La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 88 (Vulgate 87) : Domine, Deus salutis meæ, la prière dans les ténèbres
Le psaume 88 des bibles modernes est le psaume 87 de la Vulgate, *Domine, Deus salutis meæ* : la plainte d'Héman l'Ezrahite, la plus sombre du Psautier, où l'homme se voit déjà compté parmi les morts et crie encore vers Dieu. Son texte complet suit, dans la traduction de l'abbé Fillion et en latin, verset par verset, avec l'explication en dessous.
Vous cherchez le psaume 87 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 86.
1 Canticum Psalmi, filiis Core, in finem, pro Maheleth ad respondendum. Intellectus Eman Ezrahitæ.
1 Cantique psaume des fils de Coré, Pour la fin, sur Mahéleth, pour répondre, instruction d’Eman l’Ezrahite.
2 Domine, Deus salutis meæ, in die clamavi et nocte coram te.
2 Seigneur, Dieu de mon salut, * devant Vous, la nuit, j’ai crié.
3 Intret in conspectu tuo oratio mea, inclina aurem tuam ad precem meam.
3 Que ma prière pénètre jusqu’à Vous ; * prêtez l’oreille à ma supplication.
4 Quia repleta est malis anima mea, et vita mea inferno appropinquavit.
4 Car mon âme est remplie de maux, * et ma vie s’approche du séjour des morts.
5 Æstimatus sum cum descendentibus in lacum, factus sum sicut homo sine adjutorio,
5 On me compte parmi ceux qui descendent dans la fosse ; * je suis devenu comme un homme dénué de tout secours,
6 inter mortuos liber ; sicut vulnerati dormientes in sepulchris, quorum non es memor amplius, et ipsi de manu tua repulsi sunt.
6 abandonné parmi les morts ; comme les blessés qui dorment dans les sépulcres, dont Vous ne Vous souvenez plus, * et qui ont été repoussés de Votre main.
7 Posuerunt me in lacu inferiori, in tenebrosis, et in umbra mortis.
7 Ils m’ont mis dans une fosse profonde, * dans des lieux ténébreux et à l’ombre de la mort.
8 Super me confirmatus est furor tuus, et omnes fluctus tuos induxisti super me.
8 Votre fureur s’est appesantie sur moi, * et Vous avez fait passer sur moi tous Vos flots.
9 Longe fecisti notos meos a me ; posuerunt me abominationem sibi. Traditus sum, et non egrediebar ;
9 Vous avez éloigné de moi ceux qui me connaissaient ; * ils ont fait de moi l’objet de leur abomination. J’ai été livré, et sans pouvoir sortir ; *
10 oculi mei languerunt præ inopia. Clamavi ad te, Domine, tota die ; expandi ad te manus meas.
10 mes yeux se sont affaiblis par l’affliction. J’ai crié vers Vous, Seigneur, tout le jour ; * j’ai étendu vers Vous mes mains.
11 Numquid mortuis facies mirabilia ? aut medici suscitabunt, et confitebuntur tibi ?
11 Ferez-Vous des miracles pour les morts ? * ou les médecins les ressusciteront-ils, afin qu’ils Vous louent ?
12 Numquid narrabit aliquis in sepulchro misericordiam tuam, et veritatem tuam in perditione ?
12 Quelqu’un racontera-t-il dans le sépulcre Votre miséricorde, * et Votre vérité dans le tombeau ?
13 Numquid cognoscentur in tenebris mirabilia tua ? et justitia tua in terra oblivionis ?
13 Vos merveilles seront-elles connues dans les ténèbres, * et Votre justice dans la terre de l’oubli ?
14 Et ego ad te, Domine, clamavi, et mane oratio mea præveniet te.
14 Et moi, Seigneur, je crie vers Vous, * et le matin ma prière va au-devant de Vous.
15 Ut quid, Domine, repellis orationem meam ; avertis faciem tuam a me ?
15 Pourquoi, Seigneur, rejetez-Vous ma prière, * et détournez-Vous de moi Votre visage ?
16 Pauper sum ego, et in laboribus a juventute mea ; exaltatus autem, humiliatus sum et conturbatus.
16 Je suis pauvre et dans les travaux depuis ma jeunesse ; * et, après avoir été exalté, j’ai été humilié et troublé.
17 In me transierunt iræ tuæ, et terrores tui conturbaverunt me :
17 Votre colère a passé sur moi, * et Vos terreurs m’ont épouvanté.
18 circumdederunt me sicut aqua tota die ; circumdederunt me simul.
18 Elles m’ont environné comme l’eau tout le jour ; * elles m’ont environné toutes ensemble.
19 Elongasti a me amicum et proximum, et notos meos a miseria.
19 Vous avez éloigné de moi mes amis et mes proches, * et ceux qui me connaissaient, à cause de ma misère.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 88 ou psaume 87 ?
