La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 77 (Vulgate 76) : Voce mea, la nuit de l'épreuve et la mémoire de Dieu
Le psaume 77 des bibles modernes est le psaume 76 de la Vulgate, *Voce mea ad Dominum clamavi* : le cri d'Asaph dans la nuit de l'épreuve, qui retrouve la paix en se souvenant des merveilles de Dieu. Son texte complet suit, dans la traduction de l'abbé Fillion et en latin, verset par verset, avec l'explication en dessous.
Vous cherchez le psaume 76 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 75.
1 In finem, pro Idithun. Psalmus Asaph.
1 Pour la fin, à Idithun, Psaume d’Asaph.
2 Voce mea ad Dominum clamavi ; voce mea ad Deum, et intendit mihi.
2 J’ai élevé ma voix, et j’ai crié vers le Seigneur ; * j’ai élevé ma voix vers Dieu, et Il m’a entendu.
3 In die tribulationis meæ Deum exquisivi ; manibus meis nocte contra eum, et non sum deceptus. Renuit consolari anima mea ;
3 Au jour de ma tribulation, j’ai cherché Dieu ; * la nuit, j’ai tendu mes mains vers Lui, et je n’ai pas été déçu. Mon âme a refusé toute consolation ; *
4 memor fui Dei, et delectatus sum, et exercitatus sum, et defecit spiritus meus.
4 je me suis souvenu de Dieu, et j’en ai été ravi ; * je me suis troublé, et mon esprit a défailli.
5 Anticipaverunt vigilias oculi mei ; turbatus sum, et non sum locutus.
5 Mes yeux ont devancé les veilles de la nuit ; * j’ai été dans le trouble, et je ne pouvais parler.
6 Cogitavi dies antiquos, et annos æternos in mente habui.
6 Je pensais aux jours anciens, * et j’avais dans l’esprit les années éternelles.
7 Et meditatus sum nocte cum corde meo, et exercitabar, et scopebam spiritum meum.
7 Et je méditais la nuit dans mon cœur, * et je réfléchissais, et je tourmentais mon esprit.
8 Numquid in æternum projiciet Deus ? aut non apponet ut complacitior sit adhuc ?
8 Dieu nous rejettera-t-Il pour toujours ? * ou ne pourra-t-Il plus nous être favorable ?
9 aut in finem misericordiam suam abscindet, a generatione in generationem ?
9 Nous privera-t-Il à jamais de Sa miséricorde, * de génération en génération ?
10 aut obliviscetur misereri Deus ? aut continebit in ira sua misericordias suas ?
10 Dieu oubliera-t-Il d’avoir pitié ? * et, dans Sa colère, arrêtera-t-Il Ses miséricordes ?
11 Et dixi : Nunc cœpi ; hæc mutatio dexteræ Excelsi.
11 Et j’ai dit : Maintenant je commence. * Ce changement vient de la droite du Très-Haut.
12 Memor fui operum Domini, quia memor ero ab initio mirabilium tuorum :
12 Je me suis souvenu des œuvres du Seigneur ; * car je me souviendrai de Vos merveilles d’autrefois.
13 et meditabor in omnibus operibus tuis, et in adinventionibus tuis exercebor.
13 Et je méditerai sur toutes Vos œuvres, * et je réfléchirai sur Vos desseins.
14 Deus, in sancto via tua : quis deus magnus sicut Deus noster ?
14 O Dieu, Votre voie est sainte. Quel Dieu est grand comme notre Dieu ? *
15 Tu es Deus qui facis mirabilia : notam fecisti in populis virtutem tuam.
15 Vous êtes le Dieu qui opérez des merveilles. Vous avez fait connaître parmi les peuples Votre puissance. *
16 Redemisti in brachio tuo populum tuum, filios Jacob et Joseph.
16 Vous avez racheté par Votre bras Votre peuple, les fils de Jacob et de Joseph.
17 Viderunt te aquæ, Deus ; viderunt te aquæ, et timuerunt : et turbatæ sunt abyssi.
17 Les eaux Vous ont vu, ô Dieu ; les eaux Vous ont vu, * et elles ont eu peur, et les abîmes ont été troublés.
18 Multitudo sonitus aquarum ; vocem dederunt nubes. Etenim sagittæ tuæ transeunt ;
18 Redoublement du fracas des eaux ; * les nuées ont fait retentir leur voix. Vos flèches aussi ont été lancées ; *
19 vox tonitrui tui in rota. Illuxerunt coruscationes tuæ orbi terræ ; commota est, et contremuit terra.
19 voix de Votre tonnerre tout autour. Vos éclairs ont illuminé le monde ; * la terre a été émue et a tremblé.
20 In mari via tua, et semitæ tuæ in aquis multis, et vestigia tua non cognoscentur.
20 La mer fut Votre chemin, les grandes eaux furent Vos sentiers, * et Vos traces ne seront point connues.
21 Deduxisti sicut oves populum tuum, in manu Moysi et Aaron.
21 Vous avez conduit Votre peuple comme des brebis, * par la main de Moïse et d’Aaron.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 77 ou psaume 76 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, numérotent ce psaume 77 ; la Vulgate et la Septante, suivies par la liturgie de l'Église, le comptent comme psaume 76, parce qu'elles réunissent en un seul les psaumes 9 et 10 de l'hébreu. C'est le même texte, qui commence par Voce mea ad Dominum clamavi. La correspondance complète se trouve sur la page des Psaumes.
