La Sainte Bible · Fillion · Biblia Sacra Vulgata
Psaume 44 (Vulgate 43) : Deus, auribus nostris, la prière du peuple éprouvé
Le psaume 44 des bibles modernes, psaume 43 de la Vulgate, commence par *Deus, auribus nostris audivimus* : « O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles ». C'est la supplication d'un peuple vaincu qui n'a pas renié son Dieu, et l'Église y a reconnu la voix de ses martyrs. Le texte intégral de l'abbé Fillion et la Vulgate latine suivent, verset par verset ; l'explication est donnée en dessous.
Vous cherchez le psaume 43 selon la numérotation des bibles traduites de l'hébreu ? C'est ici Psaume 42.
1 In finem. Filiis Core ad intellectum.
1 Pour la fin, des fils de Coré, pour l’instruction.
2 Deus, auribus nostris audivimus, patres nostri annuntiaverunt nobis, opus quod operatus es in diebus eorum, et in diebus antiquis.
2 O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles ; * nos pères nous ont annoncé l’œuvre que Vous avez faite en leurs jours, * et aux jours anciens.
3 Manus tua gentes disperdidit, et plantasti eos ; afflixisti populos, et expulisti eos.
3 Votre main a exterminé les nations, et Vous les avez établis à leur place ; * Vous avez affligé les peuples, et Vous les avez chassés.
4 Nec enim in gladio suo possederunt terram, et brachium eorum non salvavit eos : sed dextera tua et brachium tuum, et illuminatio vultus tui, quoniam complacuisti in eis.
4 Car ce n’est point par leur glaive qu’ils ont conquis ce pays, * et ce n’est pas leur bras qui les a sauvés, mais c’est Votre droite et Votre bras, et la lumière de Votre visage, * parce que Vous les aimiez.
5 Tu es ipse rex meus et Deus meus, qui mandas salutes Jacob.
5 Vous êtes mon roi et mon Dieu, * Vous qui ordonnez le salut de Jacob.
6 In te inimicos nostros ventilabimus cornu, et in nomine tuo spernemus insurgentes in nobis.
6 Par Vous nous renverserons nos ennemis, * et en Votre Nom nous mépriserons ceux qui se lèvent contre nous.
7 Non enim in arcu meo sperabo, et gladius meus non salvabit me :
7 Car ce n’est pas dans mon arc que je me confierai, * et ce n’est pas mon glaive qui me sauvera.
8 salvasti enim nos de affligentibus nos, et odientes nos confudisti.
8 Mais c’est Vous qui nous avez sauvés de ceux qui nous affligeaient, * et qui avez confondu ceux qui nous haïssaient.
9 In Deo laudabimur tota die, et in nomine tuo confitebimur in sæculum.
9 En Dieu nous nous glorifierons tout le jour, * et nous célébrerons à jamais Votre Nom.
10 Nunc autem repulisti et confudisti nos, et non egredieris, Deus, in virtutibus nostris.
10 Mais maintenant Vous nous avez repoussés et couverts de honte, * et Vous ne sortez plus, ô Dieu, avec nos armées.
11 Avertisti nos retrorsum post inimicos nostros, et qui oderunt nos diripiebant sibi.
11 Vous nous avez fait tourner le dos à nos ennemis, * et ceux qui nous haïssaient nous mettaient au pillage.
12 Dedisti nos tamquam oves escarum, et in gentibus dispersisti nos.
12 Vous nous avez livrés comme des brebis de boucherie, * et Vous nous avez dispersés parmi les nations.
13 Vendidisti populum tuum sine pretio, et non fuit multitudo in commutationibus eorum.
13 Vous avez vendu Votre peuple à vil prix, * et il n’y a pas eu foule dans l’achat qui s’en est fait.
14 Posuisti nos opprobrium vicinis nostris ; subsannationem et derisum his qui sunt in circuitu nostro.
14 Vous nous avez rendus l’opprobre de nos voisins, * et un objet d’insulte et de moquerie pour ceux qui nous entourent.
15 Posuisti nos in similitudinem gentibus ; commotionem capitis in populis.
15 Vous nous avez rendus la fable des nations ; * les peuples branlent la tête à notre sujet.
16 Tota die verecundia mea contra me est, et confusio faciei meæ cooperuit me :
16 Tout le jour ma honte est devant mes yeux, * et la confusion de mon visage me couvre tout entier,
17 a voce exprobrantis et obloquentis, a facie inimici et persequentis.
17 à la voix de celui qui m’outrage et m’injurie, * à la vue de l’ennemi et du persécuteur.
18 Hæc omnia venerunt super nos ; nec obliti sumus te, et inique non egimus in testamento tuo.
18 Tous ces maux sont venus sur nous ; et pourtant nous ne Vous avons pas oublié, * et nous n’avons pas agi avec iniquité contre Votre alliance.
