la signification du psaume 30 ?
C'est l'action de grâces d'un homme que Dieu a relevé d'une maladie mortelle ou d'un grand danger, après une épreuve qui l'a guéri de sa présomption. Saint Augustin y entend la voix du Christ ressuscité : les pleurs du soir sont ceux de la Passion, la joie du matin celle de Pâques.
Qui a écrit le psaume 30 ?
Le titre l'attribue à David : Psalmus cantici, in dedicatione domus David. La tradition le reçoit comme le chant du roi après une délivrance, inspiré par le Saint-Esprit. Le titre le rattache à la dédicace de sa maison.
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