Attention : les chants liturgiques modernes intitulés « Psaume 77 » (N'oubliez pas les exploits du Seigneur, Le Seigneur donne le pain du ciel) suivent la numérotation de la Vulgate et renvoient au psaume suivant, le psaume 78 (Vulgate 77), Attendite, popule meus.
Que signifie le psaume 77 ?
Le psaume, attribué à Asaph, est le journal d'une nuit d'angoisse, en deux moitiés que sépare une décision de l'âme.
La plainte (v. 2-10). Asaph crie : « J'ai élevé ma voix, et j'ai crié vers le Seigneur ; j'ai élevé ma voix vers Dieu, et Il m'a entendu. » La détresse est réelle : « Au jour de ma tribulation, j'ai cherché Dieu ; la nuit, j'ai tendu mes mains vers Lui, et je n'ai pas été déçu. » Il ne dort pas : « Mes yeux ont devancé les veilles de la nuit ». Il ose les questions les plus dures du Psautier : « Dieu nous rejettera-t-Il pour toujours ? ou ne pourra-t-Il plus nous être favorable ? » et « Dieu oubliera-t-Il d'avoir pitié ? »
Le tournant (v. 11). Tout bascule en un verset : « Et j'ai dit : Maintenant je commence. Ce changement vient de la droite du Très-Haut. » Le latin, Nunc cœpi : hæc mutatio dexteræ Excelsi, est devenu une devise de la vie spirituelle : la conversion est toujours un recommencement, et elle est l'œuvre de Dieu, non la nôtre. L'hébreu y lit plutôt une plainte ; la Vulgate y voit le changement que Dieu opère dans l'âme.
La mémoire des merveilles (v. 12-21). Asaph cesse de scruter sa peine et récite les œuvres de Dieu : « Je me suis souvenu des œuvres du Seigneur ; car je me souviendrai de Vos merveilles d'autrefois. » Il revoit le passage de la mer Rouge, raconté au chapitre 14 de l'Exode : « Les eaux Vous ont vu, ô Dieu ; les eaux Vous ont vu, et elles ont eu peur ». Le psaume s'achève, presque brusquement, sur le pasteur : « Vous avez conduit Votre peuple comme des brebis, par la main de Moïse et d'Aaron. »
La lecture des Pères
Saint Augustin, dans ses Enarrationes in Psalmos, s'arrête sur le mot « Mon âme a refusé toute consolation » : l'âme qui souffre refuse les consolations de la terre, et c'est alors qu'en se souvenant de Dieu elle trouve la joie, « je me suis souvenu de Dieu, et j'en ai été ravi ».
Le verset 20 a été lu de la Providence : « La mer fut Votre chemin, les grandes eaux furent Vos sentiers, et Vos traces ne seront point connues. » Dieu passe là où l'homme ne voit pas de route : on ne reconnaît son passage qu'après coup, comme Israël sur l'autre rive. La mer franchie, figure du baptême selon saint Paul, rattache ce psaume au psaume 114 (Vulgate 113), In exitu Israël, où la mer elle aussi « vit et s'enfuit ».
Le psaume 77 dans la liturgie
Dans le psautier du Bréviaire romain de 1962, le psaume 76 est chanté aux Complies du vendredi, la prière qui clôt la journée, avec le psaume 86 (Vulgate 85), Inclina, Domine. C'est un psaume de la nuit, où l'on tend les mains vers Dieu dans l'obscurité. Vous le retrouverez le vendredi soir dans le bréviaire du jour ; sur cet office, voir notre présentation des Complies.
Comment prier le psaume 77
- Dans l'insomnie. Il donne des mots à l'angoisse, et une issue : se souvenir.
- Dans la sécheresse spirituelle. Rappeler, comme Asaph, ce que Dieu a fait dans l'Écriture et dans sa propre vie.
- Pour recommencer. Le verset 11, Nunc cœpi, est la prière de celui qui se relève après une chute, ou qui reprend sa vie chrétienne.
Il se prie bien avec le psaume 88 (Vulgate 87), l'autre psaume de la nuit.
Questions Fréquentes
Pourquoi le psaume 77 est-il aussi appelé psaume 76 ?
Parce que la Vulgate réunit les psaumes 9 et 10 de l'hébreu, et que sa numérotation retarde ensuite d'une unité. Le psaume 77 des bibles modernes est donc le psaume 76 de la liturgie latine.
Qui a écrit le psaume 77 ?
Le titre l'attribue à Asaph et le confie à Idithun, deux des maîtres des chantres établis par David pour le service du culte. La tradition reçoit cette attribution.
Quelle est la signification du psaume 77 ?
C'est le passage de l'angoisse à la confiance par la mémoire. L'orant, qui croit Dieu devenu sourd, se rappelle ses merveilles d'autrefois, la sortie d'Égypte et le passage de la mer, et retrouve la paix.
Le chant N'oubliez pas les exploits du Seigneur vient-il du psaume 77 ?
Ce chant, comme Le Seigneur donne le pain du ciel, suit la numérotation de la Vulgate : il renvoie au psaume 77 latin, qui est le psaume 78 des bibles modernes, Attendite, popule meus.
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