19 Et non recessit retro cor nostrum ; et declinasti semitas nostras a via tua :
19 Et notre cœur ne s’est point retiré en arrière ; * et Vous avez détourné nos pas de Votre voie.
20 quoniam humiliasti nos in loco afflictionis, et cooperuit nos umbra mortis.
20 Car Vous nous avez humiliés dans un lieu d’affliction, * et l’ombre de la mort nous a recouverts.
21 Si obliti sumus nomen Dei nostri, et si expandimus manus nostras ad deum alienum,
21 Si nous avons oublié le Nom de notre Dieu, * et si nous avons étendu nos mains vers un dieu étranger,
22 nonne Deus requiret ista ? ipse enim novit abscondita cordis. Quoniam propter te mortificamur tota die ; æstimati sumus sicut oves occisionis.
22 Dieu n’en redemandera-t-Il pas compte ? * Car Il connaît les secrets du cœur. Car c’est à cause de Vous que nous sommes tous les jours livrés à la mort, * et qu’on nous regarde comme des brebis de boucherie.
23 Exsurge ; quare obdormis, Domine ? exsurge, et ne repellas in finem.
23 Levez-Vous ; pourquoi dormez-Vous, Seigneur ? * Levez-Vous, et ne nous repoussez pas à jamais.
24 Quare faciem tuam avertis ? oblivisceris inopiæ nostræ et tribulationis nostræ ?
24 Pourquoi détournez-Vous Votre visage ? * Pourquoi oubliez-Vous notre misère et notre tribulation ?
25 Quoniam humiliata est in pulvere anima nostra ; conglutinatus est in terra venter noster.
25 Car notre âme est humiliée dans la poussière, * et notre sein est comme collé à la terre.
26 Exsurge, Domine, adjuva nos, et redime nos propter nomen tuum.
26 Levez-Vous, Seigneur ; secourez-nous, * et rachetez-nous à cause de Votre Nom.
Latin : Biblia Sacra Vulgata (1592). Français : La Sainte Bible (Fillion) (1895).
Psaume 44 ou psaume 43 ?
Les bibles modernes, qui suivent l'hébreu, numérotent ce psaume 44 ; la Vulgate et la Septante, qui réunissent les psaumes 9 et 10, le comptent comme le 43. Les livrets de messe donnent d'abord le numéro latin : leur « psaume 44 (45) », avec les refrains Heureuse es-tu, Vierge Marie ou Debout, à la droite du Seigneur, est un autre texte, le chant nuptial Eructavit, que l'on trouve au psaume 45, Eructavit cor meum. Ici, les versets ont les mêmes numéros que dans les bibles françaises modernes. Toutes les correspondances sont sur la page des Psaumes.
Que signifie le psaume 44 ?
Le titre le donne aux fils de Coré, « pour l'instruction » (v. 1). C'est une lamentation collective : le peuple entier parle, parfois par la voix d'un seul. Le texte ne nomme aucune circonstance historique. Certains commentateurs, anciens et modernes, y ont vu la détresse du temps des Maccabées ; d'autres une des défaites de l'époque des rois. Le psaume a ainsi pu servir à toutes les heures sombres du peuple de Dieu.
Le souvenir des merveilles anciennes (v. 2-9)
Le psaume commence par la mémoire : « O Dieu, nous avons entendu de nos oreilles ; nos pères nous ont annoncé l'œuvre que Vous avez faite en leurs jours » (v. 2). Cette œuvre, c'est l'entrée dans la terre promise. Le psalmiste insiste sur un point : la victoire ne venait pas des armes. « Car ce n'est point par leur glaive qu'ils ont conquis ce pays » (v. 4), mais par la droite de Dieu, « parce que Vous les aimiez ».
De ce souvenir naît la confiance présente : « Vous êtes mon roi et mon Dieu, Vous qui ordonnez le salut de Jacob » (v. 5). Le peuple renonce à se fier à sa force : « Car ce n'est pas dans mon arc que je me confierai » (v. 7), et il conclut : « En Dieu nous nous glorifierons tout le jour » (v. 9).
La défaite incompréhensible (v. 10-17)
Brusquement, tout s'inverse : « Mais maintenant Vous nous avez repoussés et couverts de honte, et Vous ne sortez plus, ô Dieu, avec nos armées » (v. 10). Les images s'accumulent : la fuite devant l'ennemi, le pillage, puis « Vous nous avez livrés comme des brebis de boucherie » (v. 12), « Vous avez vendu Votre peuple à vil prix » (v. 13). Le peuple devient la fable des nations, et l'on branle la tête à son sujet (v. 15), geste que reprendront les passants devant la Croix.