Ce psaume est le 88 dans les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, et le 87 dans la Vulgate, que suit la liturgie latine : la Vulgate réunit en un seul les psaumes 9 et 10, et compte ensuite avec une unité de retard. Le chant liturgique moderne Ton amour, Seigneur, sans fin je le chante, souvent intitulé « Psaume 88 », appartient au psaume suivant, le psaume 89 (Vulgate 88), Misericordias Domini. La correspondance complète figure sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 88 ?
Ce psaume déconcerte, parce qu'il ne console pas. Presque toutes les supplications du Psautier remontent vers la lumière avant la fin ; celle-ci reste jusqu'au dernier mot dans la nuit.
Le cri de jour et de nuit (v. 2-3). Il commence pourtant par un acte de foi : « Seigneur, Dieu de mon salut, devant Vous, la nuit, j'ai crié. » Dieu reste, malgré tout, le « Dieu de mon salut ».
Au bord de la tombe (v. 4-10). « Car mon âme est remplie de maux, et ma vie s'approche du séjour des morts. » L'homme se voit déjà enterré : « je suis devenu comme un homme dénué de tout secours », couché parmi les morts. « Ils m'ont mis dans une fosse profonde, dans des lieux ténébreux et à l'ombre de la mort. » Et pourtant il prie toujours : « J'ai crié vers Vous, Seigneur, tout le jour ; j'ai étendu vers Vous mes mains. »
Les questions sur la mort (v. 11-13). « Ferez-Vous des miracles pour les morts ? » « Vos merveilles seront-elles connues dans les ténèbres, et Votre justice dans la terre de l'oubli ? » La question reste ouverte ; c'est le Christ ressuscité qui y répondra.
La prière obstinée (v. 14-19). « Et moi, Seigneur, je crie vers Vous, et le matin ma prière va au-devant de Vous. » Puis le cri le plus nu : « Pourquoi, Seigneur, rejetez-Vous ma prière, et détournez-Vous de moi Votre visage ? » Le psaume s'achève dans l'isolement : « Vous avez éloigné de moi mes amis et mes proches, et ceux qui me connaissaient, à cause de ma misère. »
La leçon est là : la foi n'est pas l'absence de ténèbres, elle est de parler à Dieu du fond des ténèbres.
Le psaume de la Passion
Les Pères ont lu ce psaume comme la voix du Christ dans sa Passion et au tombeau. Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, s'arrête sur le latin du verset 6, inter mortuos liber, que Fillion rend par « abandonné parmi les morts » : il y voit le Christ, seul « libre » parmi les morts, parce qu'il est descendu dans la mort sans y être tenu par le péché, et qu'il en est sorti par sa propre puissance.
Le verset sur les amis éloignés trouve son accomplissement au Calvaire : « Tous ceux qui avaient connu Jésus, et les femmes qui L'avaient suivi de Galilée, se tenaient à distance, regardant ces choses » (saint Luc, chapitre 23). Le psaume rejoint ainsi le psaume 22 (Vulgate 21), Deus, Deus meus, que Jésus prie sur la Croix, et éclaire la Passion du Christ.
Le titre attribue le psaume à Héman l'Ezrahite, l'un des sages auxquels l'Écriture compare Salomon dans le IIIe livre des Rois, chapitre 4 (1 Rois dans les bibles modernes), et le rattache aux fils de Coré.
Le psaume 88 dans la liturgie
Dans le psautier du Bréviaire romain de 1962, le psaume 87 est chanté aux Complies du samedi, la dernière prière de la semaine avant le dimanche. On peut y entendre la veille auprès du Christ au tombeau, avant la lumière du jour du Seigneur. Vous pouvez prier cet office dans le bréviaire du jour ; sur cette Heure, voir notre présentation des Complies.
Comment prier le psaume 88
- Dans la désolation. Quand toute consolation manque, il donne des mots à ce que le cœur n'ose plus dire, et les adresse à Dieu au lieu de les retourner contre soi. On le prie avec le psaume 77 (Vulgate 76), qui sort de la nuit par la mémoire de Dieu.
- Auprès des mourants et pour les défunts. Psaume de la descente au tombeau, il convient à la prière pour les défunts, avec le psaume 130 (Vulgate 129), De profundis.
- Le vendredi et le samedi saints, en union avec le Christ mort et enseveli.
Questions Fréquentes
Pourquoi dit-on que le psaume 88 est le plus sombre de la Bible ?
Parce que c'est la seule supplication du Psautier qui ne s'ouvre à aucune lueur avant la fin : il s'achève sur l'éloignement des amis et l'obscurité. Il montre qu'on peut prier même quand on ne sent plus rien. Son premier mot, « Dieu de mon salut », reste néanmoins un acte d'espérance.
Le psaume 88 parle-t-il de la Passion du Christ ?
Selon les Pères, oui. Saint Augustin y entend le Christ souffrant, abandonné de ses proches et descendu au tombeau, seul « libre parmi les morts ».
Qui a écrit le psaume 88 ?
Le titre l'attribue à Héman l'Ezrahite, chantre et sage du temps de David et de Salomon, et le rattache aux fils de Coré. La tradition reçoit cette attribution.
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