La protestation de fidélité (v. 18-23)
Le cœur du psaume est ici, et il le distingue de beaucoup de lamentations. Le peuple ne s'accuse pas : il n'a pas trahi l'alliance. « Tous ces maux sont venus sur nous ; et pourtant nous ne Vous avons pas oublié, et nous n'avons pas agi avec iniquité contre Votre alliance » (v. 18). Il souffre non pour ses fautes, mais à cause de son Dieu : « Car c'est à cause de Vous que nous sommes tous les jours livrés à la mort, et qu'on nous regarde comme des brebis de boucherie » (v. 22).
Saint Paul cite ce verset dans l'Épître aux Romains, au moment de proclamer que rien ne peut séparer les chrétiens de l'amour du Christ : « A cause de vous, nous sommes mis à mort tout le jour » (Romains 8, 36). Il ajoute aussitôt : « Mais en tout cela nous demeurons victorieux, par Celui qui nous a aimés ». Le psaume du peuple vaincu devient le psaume des martyrs. Saint Augustin y entend la voix de l'Église persécutée, qui souffre pour le nom du Christ sans renier sa foi.
« Levez-Vous ; pourquoi dormez-Vous, Seigneur ? » (v. 23-26)
La fin du psaume est un cri d'une audace étonnante : « Levez-Vous ; pourquoi dormez-Vous, Seigneur ? Levez-Vous, et ne nous repoussez pas à jamais » (v. 23). Dieu ne dort pas, mais il semble dormir quand il laisse les siens dans l'épreuve. Les Pères rapprochent ce verset du Christ endormi dans la barque pendant la tempête : « et Lui, Il dormait » (Matthieu 8, 24). Les disciples le réveillent, et il apaise la mer ; le sommeil apparent de Dieu éprouve la foi, il ne l'abandonne pas.
Le dernier verset résume tout : « Levez-Vous, Seigneur ; secourez-nous, et rachetez-nous à cause de Votre Nom » (v. 26).
Le psaume 44 dans la liturgie
Au Bréviaire romain de 1962, le psaume 43 de la Vulgate forme à lui seul la psalmodie de None du mardi, partagé en trois sections (versets 2-9, 10-20 et 21-26). Vous le trouverez ce jour-là dans le bréviaire du jour.
Au missel romain, le verset 23 ouvre l'introït du dimanche de la Sexagésime : Exsurge, quare obdormis, Domine ? Aux Rogations et à la grande litanie de la Saint-Marc, la procession commence par l'antienne Exsurge, Domine, adjuva nos, tirée du verset 26, avec le premier verset du psaume, avant le chant des litanies des saints. La même antienne, avec le même verset, se chante le 2 février, à la Purification, après la distribution des cierges. L'Église met ainsi ce psaume sur ses lèvres quand elle implore le secours de Dieu pour les récoltes, les peuples et les fléaux du temps.
Psaumes apparentés
Le psaume 44 appartient à la famille des lamentations du peuple. Le psaume 74, Ut quid, Deus, repulisti, pleure le sanctuaire dévasté ; le psaume 79, Deus, venerunt gentes, Jérusalem livrée aux nations ; le psaume 80, Qui regis Israel, répète : « O Dieu, rétablissez-nous ; montrez Votre visage, et nous serons sauvés ».
Comment prier le psaume 44
- Pour l'Église persécutée. Les versets 18 à 23 se prient pour les chrétiens qui souffrent aujourd'hui pour leur foi.
- Dans une épreuve qu'on ne comprend pas. Le psaume autorise à dire à Dieu son incompréhension, sans cesser de lui être fidèle.
- Dans les malheurs publics. Avec l'antienne des Rogations, le verset 26 se dit pour la patrie, la paix ou les récoltes.
- Pour la mémoire de la foi. Le verset 2 invite à raconter aux enfants ce que Dieu a fait pour les générations passées.
Questions Fréquentes
Que signifie le psaume 44 ?
C'est la prière d'un peuple fidèle frappé par la défaite. Il rappelle les victoires que Dieu a données à ses pères, constate qu'il est maintenant livré à ses ennemis sans avoir trahi l'alliance, et supplie Dieu de se lever. Saint Paul et les Pères y ont reconnu la voix des martyrs.
Le psaume 44 est-il le psaume Heureuse es-tu, Vierge Marie ?
Non. Ce refrain moderne et Debout, à la droite du Seigneur accompagnent le chant nuptial Eructavit, numéroté 44 dans la Vulgate et 45 dans les bibles modernes. Le psaume 44 des bibles modernes est celui-ci, Deus, auribus nostris.
Que dit le psaume 44, verset 5 ?
« Vous êtes mon roi et mon Dieu, Vous qui ordonnez le salut de Jacob. » C'est l'acte de foi du peuple, appuyé sur le souvenir des victoires que Dieu a données à ses pères.
Qui a écrit le psaume 44 ?
Le titre le donne aux fils de Coré, famille de chantres du Temple. Le texte ne précise ni l'auteur ni l'occasion.
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